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18H42 - lundi 16 juin 2014

Entretien avec Shahindokht Molaverdi, vice-présidente iranienne chargée des femmes, lors de son récent passage à Paris

lundi 16 juin 2014 - 18H42

Shahindokht Molaverdi, vice-présidente iranienne chargée des femmes et des affaires familiales depuis octobre 2013, était à Paris la semaine dernière à l’occasion du Global Summit of Women. Entretien sur sa politique en faveur des femmes.

VPIran-High

 

Madame la vice-présidente, vous êtes venue à Paris pour le Global Summit of Women, une conférence de l’ONU sur les femmes et vous avez rencontré en marge de cette conférence, la ministre française chargée des droits des femmes, Madame Najat Vallaud-Belkacem. C’est en outre le premier voyage en France d’un vice-président iranien depuis très longtemps. Que vous êtes-vous dit avec Mme Vallaud-Balkacem ?

Je tiens en premier lieu à vous remercier de m’accorder la possibilité d’avoir un dialogue constructif avec vous.

Je suis venue à Paris suite à l’invitation de Mme Vallaud-Belkacem ainsi que de la présidente du Global Summit of Women. A travers l’échange que j’ai pu avoir avec la ministre, hormis le fait que je lui ai parlé de la nécessité de lier une relation entre les femmes des deux pays, une proposition qu’elle a accueillie très favorablement.

Je lui ai également proposé que l’on puisse signer un accord-cadre pour définir les domaines de coopération dans lesquels nos deux pays pourraient travailler ensemble. Mme Belkacem a évoqué l’expérience de la France dans ce domaine, en particulier avec le Maroc. Nous avons des points communs historiques mais aussi religieux avec le Maroc. Selon nous, la signature d’un accord similaire pourrait être signé sans difficulté entre la France et l’Iran.

Je l’ai enfin invitée officiellement à venir à Téhéran.


Le président Rohani a nommé trois femmes vice-présidentes. On sait aussi que la représentation des femmes dans la société iranienne est bien plus avancée que dans d’autres pays du Golfe persique. L ‘égalité entre hommes et femmes est-elle pour vous une priorité ?

Je regarde au-delà de l’égalité : ce qui m’intéresse, c’est la justice. La loi indique que l’homme et la femme sont égaux devant la justice. Pour autant, c’est l’interprétation de la loi qui crée cette inégalité. 

Le gouvernement iranien a deux maîtres mots : la justice sociale et la modération. Si l’on prend l’exemple de la répartition des postes au niveau de la fonction publique, ce qui doit primer, c’est la méritocratie. La personne qui a les meilleures compétences doit avoir le poste, quel que soit son sexe. Autrement dit, on estime que le sexe d’une personne ne doit être ni un élément moteur, ni un obstacle. Ce que nous essayons de mettre en place aujourd’hui, c’est que les femmes aient les mêmes possibilités, dans le domaine économique ou dans le domaine politique.


Vous parlez donc plus d’un rapport d’égalité devant la justice que de parité ? Dans le domaine familial, la loi indique que la femme peut travailler librement mais son mari peut s’y opposer s’il estime que son intégrité, celle de sa femme ou de sa famille, est mise en cause. Vous estimez que le gouvernement doit agir sur ces questions ?

En Iran, société islamique, la valeur du témoignage de la femme devant un tribunal n’est pas égale à celle d’un homme. Pour autant, la Constitution considère que l’homme et la femme sont égaux. En réalité, cette égalité devant la justice n’existe pas au sens juridique. En revanche, l’égalité entre les sexes est l’un des éléments majeurs de la justice sociale. Nous souhaitons que l’interprétation des textes religieux vise à considérer la femme comme un être humain à part entière, au même titre qu’un homme et non pas comme la moitié d’un être humain. C’est d’ailleurs ce que disait l’imam Khomeiny : il faut que la loi s’adapte à la réalité du jour en fonction des préceptes. Si nous réussissons cela, les problèmes que peuvent rencontrer les femmes seront automatiquement résolus.

A une certaine époque, jouer aux échecs était complètement interdit aussi bien aux hommes qu’aux femmes. Il a fallu attendre 2001 pour que, sous l’impulsion de l’imam Khomeiny et du président de l’époque, Mohammad Khatami, cette interdiction soit levée. De la même manière, l’interprétation de la loi coranique considérait il y a encore quelques années qu’un musulman et un non musulman n’étaient pas égaux. Cette barrière est également tombée. Pourquoi ces changements qui sont intervenus tout en respectant la religion, ne pourraient-ils pas concerner aussi les femmes ? 


Comment dès lors parvenir à cette égalité de fait ?

J’insiste : il n’est pas suffisant d’être égal devant la justice au sens juridique. Nous pensons que l’interprétation qui est le travail des Ayatollahs doit s’adapter. Ne croyez pas que ce soit un rêve chimérique ou un objectif hors de portée. Nous devons avoir une nouvelle interprétation de la religion et y porter un regard plus neuf. 


Le 22 septembre dernier, une disposition législative a autorisé, à certaines conditions, le mariage entre des pères adoptifs et leur fille, ce qui s’apparente à la légalisation de l’inceste. Comment l’expliquez-vous ?

Soyons clairs : cette disposition a été proposée par le Parlement. A l’époque où cet article de loi a été présenté, nous avions vigoureusement protesté avec l’ONG que je dirigeais. Du point de vue strictement religieux, on ne peut pas dire que ce type de mariage soit soumis à une interdiction claire. Mais il faut savoir qu’au sein de la société iranienne, ce type d’unions sont très très rares. D’après l’article de loi, il faut un délai de six mois pour que le gouvernement puisse se saisir du dossier et proposer un rectificatif.


Vous allez donc demander son abrogation ?

Bien sûr ! Même les plus grands ayatollahs (la plus haute autorité religieuse au sein du chiisme) en Iran ont pris position contre cet amendement qu’ils considèrent aller à l’encontre de la religion. La loi coranique et la loi votée par le Parlement ne s’accordent pas toujours. Nous avons correspondu avec l’organisation en charge des adoptions et nous leur avons précisé notre intention de corriger cet article de loi avec leur participation s’ils le souhaitent bien entendu.


Le gouvernement et vous-même avez dénoncé les agissements de Boko Haram au Nigéria. Comment empêcher que de tels agissements soient commis au nom de l’islam ?

Vous mettez le doigt sur ce qui pour nous est un scandale : nous avons fait un communiqué officiel pour condamner ces pratiques. Nous avons également exprimé notre soutien et  proposé notre aide à l’ambassadeur du Nigéria à Téhéran. Ce type d’action ne fait que nourrir l’islamophobie.

Propos recueillis par Elie Levaï et Michel Taube

Directeur de la publication
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