Edito
11H36 - jeudi 27 juin 2019

Le G20, l’Accord de Paris, la France et… Macron au milieu. L’édito de Michel Taube

 

« Il y a beaucoup de gens maintenant qui ne veulent plus signer des communiqués en G7 ou en G20 parce qu’il y a des lignes rouges », ironisait Emmanuel Macron en prélude au sommet du G20 qui s’ouvre à Osaka demain. La sienne, c’est le climat : « si on ne parle pas de l’accord de Paris et si pour se mettre d’accord dans une salle à vingt on n’est plus capables de défendre l’ambition climatique, ce sera sans la France. C’est simple ! ». Peut-être que la pluie battante qui tombe sur Tokyo et une partie du Japon ne facilitera pas la tâche de notre président, Donald Trump y voyant sans doute une preuve de ce que le réchauffement climatique ne serait qu’un fantasme écolo-bobo-gaucho.

Surtout que, si la France est volontariste et multilatéraliste sur la scène internationale, dans l’Hexagone, l’Accord de Paris souffre non de la canicule mais des manques d’engagements concrets et donc de résultats des Français eux-mêmes.

En effet, Emmanuel Macron a dû être quelque peu échaudé par le premier rapport du nouveau Haut Conseil pour le Climat. Présidée par la climatologue franco-canadienne Corinne Le Quéré, et composée de 10 autres scientifiques, économistes, ingénieurs et experts, cette instance d’expertise indépendante avait été mise en place par le président de la République et le Premier ministre le 27 novembre dernier.

Ce rapport, remis à Édouard Philippe le 25 juin, n’est pas tendre avec la France, son ambition climatique (précisément), comme les actions déjà entreprises, bien trop modestes pour espérer se conformer aux dites accords de Paris, issus de la fameuse COP 21. Car à cette conférence de décembre 2015, il était dit que le monde allait voir ce qu’il allait voir, notamment grâce à l’engagement d’exemplarité de la France et de l’Europe.

Et voilà que moins de quatre ans plus tard, le Haut Conseil pour le Climat constate que le compte n’y est pas, que les objectifs de la COP 21, déjà trop modestes, ne sont pas atteints, et qu’il faut rapidement revoir notre copie. Le rapport des nouveaux Sages du climat équivaut à une feuille de route : en matière d’émissions de CO2, il faut revoir les objectifs à la hausse, promouvoir significativement les énergies renouvelables, opérer des changements structurels en matière de construction et transport, avec en filigrane, la relance de la taxe carbone. Les gilets jaunes apprécieront !

Au G20 d’Osaka, les homologues d’Emmanuel Macron pourraient faire la moue : qu’il s’agisse de droits de l’homme ou de politique internationale, la France est encore souvent moquée pour son arrogance et sa propension à s’ériger en donneuse de leçons. Cette fois, la voilà épinglée de l’intérieur, par une institution qu’elle a elle-même créée. La remontée de bretelles ne doit guère seoir à cette France qui dénonçait avec raison la sortie des États-Unis des accords de Paris, fustigeant un Donald Trump responsable de la débâcle environnementale de toute la planète. Sauf que si l’État fédéral américain se désengage, certains États fédérés, comme la Californie, et tout spécialement certaines villes comme San Francisco, prennent des mesures très concrètes pour verdir leur environnement et préserver la planète, alors que nous verdissons principalement notre discours.

Dans son communiqué de presse à l’occasion de la remise du rapport du Haut Comité pour le Climat, Matignon a rappelé que la lutte contre le changement climatique est une priorité du gouvernement, et que le Parlement vient d’être saisi d’un projet de loi « marquant la volonté de notre pays d’atteindre la neutralité carbone d’ici 2050 ». La volonté, nous l’avions déjà en 2002, quand Jacques Chirac affirmait à Johannesburg, en Afrique du Sud que « Notre maison brûle et nous regardons ailleurs ». Mais cette fois, promis juré, avec la Convention citoyenne promise par le Président de la République, convention qui deviendra effective en septembre, et les nouveaux engagements des pouvoirs publics, le bla-bla, c’est terminé. Place à l’action !

Sans doute la prise de conscience de l’urgence écologique et particulièrement l’urgence climatique est réelle. Le résultat des dernières élections européennes résonne aussi comme un tocsin et la percée des écologistes contraint à une surenchère climato-active !

Mais l’examen du problème hors du champ restreint de la lorgnette nationale peut aussi conduire à la résignation. Pourquoi la France ou l’Europe ferait-elle tant d’efforts si les autres, notamment Chinois et Américains, n’y consentent pas ? Et n’est-il pas déjà trop tard ? Ne vaut-il pas mieux focaliser sur le traitement de l’inéluctable : 1,5 à 2° de plus d’ici 2030 avec toutes les conséquences qui en découlent en termes météorologiques (nous le vivons actuellement) ou migratoires ? Sans doute faut-il agir sur tous les terrains. Sans doute faut-il que l’écologie ne soit plus un sujet, mais LE sujet autour duquel s’articulent toutes les politiques, sans dogmatisme ni a priori.

Emmanuel Macron ne s’y est pas trompé : il ne s’est pas contenté de fixer sa ligne rouge climatique au G20 de Tokyo, mais a insisté sur l’importance d’une ambition collective, de plus en plus impérative.

Oui, la maison brûle, et nos corps avec !

 

Michel Taube

Directeur de la publication

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