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13H30 - mercredi 24 février 2016

Renseignement intérieur, l’urgence de mieux former les policiers

mercredi 24 février 2016 - 13H30

Depuis 2008, la France est régulièrement la cible d’attaques terroristes. De l’affaire Merah au Bataclan, le pouvoir a pris peu à peu conscience de la nécessité de repenser entièrement le renseignement intérieur.

 dgsi

 

Une réforme à marche forcée qui a vu le rapprochement des deux frères ennemis du renseignement policier, la naissance ensuite de la DGSI en structure autonome mais aussi, plus discrètement, la naissance d’une académie du renseignement en 2010 censée former les agents de la communauté française du renseignement qui compte une demie douzaine de services de trois ministères régaliens. Il faudra aller encore plus loin et repenser en urgence la formation des policiers au renseignement. La DGSI pourrait ainsi se doter d’un centre de formation digne de ce nom qui assurerait aussi bien des actions de formation spécifique que de sensibilisation pour le secteur privé et les fonctionnaires du service général.

L’affaire Merah avait mis en évidence les incohérences du renseignement policier qui vivait une mutation importante. En 2008, la Direction centrale du renseignement intérieur avait accouché de la fusion entre l’ancienne Direction de la surveillance du territoire (DST) et la Direction centrale des renseignements généraux (DCRG). L’idée alors était de mutualiser les moyens des deux services. Une idée louable qui revenait à créer une sorte de « FBI à la française ». Sauf que rapprocher deux cultures du renseignement, avec des méthodes de recueil et de traitement de l’information totalement différentes, n’a pas été une mince affaire. Au siège de la DCRI, à Levallois-Perret, les débuts ont été compliqués. La cohabitation entre les ex-RG et les ex-DST ne s’est pas toujours bien passée. Peu à peu, le temps a fait son œuvre et les hommes de la DCRI ont fini, surtout contraints par les évènements de Toulouse et de Montauban, par jouer dans la même cour.

Mais bientôt avec l’arrivée de Manuel Valls au ministère de l’Intérieur, tout est remis à plat. La DCRI aura vécu quatre années. Fin 2013, elle devient une direction générale, lui conférant des moyens d’action beaucoup plus importants et surtout une autonomie, notamment vis-à-vis du pouvoir judiciaire. Cette autonomie devrait lui permettre de procéder à des recrutements directs d’agents. L’une des recettes du succès de cette nouvelle structure devrait sans doute être cherchée dans la formation de ses effectifs.

Contrairement aux militaires, la police nationale ne dispose d’aucune école ou académie du renseignement pour former ses hommes de manière efficace. La communauté du renseignement militaire dispose, elle, de plusieurs établissements de formation, comme l’École interarmées du renseignement et des études linguistiques, basée à Strasbourg, ou encore, côté armée de terre, le Centre d’enseignement et d’études du renseignement (Ceerat), basé à Saumur. Souvent recrutés dans les rangs ou à l’issue d’une formation militaire initiale, les stagiaires se retrouvent quelques mois plus tard affectés dans l’un des trois services de renseignement militaire (DGSE, DRM ou DPSD) avant d’être placés sous la responsabilité d’un tuteur et suivre des stages internes à leurs propres services. Dans ces établissements, véritables « écoles » du renseignement, on apprend les techniques du renseignement de source ouverte (Open source Intelligence) mais aussi les techniques plus sophistiquées de recueil d’information. Tout au long de leurs carrières, les officiers et sous-officiers affectés dans les structures spécialisées du ministère de la Défense suivent des formations ou des perfectionnements, parfois via les universités et les grandes écoles.

Repenser le renseignement policier passe donc par une refonte entière de la formation des policiers. « Les gardiens de la paix et les lieutenants qui sortent des écoles sont d’abord formés à la police d’ordre. Pour eux, le renseignement est un monde à part qui n’est en tout cas pas le leur. Ils ne sont absolument pas préparés à recevoir ce type de plaintes et ne savent pas comment y donner suite. Souvent, dans les grandes agglomérations, les services du renseignement intérieur sont inaccessibles au commun des policiers, les services étant hermétiquement clos », déplore un bon connaisseur du monde policier. Pourquoi alors ne pas créer un centre de formation au Renseignement intérieur sur le modèle de l’École interarmées du renseignement et des études linguistiques ? Ce centre de formation apporterait un appui indispensable à l’issue de la formation initiale dispensée dans les écoles de police, et sur la base du volontariat notamment : une formation spécifique au renseignement, voire à l’investigation (autre parent pauvre de la formation policière) qui pourrait durer de six mois à un an selon les profils. Ce centre pourrait former aux techniques bien entendu mais également aux dimensions géopolitiques et stratégiques. On pourrait y prodiguer des cours magistraux sur les mouvements radicaux politiques ou le salafisme, par exemple, dispensés par des professeurs d’université, comme c’est le cas pour les militaires. Et aussi y dispenser l’apprentissage de langues ou les techniques de veille en sources ouvertes, ou semi-ouvertes, ou encore la surveillance des réseaux sociaux.

Un centre de formation serait aussi chargé de sensibiliser les policiers de proximité à la prévention et aux procédures d’alertes des services spécialisés. Chaque unité de police de proximité et chaque commissariat dispose en son sein d’effectifs référents en contact régulier avec les services de renseignement, mais dans la pratique, ces fonctionnaires affectés à ce qu’on nomme les Bureaux d’information de voie publique (BIVP) ne sont absolument pas formés ou sensibilisés aux enjeux du renseignement et de la prévention. Le centre de formation du renseignement intérieur pourrait avoir ce rôle justement de préparer et accréditer ces fonctionnaires, chargés de centraliser à leur niveau toute information utile et de les transmettre à une cellule régionale d’alerte et de veille elle-même placée sous l’autorité de l’état-major de la DGSI.

Au-delà des policiers de terrain accrédités par la DGSI, après validation d’une session de primo-formation, chaque policier détenteur, dans le cadre de sa mission de sécurité publique, d’informations sensibles en matière de sécurité du territoire, aurait la possibilité de saisir directement, et à défaut, la cellule régionale d’alerte et de veille.

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Omri Ezrati