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14H28 - vendredi 1 septembre 2017

La mondialisation et l’intelligence artificielle sont une chance pour l’Afrique. Tribune de Mohand Sidi Saïd : le succès est le contraire du repli sur soi.

vendredi 1 septembre 2017 - 14H28

A l’heure de l’essor de l’intelligence artificielle, l’Afrique – ou plutôt « les Afriques » – a tous les atouts pour réussir. L’Afrique du Sud, le Nigeria, la République démocratique du Congo peuvent se ressaisir. La Côte d’Ivoire, le Ghana, le Kenya peuvent confirmer leurs ambitions de pays émergents. L’Algérie doit se retenir de faire deux pas en arrière après un pas en avant. Pour tout le continent, il faut de l’audace et de la patience, et le courage de l’ouverture. L’Afrique n’a rien à craindre de la mondialisation, il ne faut pas qu’elle se renferme sur elle-même. Tribune de Mohand Sidi Saïd.

Un nouveau grand débat agite le monde: l’intelligence artificielle est-elle une opportunité pour les hommes ou au contraire un danger pour l’emploi et la démocratie ? L’AI (artificial intelligence) est déjà là, dans notre vie quotidienne. Amazon, l’hypermarché digital bien meilleur pour prédire nos besoins, Uber qui propose une voiture à chaque coin de rue, les plate-formes d’apprentissage de la conduite qui désembouteillent les auto-écoles, les semelles ou montres connectées qui surveillent notre rythme cardiaque et envoient les données à notre médecin traitant, font déjà partie de notre vie quotidienne. Demain, le mariage des nanotechnologies, de la biologie, de la science de l’information et des sciences cognitives permettra l’amélioration des organismes vivants. La voie s’ouvrira pour le «transhumanisme» et pour une espérance de vie au-delà de 140 ans. 

Le débat est vif et c’est une bonne chose car les réponses ne sont pas simples. Elon Musk, le patron de Tesla, demande une réglementation pour que l’AI ne devienne pas une menace civilisationnelle. Une étude de Dell et de l’ «Institut pour le Futur» de Palo Alto estime que 85% des emplois de 2030 n’existent pas encore aujourd’hui. Cette marche vers l’économie de demain est irréversible. Revoir sa façon de travailler, de raisonner, interagir avec les écosystèmes devient un impératif majeur. Les risques du rétrécissement sur soi sont certes conséquents mais ne pas emprunter cette voie, c’est mettre en péril l’avenir des générations futures. 

Sans doute des emplois seront perdus car devenus obsolètes, des individus et des entreprises resteront au bord du chemin. La solution sera de faire naître la solidarité entre ceux qui vont le plus vite et ceux qui ont besoin de temps pour se réorienter. Mais en aucun cas la solution ne peut être la rétraction sur soi-même. Tous les grands pays émergents, comme la Chine et l’Inde, malgré des régimes qui affirment sans conteste leur identité nationale forte, ont compris ce besoin vital d’ouverture. Cela implique des décisions souvent difficiles et une vraie culture du mouvement.

L’Afrique sur la route de l’effort, du changement et de la prospérité

Longtemps décriée, stigmatisée, ignorée et quelques fois spoliée, l’Afrique s’éveille et commence à trouver la voie de l’espoir et de l’audace.

Avec ces perspectives historiques d’innovation, l’Afrique peut indéniablement faire un bond en avant. Elle a des ressources, elle possède le capital intellectuel et des taux de croissance dans certains pays qui dépassent 5% par an. Elle a de l’envie et tout indique qu’elle est prête pour  une sorte de revanche sur le temps. Les projets relatifs à l’AI sont souvent peu coûteux en infrastructures et rapides à mettre en place. L’Afrique est a priori une destination d’investissement attractif. Il faut simplement qu’elle choisisse la route de la réforme et de l’effort.  

Certains pays africains connaissent des turbulences internes, comme la RDC ou le Nigeria. Mais ces difficultés ne doivent pas freiner les investissements extérieurs. On peut et on doit être optimiste et entrepreneur, même par temps de turbulence. Le groupe pharmaceutique auquel j’ai appartenu s’est implanté en Algérie pendant la décennie noire et son développement n’a cessé depuis. Dans ces périodes, les investisseurs sont souvent mieux reçus par les autorités et c’est dans ces moments-là que se forge la confiance. Les entrepreneurs doivent avoir de l’audace. Et de la patience aussi : ce même groupe a investi 100 millions de dollars en Chine à la fin des années 1980, a perdu de l’argent pendant près d’une décennie, avant de voir sa filiale chinoise s’envoler et devenir une star mondiale.

Un bon partenariat suppose des efforts des deux côtés. Une entreprise agit au service de ses actionnaires, c’est évident, mais elle doit aussi apporter sa contribution au progrès du pays. Les citoyens doivent voir que le chômage diminue, que l’espérance de vie augmente, que le bien-être croît. L’entreprise n’est pas sur une île déserte, gouvernée uniquement par l’appât du gain.

De l’autre côté, il faut que les gouvernements acceptent l’ouverture sur le monde. Je déplore souvent que mon pays d’origine, l’Algérie, fasse devant l’Organisation mondiale du commerce (OMC) un pas en avant et deux pas en arrière. A l’autre bout du continent, l’Afrique du Sud a des potentialités extraordinaires si elle résout la faiblesse de sa gouvernance. Mais des pays comme la Côte d’Ivoire ou le Ghana, en Afrique de l’Ouest, ou le Kenya en Afrique de l’Est, font déjà des efforts très importants et affichent une ambition qui inspire le respect. Il y a dans ces trois pays une élite qui veut progresser et qui a compris que le succès est le contraire du repli sur soi. 

L’Afrique n’a rien à craindre de la mondialisation. Elle doit l’accompagner et s’engager sans complexe dans la recherche, l’intelligence artificielle, l’économie de l’innovation. 

Mohand Sidi Saïd

 Né en Algérie dans une famille pauvre, Mohand sidi Said a été orphelin très jeune. Son destin a tenu à deux rencontres : celle d’un oncle qui l’envoie à l’école à l’âge de dix ans et celle d’un cousin qui le met en contact avec le dirigeant de Pfizer en Algérie. C’est le départ d’une carrière de 40 ans au sein d’un laboratoire pharmaceutique mondial dont il deviendra à New York, le vice-président, membre du comité exécutif et l’un des trois présidents de la division pharmaceutique.

De cette aventure, Mohand Sidi Said dit ne retenir ni les souffrances d’enfance ni le jet privé avec une rémunération variable et enviable mais des rencontres nombreuses et qui ont été chacune à sa manière une étoile dans la nuit,une inspiration avec l’envie de faire, d’entreprendre et d’innover.

Bien que retraité, son avis reste sollicité sur les questions de la santé, de l’accès aux soins innovants pour tous et du savoir en général. Il aide également à l’émergence de jeunes entrepreneurs dans les banlieues, dans le cadre d’un Fonds d’Investissement Social à Mantes-la-Jolie. Il soutient l’Association SOS Villages d’Enfants et il est président de Aix-en Provence-Mécénat. On lui doit une biographie, L’esprit et la Molécule, Genèse Ed. 2012 et en 2016 Au secours notre santé est en péril, Presses du châtelet. 

 

(Re)découvrez le portrait de Mohand Sidi Saïd par Catherine Fuhg qu’avait publié Opinion Internationale le 30 janvier 2016.