« Parlons-nous »
13H57 - jeudi 5 juin 2014

Maitre Bruno Gbiegba : « Nous avons tous une responsabilité dans ce drame collectif »

 

Le dimanche 30 mars 2014 à Bangui, Opinion Internationale a organisé, avec le soutien de la fondation Joseph Ichame Kamach, un événement en hommage à Barthélémy Boganda, le père de l’indépendance Centrafricaine et président fondateur de la République centrafricaine mort en 1956. 

Ce jour-là, dans le grand hémicycle de l’Assemblée nationale, de nombreux dirigeants politiques, la société civile, des artistes et le Conseil national de transition se sont réunis pour rendre hommage à Barthélémy Boganda et débattre sur sa mémoire et l’actualité de sa pensée. 

La journée s’est conclue par un Appel au dialogue national et au dépôt des armes dont la liste des signataires grandit tous les jours.

Pour rappeler l’importance de cet appel et la nécessité impérieuse du dialogue aujourd’hui en RCA, Opinion Internationale publie dans une série d’articles, l’ensemble des discours donnés ce jour-là : Les discours de Bangui en hommage à Barthélémy Boganda.

Aujourd’hui, l’allocution de Maitre Bruno Hyacinthe Gbiegba, avocat à la Cour et conseiller national de la transition. 

Me Bruno Hyacinthe Gbiegba à l'Assemblée nationale de la RCA à Bangui, mars 2014 © Alain Elorza

Me Bruno Hyacinthe Gbiegba à l’Assemblée nationale de la RCA à Bangui, mars 2014 © Alain Elorza

« Libérer l’Afrique et les Africaines de la servitude et de la misère, telle est ma raison d’être et le sens de mon existence… » – Barthélemy Boganda

Monsieur le Président du Conseil National de Transition
Mesdames et Messieurs les Ministres du Gouvernement de Transition
Mesdames et Messieurs les Chefs de missions diplomatiques
Mesdames et Messieurs les Membres du Bureau du Conseil National de Transition
Mesdames et Messieurs les Présidents des associations et partis politiques
Mesdames et Messieurs les Responsables des associations
Mesdames et Messieurs les participants

La République Centrafricaine est confrontée à l’instabilité politique depuis plus de trente ans ; et elle s’est accentuée avec les crises politico-militaires cycliques qui ont débuté avec les mutineries de 1996-1997.

Lors des assises du Dialogue politique inclusif tenu en décembre 2008, les acteurs de la vie sociopolitique s’étaient engagés à résoudre désormais tous les différends qui naitraient par le dialogue.

La résolution du différend né à la suite de la contestation des élections générales de 2011 par les partis politiques de l’opposition démocratique, aurait pu être une occasion pour la mise en œuvre de cet engagement solennel pris en 2008, pour résoudre les différends par le dialogue. Mais, malheureusement les protagonistes ont gardé chacun leurs positions.

Les parties seront contraintes aux négociations de Libreville, par le déclenchement de la rébellion de la coalition Séléka en décembre 2012, qui a soulevé des problèmes liés aux violations des droits humains, l’exclusion des ressortissants de leurs régions, la mauvaise gouvernance…

En dépit de la signature des accords de Libreville, aucune des parties prenantes n’avaient la volonté réelle de les respecter et encore moins de les appliquer ; puisqu’elles avaient un agenda caché. La reprise des hostilités entre les belligérants et l’avènement de la coalition Séléka au pouvoir de l’Etat le 24 mars 2013 en est la preuve patente.

Au lieu d’exercer les institutions de l’Etat en corrigeant tout ce qui avaient été décrié lors de la gestion du précédent régime, les responsables de la coalition Séléka ont plongé la RCA dans un chaos indescriptible, par des violations massives et répétées des droits humains, sur des non musulmans.

C’est dans ce contexte qu’un mouvement dit anti-balaka, né pour répondre aux pires exactions des Sélékas, se comporte exactement comme eux sur certains sujets musulmans et d’autres personnes. Ces actes commis par ces derniers sont de nature à compromettre la cohésion nationale et le vivre ensemble.

Les acteurs de la vie sociopolitique de la RCA sont actuellement devant une situation réelle, à laquelle, il est important et urgent de donner une réponse appropriée, à savoir la résolution pacifique de ce conflit et en même temps prévenir éventuellement ceux qui naitront.

Dans le cadre de cette réflexion sur Barthélemy Boganda, le père de « Zo Kwe Zo », cet illustre homme politique qui est la référence de tous les Centrafricains, la situation catastrophique dans laquelle la RCA se trouve doit nous interpeller.

Nous avons tous une responsabilité dans ce drame collectif que nous vivons ; soit à cause de nos actions ou de notre passivité.

Comme il l’a dit « Il n’échappe à personne, disait-il, qu’aujourd’hui, plus que jamais, l’adage ‘“Vae Soli’’, malheur à l’homme seul, ce qui est vrai pour les personnes, est encore plus vrai pour les peuples. La division, le tribalisme, l’égoïsme, ont fait notre faiblesse dans le passé ; la division, le tribalisme, l’égoïsme feront notre malheur dans l’avenir… »

Ces mots de Boganda se vérifient encore aujourd’hui à travers cette crise que nous vivons, pour ne pas avoir utilisé cet héritage extraordinaire qu’il nous a légué. Nos diversités ethniques et religieuses ne doivent pas être une source de division ; mais une richesse que nous devons préserver.

Nous avions fait le choix de proclamer durant des années des louanges sans aucune conviction au nom de Boganda.

Aujourd’hui, nous devons réellement capitaliser et mettre en pratique les idéaux de Boganda à travers les cinq verbes du MESAN (Mouvement pour l’évolution sociale de l’Afrique noire) que sont: Loger, Vêtir, Nourrir, Soigner, Instruire.

Ces cinq verbes sont le résumé de la Déclaration universelle des droits de l’homme, et représentent en outre les préoccupations quotidiennes de chaque citoyen, car il suffit de s’engager à les réaliser pour être en adéquation avec les idéaux du père fondateur de la République Centrafricaine, le président Barthélemy Boganda.

Comme il aimait le dire « Au travail! Amis, dans le calme et la dignité, dans la paix pour le mieux-être de chacun de nous et pour qu’il fasse bon vivre chez nous… », ce qui traduit la devise qu’il nous a laissée : Unité – Dignité – Travail.

Notre hymne national, la Renaissance, est un appel lancé aux Centrafricains pour défendre et promouvoir les droits inhérents à la personne humaine, travailler inlassablement pour le développement de notre pays dans l’unité et la dignité.

Pour résoudre cette crise, il est plus que jamais important pour nous de dire avec conviction et sincérité Zo Kwe Zo, nous engager à résoudre par le dialogue franc et sincère cette crise et renaitre des cendres de cette catastrophe, pour vivre de nouveau ensemble dans la paix, la fraternité et la cohésion sociale.

Mbi mou na ala singuila (merci beaucoup)

Me Bruno Hyacinthe Gbiegba
Avocat à la Cour
Conseiller national
Formateur en droits de l’homme

 

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Michel Taube