Monde
17H26 - mercredi 23 octobre 2019

Forum Russie-Afrique : le retour de la Russie en Afrique. En direct de Sotchi avec Michel Scarbonchi

 

Dans le cadre sublime de la ville de Sotchi, entre mer et montagne, entre architecture traditionnelle et infrastructures modernes héritées des Jeux olympiques d’hiver de 2014, se joue le retour de la Russie sur le continent africain.

Ce forum est d’abord celui de la sécurité… et de la marche à pied ! Le périmètre du Forum est quasiment en état de siège, à la hauteur de l’événement : avenues et rues bouchées, présence policière et militaire prégnante ont des conséquences fâcheuses. En effet, du fait de cette sécurité draconienne, bus et taxis ne peuvent accéder au site, obligeant les délégués à parcourir des kilomètres pour aller chercher leurs accréditations et rejoindre leurs hôtels.

Mais hormis ces excès sécuritaires, vestiges du passé, revenons à l’essentiel : ce Forum qui marque fortement le retour officiel de la Russie auprès des Africains, jadis oubliés, aujourd’hui courtisés.

Préparé depuis plus d’un an, le Forum de Sotchi s’annonce comme un franc succès : 42 chefs d’État et de gouvernement et près de 8000 personnes y sont attendus. Ces chiffres sont déjà un marqueur de l’intérêt que les Africains portent au maître du Kremlin et à son pays.

A leurs yeux, Vladimir Poutine incarne un chef d’État, certes autocrate, mais avec une réelle vision et une réelle stratégie dans les relations internationales. Au contraire d’un président américain isolationniste et d’une Europe bafouillant.

Les Africains constatent que seules, aujourd’hui, sur le continent, sont présentes la Chine et la France, et qu’un nouveau partenaire, puissant et fiable, est pour eux un atout dans les relations trop marquées par l’omniprésence chinoise et la relation bilatérale traditionnelle avec Paris.

De plus, la Russie, au-delà de ses capacités et de ses savoir-faire dans les domaines notamment de l’énergie, des infrastructures et de l’agriculture, peut être un soutien efficace dans la lutte contre le terrorisme qui gangrène déjà de nombreux pays africains.

Beaucoup d’Africains n’ont pas oublié que dans les années 60 et 70, nombre de pays du continent se réclamaient du communisme, ou étaient affiliés à l’URSS (Éthiopie, Mozambique, Madagascar, Congo-Kinshasa). La guerre froide et la chute du mur de Berlin ont certes distendu les liens et provoqué un recul de la Russie sur les terres africaines. Mais beaucoup n’oublient pas que des élites de leur pays furent formées dans les universités de l’Union soviétique.

Déjà très présente dans la Libye du Maréchal Haftar et en Centrafrique, la Russie peut-elle jouer en duo avec la France, bien seule, dans sa lutte contre l’islam radical ?

Quand Jacques Chirac a ouvert l’Afrique à la Chine, il pariait sur un partenariat qui n’a jamais vu le jour. Avec Emmanuel Macron, cela est-il possible ? Notons que le président français, prenant acte des abandons trumpistes en Europe et d’un désintérêt évident, pour ne pas dire d’un mépris certain du successeur d’Obama pour le monde africain, a déjà engagé un rapprochement avec Poutine, dans le droit fil de la formule sacralisée par le général de Gaulle : « l’Europe de l’Atlantique à l’Oural ». Sommes-nous à l’orée d’une nouvelle politique africaine menée par les deux chefs d’État ?

Et Vladimir Poutine a-t-il les moyens de sa politique en Afrique face à l’implantation chinoise sur le continent, accentuée par le projet des « Routes de la soie » lancé en 2013, et qui vise tout particulièrement l’Afrique de l’Est ?

Les deux prochains jours du Forum de Sotchi permettront peut-être de mesurer la réelle ambition africaine du nouveau Tsar de Russie.

 

Michel Scarbonchi
Ancien député européen, présent à Sotchi

Ancien député européen