Edito
12H01 - mercredi 2 octobre 2019

Marion Maréchal Le Pen ne sera pas la Jeanne d’Arc de la droite… en 2022. L’édito de Michel Taube

 

Elle ne sera donc pas candidate à la présidentielle de 2022.

Samedi 28 septembre, Marion Maréchal Le Pen nous a rendu un grand service : elle s’est dévoilée telle qu’elle est : vieille, très vieille France, ultra-conservatrice ! Jean-Marie plus que Marion. Eric Zemmour l’a aidée à clarifier le bain dans lequel elle navigue, celui d’une idéologie raciste. Marine Le Pen apparaît comme une gauchiste face à sa tante.

Certes, en politique, et pas seulement, chacun détient sa part de vérité. Et d’ombre. L’ombre, ce n’est pas tant le mensonge, hélas banal et sans doute inévitable, mais des idées, des affirmations, des attitudes dont une seule suffit à discréditer son auteur. Le racisme en est une. Il est une faute éliminatoire qui interdit, qui doit interdire, de s’intéresser au reste, d’y prêter attention. Marion Maréchal est d’extrême droite. La vraie, celle de son grand-père, Jean-Marie Le Pen, qui prend racine dans la France collaborationniste de Vichy, une France blanche, chrétienne, viscéralement antisémite, raciste, misogyne (mais oui Madame Maréchal).

« On est chez nous ! » : ça, c’est plutôt la ritournelle de tata Marine, du Front devenu Rassemblement national, auquel la nièce Marion donne subitement un brevet de respectabilité républicaine. Marine, c’est presque la gauche humaniste quand on entend Marion, flanquée d’un Éric Zemmour plus décomplexé que jamais, fustiger le grand remplacement musulman lors de la malnommée Convention de la droite du 28 septembre. Ce ne fut pas même la convention de la droite identitaire, car le Rassemblement national, malgré son discours plus policé et un incessant ravalement de façade, appartient également à cette droite identitaire, qui prospère sur la peur et cultive la haine, semant les germes d’une guerre civile dont l’issue ne peut être que le despotisme, l’autoritarisme, le fascisme en définitive.

Elle a cru nous avoir, la Maréchal, en se présentant en future prêtresse de toute la droite, en dénonçant non sans arguments la faiblesse de la réponse républicaine à l’infiltration des esprits par un islam politique rétrograde mais conquérant, porté par la confrérie des Frères musulmans et autres wahhabites moyenâgeux, qui contaminent les Français de confession musulmane au premier chef ou ceux qui sont tentés par la conversion.

On en aurait presque oublié qui est vraiment cette Marion Maréchal, petite-fille aimée et aimante de Jean-Marie Le Pen. En avril dernier, elle participait encore au colloque annuel de l’institut Iliade, qui cultive la différence entre les peuples et l’Europe blanche et chrétienne. L’extrême droite, dans ce qu’elle a de plus virulent et de plus affirmé, de plus répugnant et de plus dangereux.

L’islam est au cœur de l’obsession de ce fascisme ancien au visage nouveau. À la convention du 28 septembre, Élisabeth Levy, idiote utile de la droite identitaire, l’a d’ailleurs regrettée, se déclarant surprise qu’on ne parle que d’Islam. Qu’elle se rassure. Au pouvoir, les identitaires sauront se souvenir de sa judaïté, comme celle de Zemmour. Les Juifs qui avaient fait allégeance à Vichy ont fini dans les camps de la mort, comme les autres.

Plus on fait l’amalgame entre islam et islamisme, plus il tend à devenir réalité, car on exclut les Français musulmans de la communauté nationale et du pacte républicain. L’extrême droite nourrit le diable islamiste, tout comme l’extrême gauche, coupable de compromission avec l’islam politique et niant la réalité de l’immigration. Si la démarche était délibérée et calculée, ce serait le pire des complots…. commis par ce ramassis de complotistes.

Emmanuel Macron a déclaré la guerre à l’islam politique qui veut faire sécession d’avec la République. Il apparaît également conscient des effets d’une immigration non contrôlée sur la cohésion nationale. Même si d’associer les deux constitue déjà un amalgame coupable.

Il est absurde de nier que la France, notamment urbaine, n’a plus le même visage qu’il y a une ou deux générations, que les musulmans y sont plus nombreux, que l’islam y est la deuxième religion de France que le fait religieux y progresse dans le sillon de revendications identitaires de plus en plus marquées, que la laïcité est mise à mal dans de nombreux quartiers, que l’islam politique se livre à une infiltration méthodique des corps intermédiaires, comme l’illustre – exemple parmi d’autres -, le syndicat étudiant MNEF, naguère socialiste laïque, aujourd’hui relais de l’islam identitaire. Tout cela est exact, et persister à le nier fait le jeu de ceux qui en font une exploitation et une extrapolation catastrophiste aux fondements racistes.

Marion Maréchal et les identitaires au pouvoir, c’est le prétendu remède qui, ne sachant ou ne voulant cibler le mal, tuerait le malade. Ceux qui en doutaient, ceux qui l’ignoraient, ceux qui n’en avaient pas conscience, sont désormais éclairés, un mot paradoxal devant la révélation ou la confirmation de l’obscurantisme identitaire d’extrême droite que veut incarner l’autre héritière de Jean-Marie Le Pen.

 

Michel Taube

Directeur de la publication

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