Billet de Catherine Fuhg
France /
16H44 - vendredi 4 mars 2016

L’espoir perdu du citoyen moyen

vendredi 4 mars 2016 - 16H44

Une légende biblique raconte qu’un gringalet, joli garçon, pâtre de profession et, à en croire ses frères, un brin hâbleur sur les bords, abattit un géant, guerrier depuis l’enfance et armé jusqu’aux dents. Pour se défendre, le jeune berger ne disposait que d’un bâton. Et d’une foi inébranlable…

 

Herboristerie - Crédit photo : Selby May - Wikimedia Commons

Herboristerie – Crédit photo : Selby May – Wikimedia Commons

 

L’histoire de David et Goliath nous enseigne que la victoire est à la portée de chacun. Que son secret réside dans la passion, le courage et l’imagination. Cette morale est une source à laquelle se désaltérer aux heures de découragement. Fraîche, merveilleuse, revigorante. Sauf que non, suffit de rêver ! Qu’en est-il en réalité ?

En réalité, tous les hommes sont soumis à une même force suprême dont ils n’ont pas la clé. Une force impossible à corrompre, amadouer ou amender. Mais cette égalité est encore la seule avérée. L’humanité sinon est partagée en castes plus ou moins à l’abri des mauvais coups de la vie. Mais aucun David, aucun, n’a vraiment les moyens de vaincre le moindre Goliath. Car leurs adversaires ne sont pas des étrangers surpuissants, faciles à désigner, ils sont impossibles à cerner. Qui est l’ennemi des petits ? L’homme lui-même, mauvais par nature ? L’économie de marché ? Ou bien une force occulte dont l’objectif est d’instaurer un nouvel ordre sur la terre ?

Face à un monde dont on dit qu’il rétrécit sans cesse, parce que les distances n’en sont plus, et que la communication, et le reste de la chanson… les hommes sont confrontés à des systèmes complexes, auxquels ils ne comprennent plus rien, qui semblent échapper à leurs pères, produisant sans arrêt encore plus de complexité. Une sorte de cancer.

Privés de visibilité, les hommes se sentent faibles, petits et de plus en plus vulnérables. Leur imagination, qui tourne à plein régime en quête de solutions à leurs problèmes quotidiens, n’en trouvant pas invente des histoires de complot et de forces obscures. Ils y croient dur comme fer. Et pourquoi pas d’ailleurs ? Ces contes ne sont pas plus énormes que les multiples mensonges qu’on leur a déjà fait gober. Plus rien ne leur semble incroyable – ne dit-on pas que plus c’est gros ?…

Il y en a d’autres qui s’indignent, contre tout, n’importe comment, et qui se cassent la voix à hurler « tous ensemble » pour se prouver qu’ils n’ont pas peur. Enfin, certains commettent le pire. Le pire pour eux, le pire pour tous. Le pire est l’œuvre monstrueuse de l’impuissance humaine. Nous en avons récemment souffert dans notre chair.

Que faire alors ? A-t-on moyen de revenir en arrière ? De rétablir un équilibre ? Au moins, un peu de justice lorsque cela est possible.

Ne pourrait-on pas par exemple revoir le jugement absurde d’un herboriste parisien pour avoir osé tenir tête à l’ordre des pharmaciens ?

Le tribunal correctionnel de Paris a tranché le mois dernier contre Jean-Pierre Raveneau, le condamnant à 50 000 euros d’amende, un an de prison avec sursis et trois de mise à l’épreuve : interdiction pour lui de pratiquer sa profession. Quel crime a-t-il commis ? Celui d’exercer un métier qui a disparu des radars en 1941. Cette année-là, le Conseil supérieur de la pharmacie a fait pression sur le régime de Vichy pour supprimer la formation d’herboriste. Ainsi, seuls les pharmaciens pouvaient faire commerce de plantes médicinales et préparations magistrales. Sauf qu’avec le grand boum des antibiotiques après-guerre personne ne s’intéressait plus aux plantes et à leurs vertus, jusqu’à ces dernières années où l’engouement populaire pour les médecines naturelles a rechangé la donne. Et monsieur Raveneau là-dedans ? Docteur en pharmacie, il lui suffirait de s’inscrire à l’ordre des pharmaciens et son problème serait réglé. Sauf qu’il serait alors forcé de vendre des médicaments, et pas seulement des plantes. Ce qu’il ne souhaite pas. Mais encore une question : son diplôme ne suffit-il pas ? Non, il ne suffit pas. Question d’ordre finalement. Ainsi coincé, cet herboriste, comme il y en a peu, faute de formation, ne pourra pas trois ans durant soulager les douleurs de ceux qui ont besoin de lui.

Qu’en serait-il aussi de lâcher un peu de lest aux fromagers français – et à tous les agriculteurs ? Ils croulent sous des normes établies par des technocrates qui décident sur la foi de rapports pondus par des hommes de bureaux. Des centaines de producteurs ont mis la clé sous la porte ou été rachetés par des géants qui eux n’ont aucune tradition à transmettre ni défendre.

Et pourquoi pas enfin mettre en place au service des usagers de la Caf, de la Sécurité sociale et d’autres administrations, de vrais accueils téléphoniques, à des tarifs non surtaxés, où des interlocuteurs, réellement à l’écoute, seraient aussi formés pour régler les problèmes ?…