Billet de Catherine Fuhg
Monde /
15H01 - vendredi 11 mars 2016

Droit des femmes, work in progress

vendredi 11 mars 2016 - 15H01

On revient de très loin. D’un lieu, où la femme n’était qu’une sorte de variation autour de la norme « homme ». Une variation manquée. Diminuée. Bémolisée. Pour Aristote, un mâle raté. Pour Freud, un être incomplet. Quant à la théorie biblique… Selon elle, la femme doit la vie – une vie de services – à la difficulté, voire l’impossibilité, de l’homme à rester seul.

 

Adam et Eve - Crédit photo : National Gallery

Adam et Eve – Crédit photo : National Gallery

 

Ainsi Dieu nous aurait créées, nous les femmes, pour les hommes. « Une aide semblable à lui. » Pas tout à fait, nous l’avons vu, inutile d’insister… Remarque si, pourquoi pas ? Le texte révèle au lecteur et à sa lectrice associée l’histoire de leurs origines. Il nous présente l’homme et « sa » femme, debout nus, côte à côte. D’ailleurs en parlant de côte, pas de nouvelles de celle d’Adam. On ignore encore aujourd’hui s’il a finalement réussi à la récupérer. Il nous est ensuite précisé que malgré leur nudité, les deux ne ressentent aucune honte. En revanche pas un mot sur comment Eve, ou devrais-je dire : « celle par qui le malheur arrive », comment donc elle a réagi en découvrant qu’il lui manquait… enfin vous savez quoi. Pas un mot !… Pourtant, tout est là. Selon certains en tout cas pour qui tout résiderait dans l’absence, ou pas, de cette chose, parfois un peu piteuse, et d’autres, ma foi, un peu moins.

Eve, remarquant cette absence, en ressent une profonde douleur, n’ose pas en parler à Adam et rumine dans son coin. Alors, dans cette brèche, cette plaie ! s’engouffre le serpent. Ce cochon lui siffle à l’oreille : « Allez Eve, vas-y, goûte, à ce fruit défendu, au point où tu en es. Au moins, tu comprendras peut-être pourquoi tu n’en as pas … » Avouez que sous cet angle la malheureuse vous paraît sacrément moins coupable. Mais trêve de plaisanterie. Le sujet est sérieux.

Pendant longtemps les cultures, toutes les cultures, ont relégué les femmes à une place subalterne. Dans le jargon actuel, on parlerait d’une niche. La femme n’existait pas. Il n’y avait que des femmes de. La femme n’était qu’épouse et mère. La procréation (pour remplacer, d’après Sigmund, leur envie de pénis) était son moyen d’expression, aussi sa voie au respect. « Père et mère, tu respecteras. » Le concept de la femme tout court était à inventer.

Bien sûr, pour clôturer notre semaine de la femme, semaine oui, parce qu’un jour, c’est maigre, j’aurais pu dresser le bilan de ce qui reste à accomplir pour que la femme soit réellement enfin l’égale de l’homme. J’aurais pu alerter sur les multiples assassinats, violences, abus ou harcèlements dont elles sont partout dans le monde et quotidiennement l’objet. Tandis que tant de leurs bourreaux jouissent de l’impunité. J’aurais aussi pu parler des risques de régression, une tendance sournoise, un iceberg dont le port du voile n’est que la pointe émergée.

J’aurais pu au contraire tenter de lister les acquis. Car le siècle dernier a vu de grandes conquêtes en matière de droits de la femme. En voici quelques dates, quand même, parce que c’est beau ! En France, les femmes ont obtenu le droit de passer le bac (en 1924),  de voter (en 1944), d’ouvrir un compte en banque (en 1965), et la suppression (en 1970) de la notion de chef de famille. Sans parler de l’accès à la contraception, des lois sur la parité…

Je l’aurais pu en effet, mais je préfère finir cette semaine en citant notre Juju national : « Femmes je vous aime ».

Je vous aime, vous qui courez ventre à terre chercher vos enfants à l’école, après avoir à fond de train fait quelques courses en passant. Vous qui vous maquillez dans le métro le matin après un réveil en trombe où vous n’avez pas pu penser à vous-même un instant. Vous qui ne savez plus faire moins de deux choses à la fois. Je vous aime, vous ministre, dont je ne partage pas l’avis. Et vous, chercheuse, artiste, entrepreneuse, soldate, vous aussi prostituées, parce qu’il en faut du courage ! vous toutes, qui continuez à vivre dans votre peau de femme, parce que vous n’avez pas le choix. Vous toutes, je vous aime. Je vous admire. Et vous promets : ce n’est qu’un début…