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16H44 - mercredi 9 mars 2016

« Why Israël ? »

mercredi 9 mars 2016 - 16H44

Israël affronte diverses mobilisations hostiles, condamnations d’ONG humanitaires et sanctions de la communauté internationale, cependant que des lignes semblent vouloir bouger sur le terrain diplomatique… du côté des pays arabes.

 

Manifestation à Melbourne contre le blocus de la Bande de Gaza - Crédit photo : Takver / Flickr CC

Manifestation à Melbourne contre le blocus de la Bande de Gaza – Crédit photo : Takver / Flickr CC

 

À 92 ans, Shimon Peres n’a peur de rien

L’ancien président d’Israël, Shimon Peres, s’est rendu en Afrique du Sud la semaine dernière, sur invitation de la communauté juive du pays et malgré les menaces proférées contre lui.

Dernier père de l’État hébreu encore vivant, il est surtout connu pour avoir servi la cause du dialogue entre les peuples. Partisan affirmé de la solution à deux États, Palestine et Israël, cosignataire des accords d’Oslo en tant que ministre des Affaires étrangères, son œuvre de paix a même été saluée par un prix Nobel.

Pourtant, une organisation d’avocats, la Muslim Lawyers Association, a déposé à son encontre auprès du ministère public sud-africain une demande d’arrestation dont le texte comportait plus de 600 pages. Selon ce réquisitoire, Shimon Peres se serait rendu coupable de « crimes de guerre atroces ». Le Media Review Network, un site sud-africain d’information dont le propos est de « casser les mythes sur l’islam et les musulmans, de bâtir des ponts de compréhension entre les différentes communautés du pays », et dont une rubrique s’intitule « Why Israel ? », a reproché par ailleurs à l’homme d’État israélien sa longue carrière politique alors qu’il « n’a jamais gagné une élection ». Le Conseil sud-africain des théologiens musulmans s’est joint aussi à la requête et a publié une bannière dont le slogan « Stop au terrorisme israélien » est imprimé sur des mains ensanglantées.

Shimon Peres, qui s’est engagé depuis des années pour la coopération économique entre Israël et le continent africain, n’a pas pour autant renoncé à son déplacement à Johannesburg ni à son allocution devant des milliers de membres de la communauté juive d’Afrique du Sud.

Sur le parvis de l’hôtel Intercontinental, où l’événement se déroulait, une manifestation d’activistes de l’organisation BDS (Boycott Divestment and Sanctions), qui prône le boycott de tous les produits israéliens, a donné lieu à des affrontements avec les forces de police.

 

SodaStream

Un rapport de Human Rights Watch, publié le mois dernier, affirmait que les entreprises israéliennes implantées en Cisjordanie – elles sont au nombre de mille – « opèrent en violation du droit international car elles ont été construites sur des terres occupées ».

Par ailleurs, en novembre dernier, l’Union européenne recommandait à ses pays membres de marquer, par étiquetage, les produits fabriqués en « territoires disputés ».

C’est dans ce contexte, et au terme d’un long combat, qu’en septembre 2015 SodaStream, entreprise productrice de boissons gazeuses, a déménagé ses locaux de son site de Ma’ale Adumim, en Cisjordanie, dans le Sud d’Israël. Ce fait n’est pas anodin. Il pourrait bien donner le signal de départ à toutes les autres entreprises et usines israéliennes installées dans ces territoires qui emploient à ce jour encore des milliers de Palestiniens.

Cette décision de quitter la région, le PDG de SodaStream, Daniel Birnbaum, l’a prise le cœur lourd. Mais impossible de rester étant donné la campagne intense de boycott dont l’entreprise était la cible depuis 2014. Sur ses 1 300 employés, 500 étaient Palestiniens, pour la plupart soutiens de familles. Finalement, 74 d’entre eux ont pu le suivre, et malgré les difficultés pratiques que représentait ce trajet quotidien, ils tenaient à leur emploi. Tous l’ont perdu la semaine dernière.

Cette fois ni le BDS ni les recommandations de l’Union européenne ne sont responsables de cette injustice. Daniel Birnbaum accuse pour sa part l’« idiotie de la bureaucratie israélienne ». En effet, les permis de travail de ces Palestiniens n’ont pas été renouvelés sous prétexte, selon des sources officielles, d’une directive du ministère des Finances, « visant à réduire le nombre de travailleurs étrangers en Israël ».

Daniel Birnbaum n’est pas prêt à abandonner le combat. Il a fait le calcul, dit-il : de ces 74 emplois dépendent 740 personnes. Il réclame que la décision gouvernementale soit revue et les permis renouvelés car c’est « à la fois la bonne chose à faire en tant qu’êtres humains, en tant que Juifs et pour la sécurité de l’État ».

Par ailleurs, il se déclare déterminé à aider les Palestiniens à développer sur place leur propre industrie.

 

Israël-Arabie saoudite, une liaison secrète

Le mois dernier, le ministre de l’Énergie, Yuval Steinitz, se rendait de manière tout officieuse dans la capitale des Émirats arabes unis. Il y a une semaine, ce sont les ministres des Affaires étrangères israélien et saoudien ainsi que les patrons de leurs services secrets qui se seraient entretenus, en catimini, à Jérusalem. Le chef de la diplomatie saoudienne aurait même rencontré le Premier ministre, Benjamin Netanyahu. C’est le site russe Sputnik qui a divulgué la nouvelle.

Ce n’est pas tout. La dixième chaîne de télévision israélienne en est allée, elle aussi, de sa révélation. Il s’agit cette fois de la visite à Riyad d’une délégation de hauts responsables israéliens. Le plus étonnant dans cette information ne réside pas dans les faits eux-mêmes – en effet, les deux pays, partageant quelques sujets d’inquiétude, dont le nucléaire iranien et le conflit syrien, échangent secrètement depuis déjà un certain temps – mais dans l’origine de la « fuite » : les Saoudiens. Serait-ce là un signe de leur volonté d’officialiser leur relation avec les Israéliens ? Ce rapprochement annonce-t-il une reconnaissance prochaine de l’État d’Israël par les puissances pétrolières du Golfe ? Peut-on en espérer qu’il impulse un nouvel élan vers la paix ? Ou s’agit-il seulement d’une alliance ponctuelle face à des périls immédiats ?

 

La technologie israélienne, au service malgré elle de Bachar al-Assad

Selon Channel 2, chaîne de télévision israélienne, des photos aériennes révèleraient que des drones, destinés à la collecte de renseignements, vendus à la Russie par Israël Aerospace Industries ont été utilisé en Syrie par les forces de l’axe prorégime, soutenu par l’Iran et le Hezbollah. L’entreprise israélienne avait vendu en septembre 2015 douze drones Seacher II à la Russie pour un montant d’une centaine de millions de dollars, et ce malgré l’avis défavorable des États-Unis.

Cet incident marque un tournant dans les relations entre l’État hébreu et la Russie. Désormais, l’exportation de matériel militaire vers la Russie sera soumise à une nouvelle réglementation, et chaque contrat étudié par une commission spéciale. Le ministère de la Défense israélien a émis dans ce sens une note à l’intention de toutes les entreprises d’armement du pays les informant que le statut de la Russie avait changé, passant de « pays normal » à « pays spécial ».

 

Crime raciste à Netanya

Netanya, petite ville relativement paisible située en bord de mer au nord de Tel Aviv, est surtout connue pour son activité touristique et son importante communauté française. Elle a été le théâtre le 17 février d’une agression raciste commise par quatre adolescents juifs à l’encontre de deux Arabes palestiniens. Après avoir repéré leurs victimes sur la plage, les agresseurs les ont suivies, insultées et brutalisées, jetant sur eux des pierres et des bouteilles vides. Malgré leur tentative de fuite, les deux Arabes ont été rattrapés et battus. L’un d’eux a même dû être hospitalisé pour soigner ses blessures. Le ministère de la Justice a inculpé mardi dernier les jeunes israéliens d’« agression à caractère raciste ».

 

Une demande d’asile pas comme les autres

Il arrive, au terme de longues procédures, qu’Israël accorde l’asile à des personnes persécutées pour homosexualité dans leur pays d’origine, notamment la Cisjordanie. Cette fois, il s’agit d’un poète, Payam Feili, ayant fui l’Iran alors que lui et sa famille faisaient l’objet de menaces, du fait de son homosexualité. Après un séjour de deux ans en Turquie, il est arrivé à Tel Aviv au mois de décembre dernier pour travailler sur l’adaptation à la scène de son roman I Will Grow, I will Bear Fruit… Figs (Je grandirai, je porterai un fruit… des figues). Depuis, il a eu le temps de « tomber amoureux d’Israël », déclare-t-il, et de déposer une demande d’asile. Son avocat se déclare optimiste quant à l’issue de cette requête, délicate étant donné les tensions qui marquent la relation israélo-iranienne, car elle est « très spéciale ». Payam Feili, ouvertement gay, ne peut retourner dans son pays sans risquer sa vie car en République islamique d’Iran, l’homosexualité est illégale et passible de sanctions dont la peine de mort.