Edito
09H03 - mercredi 26 juin 2019

Istanbul, Téhéran, Tel-Aviv, Londres, Paris… Rats des villes contre rats des champs. L’édito de Michel Taube

 

À l’occasion des élections municipales, le peuple d’ Istanbul a donné un vigoureux coup de pied au derrière du pseudo calife Recep Tayyip Erdogan. Dans de nombreuses autres grandes métropoles du monde, les évolutions sociétales et culturelles bousculent les traditions et le conservatisme politique. Le rat des villes veillerait-il à ce que le rat des champs ne tombe dans le piège, ici du populisme et de la xénophobie, ailleurs de la dictature et de l’obscurantisme ? Partout dans le monde, les grandes capitales économiques sont aussi capitales contre-culturelles.

Déception chez les symathisants de l’AKP, à Istanbul le 23 juin 2019 – AFP / GURCAN OZTURK

 

Au-delà de la géopolitique, İstanbul a fait le choix de la liberté, de la modernité et, in fine, de l’Europe et d’une approche plus occidentale de la relation entre religion, politique et mœurs. La majorité des habitants de la capitale économique et culturelle de la Turquie ne veulent pas que leur vie soit dictée par la charia, quand bien même le vainqueur des élections ne serait-il pas un défenseur acharné de la laïcité, comme l’expliquait l’hebdomadaire Marianne en avril dernier. Les jeunes en particulier veulent vivre libre, et s’amuser comme bon leur semble, en boîte de nuit et en buvant de l’alcool (modérément, bien sûr !) si tel est leur choix. İstanbul, l’ancienne Constantinople, est la ville des mille et une nuits, et entend le rester.  

Mais İstanbul n’est pas la Turquie. L’équipe de France masculine de football en a fait l’expérience le 8 juin dernier, lors de son match de qualification pour la phase finale de l’Euro : dans le stade de Konya, ville aux forts relents nationalistes et islamistes, le soutien du public à son équipe ne fut pas seulement bruyant et enthousiaste. Il fut aussi marqué par une réelle hostilité à l’égard de l’équipe française, et ce, dès les hymnes nationaux où la Marseillaise fut copieusement sifflée.

Ce contraste entre la ville la plus moderne d’un pays et le reste du territoire n’est pas l’apanage de la Turquie. À Téhéran, une jeunesse nombreuse et occidentalisée n’attend même plus la chute des mollahs pour vivre à l’occidentale. Courrier International avait consacré un reportage à la jeunesse underground de la capitale de la République islamique. La « Police de la Vertu » (Gasht e Ershad) d’un régime pour le moins conservateur, n’a jamais réussi à soumettre totalement le peuple de Téhéran, et moins encore sa jeunesse. Comme à İstanbul. Et comme en Turquie, il n’a sans doute pas besoin de truquer les élections pour l’emporter hors de la ville phare.

 

Contre-culture dans les métropoles

Le phénomène ne s’arrête pas aux régimes autoritaires. Il est planétaire, évidemment très urbain et (contre) culturel. New York est la ville la plus célèbre des États-Unis, mais elle ne peut prétendre à les représenter, à les incarner. Quant à Sidney, capital économique et culturelle de l’Australie, elle évoque la douceur de vivre, le surf et la plage, alors que les habitants des contrées les plus reculées de ce pays-continent feraient presque passer le paysan texan pour un gauchiste dépravé.

On pourrait encore citer Tel-Aviv, également capitale économique et culturelle, mais pas capitale politique, d’Israël. L’une des villes les plus « gay-friendly » du monde, aux mœurs débridées et à la vie nocturne trépidante ne se laissera jamais dicter sa loi par des religieux qui tirent l’essentiel de leur influence politique d’un scrutin proportionnel dont nous, Français, ferions bien de nous méfier. Pour de nombreux jeunes de Tel-Aviv, les ennemis ne sont pas l’Iran ou les Palestiniens, mais bien les religieux de toutes obédiences, juifs notamment, qui voudraient s’immiscer dans leur vie et leurs mœurs.   

Plus près de nous, Londres est opposée au Brexit, contrairement à la majorité des Anglais. Dans une Angleterre encore plus centralisée que la France (vous tenez vraiment à vivre à Manchester ou à Liverpool, ou même y passer des vacances ?!), les Londoniens, et toute l’élite culturelle et artistique (Mick Jagger avait consacré une chanson au Brexit), sont révoltés et écœurés par l’attitude de leurs compatriotes et les basses manipulations auxquelles se sont livrés certains dirigeants politiques. Mais l’élite, ici comme là-bas, n’est-elle pas ce que les populistes exècrent ?

Et nous alors ? La famille Le Pen, quelle que soit l’étiquette qu’elle a choisi de se coller, n’a jamais fait souche à Paris. La droite et la gauche se sont succédées dans la capitale, et vont grandement se verdir, sans oublier LREM, à l’occasion des prochaines municipales. Mais malgré les problèmes très visibles, voire nuisibles, des bidonvilles de migrants installés aux abords de certaines portes de Paris, le Rassemblement national n’a jamais été en position, ne serait-ce que d’influencer la politique de la municipalité.

La ville comme rempart à tous les obscurantismes, tous les totalitarismes ? Le raccourci est un peu court, mais là où se dégage une importante mouvance culturelle hors des codes imposés par le régime politique ou la pensée dominante, la liberté progresse.

 

Michel Taube et Raymond Taube, rédacteur en chef d’Opinion Internationale et directeur de l’IDP – Institut de Droit Pratique

 

Directeur de la publication
Directeur de l'IDP - Institut de Droit Pratique / rédacteur en chef d’Opinion Internationale

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