Edito
Europe
10H01 - mardi 26 février 2019

Quand Coca-Cola sponsorise la présidence roumaine de l’Union européenne. L’édito de Michel Taube

 

La Roumanie préside pour six mois l’Union européenne. Six mois décisifs puisque les élections du Parlement Européen auront lieu fin mai.

Lors de la réunion des ministres des Affaires étrangères de l’Union européenne à Bucarest le 31 janvier dernier, les participants ont été accueillis avec des panneaux indiquant que « le système Coca-Cola soutient fièrement la première présidence roumaine du Conseil de l’UE ». On pouvait voir aussi des poufs Coca-Cola, des pancartes publicitaires et bien sûr des boissons. Coca-Cola est l’un des rares partenaires « platine » de la présidence roumaine de l’Union européenne. L’organisation des brasseurs de bière roumains Berarii et d’autres entreprises sponsorisent également la présidence. Coca-Cola n’en est pas à son coup d’essai puisqu’elle avait sponsorisé la présidence polonaise en 2011.

Certains observateurs s’en émeuvent comme l’association Foodwatch qui publie ces photos, a écrit à la Première ministre roumaine, Viorica Dăncilă, et au président du Conseil, Donald Tusk, en exige la fin de ce sponsoring sensible dans une campagne internationale lancée aujourd’hui. 

La firme américaine est coutumière de relations politiques très poussées avec les dirigeants d’Etats. On l’avait vu avec le Mexique dont le président de Coca-Cola Mexique, Vicente Fox, était devenu président de la République.

Que des entreprises sponsorisent des événements publics, c’est banal. Mais pourquoi donc ? L’Union a-t-elle vraiment besoin de budgets de sponsoring ? Et surtout, quelles en sont les contreparties alors que de nombreux dossiers de santé et d’alimentation sont en discussion auprès des institutions européennes ?

Pire, ce qui est le plus choquant, c’est que l’Union Européenne a pour grand principe le respect de la libre concurrence. Les Français et les Allemands en savent quelque chose, eux qui se sont vus retoquer le projet de fusion Alstom – Siemens.

En s’affichant ainsi avec une grande marque d’un secteur concurrentiel (et parce que Coca-Cola est en situation d’oligopole avancé), la présidence roumaine viole symboliquement cette neutralité qui devrait présider à l’arbitrage permanent que l’Union est chargée d’exercer.

Enfin, quoi qu’en diront ces marques, les sodas rassasient. Nos enfants les adorent. Mais ils ne sont pas bons pour la santé. A consommer avec grande modération !

Les adversaires de l’Union Européenne ne manqueront pas d’instrumentaliser ce genre de comportements pendant la campagne des Européennes.

Tiens, une idée pour nos amis roumains et M. Donald Tusk : remplacez donc Coca-Cola comme partenaire platine par la marque de lait français, « C’est qui le patron ? ». Vous savez, cette petite brique au juste prix qui permet aux producteurs de vivre dignement de leur beau métier d’agriculteurs.

Et puis, le lait, c’est tellement meilleur que le Coca !

 

Michel Taube

 

 

 

Directeur de la publication