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10H49 - mardi 31 mai 2016

Don Lush Gjergji : un prêtre intellectuel au service du Kosovo

mardi 31 mai 2016 - 10H49

0ua_fmB2_400x400Le catholicisme a une vieille histoire dans le monde albanais. Les Albanais, héritiers des anciens Illyriens, constituent l’écrasante majorité de la population en République d’Albanie et au Kosovo, et une importante minorité au Monténégro et en Macédoine. Comptant environ 12 millions d’âmes, ce peuple est aussi pour sa plus grande part musulman.

 

vicaire

La population albanaise est peu mobilisée par la passion confessionnelle. Les religions sont toutes tolérées de manière décrispée, sauf parfois en situation de guerre : entre 1999 et 2000 par exemple la soif de vengeance a poussé Albanais comme Serbes à saccager des édifices relligieux.

 

Toujours est-il que le catholicisme albanais est lié aux apôtres et aux premières évangélisations. Ce peuple illyrien a très vite adopté cette nouvelle foi. Une figure contemporaine nous le rappelle : mère Teresa, catholique albanaise, née à Skopje en Macédoine de parents probablement originaires de l’actuel Kosovo.

 

Don Lush Gjergji, prêtre catholique, vicaire général de la province du Kosovo et biographe de mère Teresa, est l’une des figures les plus dynamiques de la communauté catholique du Kosovo. Diplômé de philosophie et de psychologie de la Sapienza à Rome, il écrit en albanais, italien, croate.

 

Lui que j’ai rencontré deux fois m’a impressionné par sa connaissance didactique toujours présentée dans la bonne humeur. Il prêche la convivialité entre musulmans, orthodoxes et catholiques kosovars. Le caractère spécifique et culturellement enraciné du catholicisme au Kosovo, et dans le monde albanais en général, est pour lui le socle de son acceptation. Il n’y a apparemment jamais eu de frictions graves entre musulmans et catholiques, et les autorités musulmanes reconnaissent que les catholiques sont leurs frères. Le prêtre et tous les Kosovars se réclament avec constance du legs de mère Teresa.

 

L’église catholique a toujours été proche du peuple au Kosovo. Déjà en 1990, elle a eu un rôle majeur, avec Don Lush notamment, dans l’extinction des querelles de sang entre clans – pratique qui a longtemps empoisonné la vie des Albanais ethniques. Puis pendant les onze ans de répression officielle (1989-2000) du pouvoir serbe de Milosevic (homme fort de Serbie 1991-2000), l’église a participé au système clandestin d’éducation et de ravitaillement. Comme le héros national et premier président Ibrahim Rugova s’était converti au catholicisme, la place de cette religion est devenue plus centrale encore et une grande cathédrale fut construite à Pristina, où d’ailleurs nous avons rencontré Don Lush.

Don Lush, comme la plupart des figures religieuses du Kosovo, est favorable à un État laïc mais souhaite que les institutions religieuses jouissent d’un statut spécial. Pour les musulmans, ce statut aurait un plus grand impact, car les extrémistes en seraient évidemment exclus. Surtout, Don Lush envisage l’avenir de la nation kosovare sur le mode d’une continuation de la fraternité entre tous les Albanais, tous les monothéistes, tous les hommes de bonne volonté, et entre Albanais et Serbes. L’église catholique continuerait, dans cette optique, à servir tous les Kosovars, dénonçant les injustices et les inégalités et venant en aide aux plus démunis, toujours sans distinction confessionnelle.

 

Don Lush ne craint ni l’extrémisme ni le djihadisme et constate que la population musulmane dans son immense majorité a compris que les islamistes venus de l’extérieur, cherchant à changer l’équilibre national, risquent de porter atteinte à la convivialité. L’État se doit d’écarter les influences étrangères mal intentionnées. L’église et la mosquée s’unissent pour maintenir l’unité albanaise et la foi en un dieu unique. Don Lush prône l’entière liberté de choisir sa religion et veut promouvoir des règlementations égales pour toutes les croyances. Il souhaite aussi que musulmans et chrétiens aient le choix de se convertir. Dieu a donné la liberté de conscience à l’homme, aime-t-il répéter.

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