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16H54 - mercredi 27 juillet 2016

Saint-Etienne du Rouvray : les gouvernants doivent aller plus loin sans avoir peur de choquer

mercredi 27 juillet 2016 - 16H54

L’attentat qui a coûté la vie à un prêtre de 84 ans, égorgé dans l’église de Saint-Etienne-du-Rouvray (76) provoque une vive émotion dans la communauté nationale. Face à ce nouveau crime barbare, il faut aujourd’hui passer à la vitesse supérieure et accepter que notre pays soit en guerre.

Crédit photo : Domenjod, Wikimedia Commons

Crédit photo : Domenjod, Wikimedia Commons

Le terrorisme façon Daesh, sorte de franchiseur de la terreur, est très compliqué à contrer. Dans le cas de l’attaque de l’église de Saint-Etienne-du-Rouvray, les premières questions se posent (lire l’encadré qui suit sur les armes des terroristes). D’abord, un des terroristes était connu des services de police : condamné, il était porteur d’un bracelet électronique et autorisé à sortir de 8h30 à 12h30, ce qui montre les limites du système judiciaire dans le cadre de la lutte contre le risque terroriste. Comment, ensuite, n’a-t-on pas mieux protégé une église qui de source proche du renseignement français aurait été nommément citée dans la liste des cibles potentielles de l’auteur de l’attentat manqué contre l’église de Villejuif ?

Loin de vouloir faire le procès des services de police, elle-même victime du terrorisme de Daesh et qui est intervenue très vite mardi matin -, des services de renseignement, il faudra aujourd’hui passer en urgence à la vitesse supérieure, quitte à froisser certains esprits. Il faut se rendre à l’évidence ; des solutions radicales doivent être prises.

La première de ces actions serait la fermeture de l’espace Schengen pour une durée beaucoup plus longue qu’au lendemain des attentats du 13 novembre. Il faut prendre les décisions de fermeture des lieux de cultes identifiés comme salafistes ou fondamentalistes. Accepter l’idée qu’il faudra renégocier les accords bilatéraux avec certains pays du Maghreb, comme le gouvernement Jospin l’avait déjà fait à la fin des années 90.

Expulser les détenus de droits commun binationaux est aussi une solution à condition que les pays d’accueil jouent le jeu. Beaucoup de Français pensent qu’il est simple d’expulser des étrangers de France. Il n’en est rien. La France est souveraine sur son sol mais c’est aussi le cas de tous les pays du monde. La Tunisie, par exemple, ne voit pas d’un bon œil l’arrivée possible de centaines ou de milliers de détenus de droit commun qui pourraient alors passer à l’acte dans leur pays d’origine. Par conséquent, lorsqu’un avis d’expulsion est transmis aux autorités du pays d’accueil, ce dernier laisse souvent courir les délais. Un membre d’un consulat du Maghreb nous confiait récemment : « Quand on reçoit une note d’expulsion d’un tribunal ou d’une préfecture, on doit d’abord vérifier que la personne expulsable est bien de la nationalité de notre pays et cela demande du temps ». L’idée serait alors de se résoudre à créer des centres de rétention pour ces individus radicalisés comme le réclame la droite française.

Enfin, dans le cadre de la guerre que dit vouloir mener le gouvernement français, il faut annuler la suspension du service national afin de mobiliser rapidement plus de 200 000 jeunes conscrits au service de la population pour apporter aux forces de sécurité un renfort populaire. Cette annulation de la suspension du service national actif qui date de 2003 est une nécessité dans le contexte actuel, même s’il existe des inconnues sur la mise en place rapide de ce dispositif exceptionnel. Une source proche du ministère de la Défense indique que la remise en place d’un service national peut être très vite relancée car les structures existent. D’autres voix au sein de ce ministère mettent eux l’accent sur le risque de voir débarquer dans cette conscription des profils à risque. Quoi qu’il en soit, il est urgent et vital d’agir. Et vite.

Il est trop simple de se procurer machettes couteaux, armes de poings et répliques de fusils d’assaut

Comment lutter contre cette nouvelle forme de terrorisme de proximité révélée par les récentes affaires de Nice et de Saint-Etienne-du-Rouvray ? D’abord se mettre dans la peau de ces barbares.

La première des choses à faire quand on veut lutter contre le terrorisme de proximité, c’est d’abord de se mettre dans la tête d’un potentiel terroriste. Exercice compliqué pour de nombreuses personnes mais pourtant salutaire. Un individu isolé qui souhaite passer à l’acte a pour lui la propagande djihadiste qui lui propose de trouver quelque objet que ce soit (une voiture, un camion, un couteau ou une fourchette) pour perpétrer en son nom une action qui marquera les esprits.

Aujourd’hui, malgré l’Etat d’urgence, malgré l’intensification de la lutte contre le terrorisme, il est extrêmement facile de se procurer une arme en France. Nous avons voulu vérifier combien il était aisé de dénicher sur Internet ou dans les petites annonces de quoi se transformer en terroriste sanguinaire dans son propre quartier ou sa commune. Première recherche sur Google : « achat machette ». Très vite, des dizaines de sites web proposent de nombreux modèles de machettes de longueurs différentes et toutes d’une dangerosité avérée. Pour 21 euros, frais de port via La Poste, nous avons pu acheter une machette de 26 cm de lame. Pour quelques euros de plus, le site consulté nous propose quelques poignards dont un hybride poignard-poing américain. Le site précise également que l’acquéreur de ces armes peut se faire livrer en relais colis ! Des armes qui ont montré leur triste efficacité lors des drames de Saint-Etienne du Rouvray ou dans un train en Allemagne.

Trouver une arme à feu est là aussi très facile. Des sites d’armurerie proposent des armes de poings à condition de fournir soit une attestation d’autorisation de port d’arme soit une carte d’identité si l’arme n’est pas réputée létale. Mais en cherchant bien, on trouve des sites alternatifs où des internautes vendent ou achètent des armes de type Beretta en calibre 9mm. Pour cela en général les petites annonces mentionnent de prendre contact directement avec le vendeur qui se charge de livrer l’arme en face à face.

Enfin, il est également possible d’acheter sans risque des répliques d’armes de guerre (totalement inoffensives) qui ressemblent à s’y méprendre avec les armes originales. Des armes factices ont été retrouvées sur les terroristes de Saint-Etienne-du-Rouvray et de Nice. Selon une source policière, ces armes ne sont donc pas destinées à être utilisées mais à mettre en joue les policiers pour que ces derniers ripostent et tuent les auteurs pour ne pas être pris par les forces de police. Une méthode qui rappelle le principe du « Suicide by cop » qui consiste à braquer un policier pour que ce dernier le tue.

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Omri Ezrati