Iran / Iran
Iran /
15H23 - mardi 26 janvier 2016

Et la censure créa le cinéma des femmes iraniennes

mardi 26 janvier 2016 - 15H23

Best of des articles de la rubrique Iran de L’Opinion Internationale

 

A l’occasion de la venue en France de M. Hassan Rohani, président de la République islamique d’Iran, L’Opinion Internationale propose de retenir la richesse et la diversité de la société iranienne, trop longtemps ignorée… Morceaux choisis ces prochains jours avec le best-off des articles parus en 2013 et 2014 dans la rubrique Iran.

 

Y a-t-il une vision féminine de l’Iran que traduirait le cinéma florissant des femmes iraniennes ? Chaque film est un regard sur une histoire, un point de vue, un moment de vérité, la vérité d’un moment, sur une société aux multiples facettes.

Les femmes se sont, en Iran, emparées de cet art, le plus populaire, et la spécialiste, Asal Bagheri, retrace les grandes lignes de cette aventure passionnante.

 

Article publié le 22 mars 2014 à 15h36

Sousan Taslimi

Le regard dont tous les Iraniens se souviennent. Sousan Taslimi dans « Bashu le Petit Etranger » réalisé, en 1987, par Baran Bezai.

 

La révolution n’empêche ni le cinéma et ni la place de la femme de se développer dans le cinéma ?

Le cinéma féminin iranien parle surtout des problèmes des femmes, et il le fait « par nécessité ». C’est certainement ce trait là que toutes les cinéastes iraniennes partagent. Au regard de la situation de la femme en Iran, mais, comme dans beaucoup d’autres pays du monde, cela en fait de facto « un cinéma engagé», nous dit Asal Bagheri. Le cinéma est devenu le vecteur de la critique sociale en Iran et les femmes y tiennent un rôle important. La mise en lumière des femmes et la place croissante qui est accordée à leur regard se sont développées après la Révolution iranienne.

Le paradoxe n’est pourtant qu’apparent. Asal Bagheri nous rappelle que, d’une part, la Révolution a changé la place des femmes dans la société iranienne et d’autre part, que Khomeiny, lui même, n’a pas renié le cinéma comme art : déjà en 1979, il affirmait qu’il n’était pas contre le cinéma ou la télévision, mais seulement contre ses aspects immoraux et impérialistes. Les femmes, dès lors, purent travailler derrière puis devant la caméra.

Pour les femmes, ce nouvel espace conquis par elles s’est accru avec la guerre Irak – Iran. En envoyant une multitude d’hommes au front, le conflit irano-irakien a laissé les femmes seules, cultivant et nourrissant le sentiment de leur indépendance.

 

La « grammaire de la modestie » s’impose mais crée un regard particulier

Asal Bagheri souligne à quel point « la modestie » – Effat en persan – caractérise généralement le cinéma en Iran et particulièrement celui fait par des femmes et/ou sur les femmes : cette attitude relève bien plus de la pudeur, de la retenue et de la distance vis-à-vis des choses que de l’humilité ou de la piété.

Cette « grammaire de de la modestie » qui a été imposée par les autorités à l’art en général, et en particulier au cinéma, a paradoxalement permis aux femmes de s’exprimer dans le cadre de la censure et en portant ce «regard particulier » sur le monde.

 

La première femme à l’écran, le tournant à la fin des années 1980

Si le cinéma devient donc acceptable – la famille traditionnelle n’associe plus le cinéma avec la décadence mais le reconnaît, au contraire, comme un espace où les femmes peuvent prendre la parole – l’évolution s’avérera pourtant lente. De quasi inexistante au début de la Révolution, la présence de la femme devant et derrière la caméra ne s’affirme que très progressivement.

Après la Révolution, alors que la nation iranienne cherche son chemin, la présence des femmes à l’écran est réduite au « décor » ;  elles se cantonnent à des rôles pieux et de mères de famille. Mais à la fin des années 1980, la présence des femmes s’affirme et, pour Asal Bagheri, ce tournant est incontestablement lié au film Bashu le petit étranger (1987) du réalisateur Bahram Beyzai. Pour la première fois, non seulement une femme apparait en gros plan, mais Bahram Beyzai filme son regard. Bashu le petit étranger, malgré une censure de trois ans (produit en 1987 mais autorisé à l’écran seulement en 1990), change à tout jamais en Iran l’image de la femme à l’écran. Le thème du film n’est pourtant pas la femme en tant que telle, il raconte la guerre et le racisme interrégional : une femme qui vit au nord de l’Iran rencontre un enfant à la peau foncée du sud. Sousan Taslimi, l’actrice principale est magnifique, son regard et son rapport direct à la caméra persistent encore dans l’imaginaire iranien. Les dirigeants ont fini par accepter ce cinéma là.

 

Des regards divers qui racontent tous une part de la vérité iranienne

Aujourd’hui, Asghar Farhadi (A propos d’Elly, Une séparation) est incontournable pour découvrir le cinéma iranien : il a été fait Officier de l’Ordre des Arts et des Lettres par l’ancienne ministre française de la Culture, Aurélie Filippetti.

Mais Asal Bagheri recommande tout particulièrement l’œuvre de la réalisatrice Rakhshan Bani-Etemad pour comprendre la condition des femmes en Iran. Rakhshan Bani-Etemad décrit avant tout les maux de la société iranienne. Ce faisant, elle ne peut pas ne pas aborder les problèmes de la femme iranienne. C’est donc à travers des angles multiples que Rakhshan Bani-Etemad porte un regard aiguisé sur la société iranienne : La dame de mai (1998) raconte l’histoire d’une femme cultivée, documentariste, divorcée et mère d’un adolescent, et qui a un amant ou, à l’opposé, Sous la peau de la ville (2000) met en scène une femme pauvre qui travaille dans une usine et se bat pour sa famille.

C’est cette multiplicité qui peut nous donner une perception plus juste et moins décalée sur la réalité iranienne. Le cinéma des femmes iraniennes existe et sort de la nécessité pour prendre sa liberté.

 

Directeur de la publication
Stéphane Mader
Rédacteur en chef - Chief Editor

Impressions de Téhéran

Patricia Lalonde, chercheur associée à l'Institut Prospective et Sécurité en Europe (IPSE) livre un plaidoyer en faveur de l'Iran. Loin des clichés souvent véhiculées évoque la diversité de ce pays, bien plus occidentalisé que...
Patricia Lalonde

Iran and P5+1 Negotiations Reach Critical Point

Iran and P5+1 countries appear closer than ever to a framework agreement over Iran’s nuclear programme before the decisive round of talks resumes on Wednesday, yet important differences could still curtail the marathon talks.
Ramin Namvari

Des vœux très symboliques et quelques saveurs pour Norouz

Sam Tavassoli, chef cuisinier du restaurant Mazeh à Paris était en Iran pour la fête de Norouz, une fête qui célèbre le nouvel an dans le calendrier iranien et qui marque également l'arrivée du printemps. Nous l'avons suivi chez...

L’Iran dans la presse cet été

Revue de presse hebdomadaire d'Opinion Internationale qui met en lumière des faits d'actualité, des prises de position et des situations qui éclairent des facettes - souvent méconnues mais souvent inédites - de l'Iran d'aujourd'hui...
Francis Tavakolian

L’Iran dans la presse – 25 juillet

Revue de presse hebdomadaire d'Opinion Internationale qui met en lumière des faits d'actualité, des prises de position et des situations qui éclairent des facettes - souvent méconnues mais souvent inédites - de l'Iran d'aujourd'hui...
Arsalan Fleury