Billet de Catherine Fuhg
France /
13H13 - vendredi 20 mai 2016

La terre, notre maison

vendredi 20 mai 2016 - 13H13

Elle est belle quand elle gronde, cette terre, notre mère. Sa puissance nous fascine et nous tient en respect. Elle nous renvoie, souveraine, à notre condition humaine.

Crédit photo : NASA, domaine public

Crédit photo : NASA, domaine public

Évidemment qu’on l’aime, cette terre qui nous porte, nous entoure, nous nourrit, à laquelle on retourne lorsque notre chemin est arrivé à sa fin. Comme à nos mères, on lui doit tout. Et comme nos mères aussi, trop souvent on l’oublie. Bien sûr, il y a l’écologie. Une vague généreuse qui brasse dans son courant tellement de profit. Mais quand pense-t-on à elle vraiment, juste pour l’admirer ? Non pour la posséder ? Et non pour l’exploiter ? Quand pense-t-on à elle vraiment ? Et non parce que notre destin est encore lié au sien ? « Encore » ? Oui, je dis bien encore. Car l’aimerons-nous « encore » autant le jour où nous aurons trouvé le moyen de la remplacer ?

Bien sûr que l’homme aussi est beau. Une espèce merveilleuse. Capable du meilleur. Du pire aussi, je sais, mais mon humeur du jour est claire, joyeuse comme l’eau des sources. Et puis, il n’est pas à ma une. Car aujourd’hui, c’est notre mère que je souhaite mettre à l’affiche. Cette mère que nous foulons sans même la remercier d’avoir déroulé sous nos pieds ces sols herbeux, pierreux, vaseux ou sablonneux. Ces pentes douces ou escarpées. D’avoir déployé ces plaines et ces forêts autour de nous, de regorger de richesses, et de s’être creusée pour accueillir « nos » océans… Cette mère qui nous domine du haut de ses montagnes. Cette mère qui donne parce qu’elle est mère, sans rien demander en retour… Croyons-nous sérieusement pouvoir équilibrer nos comptes avec une journée mondiale ou une fête annuelle ?

Aussi parfois se réveille-t-elle. Pour nous montrer qui est le maître ? Ou devrais-je dire : la maîtresse ? On peut, je ne le nierai pas, opposer à mes arguments leur tendance anthropomorphiste. Mais je ne suis pas la première à appeler mère notre terre. Poursuivons.

Il lui arrive parfois à notre terre, mère, d’être injuste, de tuer des innocents. Lorsqu’elle tremble, par exemple, ce sont souvent les plus pauvres et démunis qui périssent. Ou lorsqu’elle glisse et engloutit, comme cette semaine au Sri Lanka, des villages et leurs habitants. Une centaine de personnes ensevelies sous la boue après des pluies torrentielles. Quand le ciel et la terre se mêlent !

Et puis, il y a ces fois, où elle s’offre en spectacle, tout en magnificence. Comme ces jours derniers en Sicile. L’Etna, le grand fumeur sicilien, est sorti de sa somnolence pour projeter dans le ciel des gerbes de cendre et de lave – un déluge de feu –attirant sur lui l’attention et suscitant l’admiration de tout le monde alentour. Il paraît qu’à Taormina une de ses fans lui a écrit une chanson pour le supplier de ne pas cesser de cracher. Que les gens lui déclarent leur flamme, dansant en son honneur. Une sorte de danse rituelle ? Qui nous renvoie à nos racines. À l’homme originel qui grâce à son ignorance savait apprécier la terre, ses surprises, ses merveilles…

C’est que quand la terre se réveille, elle nous remet à notre place. Nous ne sommes plus que ses enfants. Et finalement, c’est rassurant.