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06H05 - lundi 25 février 2019
Afrique

Un deuxième printemps arabe commence-t-il en Algérie ? L’édito de Michel Taube

 

C’est l’événement qui pourrait faire trembler toute la Méditerranée et bien au-delà. La rue algérienne est-elle en train de se soulever pour empêcher une énième candidature d’Abdelaziz Bouteflika ?

Ce n’est pas s’immiscer dans la politique de ce grand et beau pays que de convenir que le peuple algérien mérite mieux qu’une marionette grabataire aux mains de son entourage pour le diriger.

Aussi glorieuse qu’ait été sa vie politique, le pouvoir en place risque gros en maintenant la cinquième candidature du chef de l’Etat pour une élection présidentielle qui n’aura lieu, si elle n’est pas reportée, que dans un mois et demi.

Pourquoi donc le président Bouteflika se représente-t-il donc pour la cinquième fois ? Plus précisément, pourquoi le présente-t-on à nouveau malgré lui à la magistrature suprême ? La seule raison logique est que les cercles de pouvoir en compétition n’arrivent pas à se mettre d’accord sur son successeur et préfèrent donc temporiser. Rien que dans l’armée, colonne vertébrale du régime, trois têtes se disputent en coulisses le futur leadership : lechef d’état-major et vice-ministre de la défense Nationale, Gaïd Salah, le général Tartag, patron de la Direction du Service de Sécurité (DSS), héritier du Département Renseignement et Sécurité (DRS), le général Mohamed Mediène, dit Toufik, qui fut longtemps le chef redouté du DRS et l’homme fort de l’Algérie.

Ces derniers jours, les manifestations ont été nombreuses dans de multiples villes d’Algérie. Comme en Tunisie fin 2010, c’est un post anonyme sur Facebook qui a allumé la mêche et mis le feu aux poudres.

L’Algérie vit-t-elle le coup d’envoi d’un deuxième printemps arabe qui pourrait aller au-delà de ce beau pays ? Au Soudan, depuis trois mois, le peuple, emmené par la très courageuse Association des professionnels soudanais, tient tête à Omar el-Béchir, président despote inculpé par la Cour Pénale Internationale depuis des années. 

Algérie, Soudan… Le monde a besoin de stabilité. Il est temps que les autorités algériennes prennent la mesure qui s’impose (le retrait de Bouteflika) en permettant au peuple algérien de choisir dignement entre des candidats : Ahmed Ouyahia, l’actuel premier ministre ? Ali Benflis, ancien premier ministre qui porte une vision réformiste de son pays, plus rassurant pour les tenants d’une stabilité impérieuse ? Le sulfureux Rachid Nekkaz, homme d’affaires né en France qui s’était fait connaître notamment pour avoir tenté d’organiser une baignade en burkini en France il y a trois ans ? Ou l’islamisation culturelle de la société, observée ces dernières années dans les grandes villes du pays, portera-t-elle au pouvoir un candidat islamiste ?

L’Algérie ne se remettrait pas de l’anarchie (ou d’une solution militaire inenvisageable) qu’un scénario contraint par le soulèvement de la population provoquerait.

Les Algériens ont raison de descendre dans la rue mais c’est un tsunami qui menace l’Algérie. Et les répliques en seraient terribles pour nous tous.

 

Michel Taube

 

 

 

 

Directeur de la publication