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18H30 - mercredi 4 juin 2014

Alexandre N’Guedet, président du CNR : «Revenons aux sources du Zo Kwe Zo prônées par Boganda»

mercredi 4 juin 2014 - 18H30

Le dimanche 30 mars 2014 à Bangui, Opinion Internationale a organisé, avec le soutien de la fondation Joseph Ichame Kamach, un événement en hommage à Barthélémy Boganda, le père de l’indépendance Centrafricaine et président fondateur de la République centrafricaine mort en 1956. 

Ce jour-là, dans le grand hémicycle de l’Assemblée nationale, de nombreux dirigeants politiques, la société civile, des artistes et le Conseil national de transition se sont réunis pour rendre hommage à Barthélémy Boganda et débattre sur sa mémoire et l’actualité de sa pensée. 

La journée s’est conclue par un Appel au dialogue national et au dépôt des armes dont la liste des signataires grandit tous les jours.    

Pour rappeler l’importance de cet appel et la nécessité impérieuse du dialogue aujourd’hui en RCA, Opinion Internationale publie dans une série d’articles, l’ensemble des discours donnés ce jour-là : Les discours de Bangui en hommage à Barthélémy Boganda.

Aujourd’hui, pour initier cette série, l’allocution de Monsieur Alexandre Ferdinand N’Guedet, président du Conseil national de transition.

© Alain Elorza

M. Alexandre Ferdinand N’Guedet à l’Assemblée nationale de la RCA à Bangui, mars 2014 © Alain Elorza

Mesdames et Messieurs, les Membres du Gouvernement de Transition,

Mesdames et Messieurs les Conseillers Nationaux,
Distingués Invités,
Mesdames et Messieurs,

A l’occasion de la commémoration du 55ème Anniversaire du décès de Barthélemy Boganda, premier député centrafricain, père fondateur de la République Centrafricaine, je voudrais exprimer à toutes et à tous présents, mes meilleurs sentiments et vous souhaiter une cordiale bienvenue au siège du Conseil national de transition.

Comme vous savez, Barthelemy Boganda, pour lequel, je ne m’en voudrais retracer ici toute son histoire ni l’exégèse de sa carrière politique et sociale, mais laisser cet exercice aux différentes communications que nous suivrons tout à l’heure, Barthélemy Boganda avec ses idéologies que vous connaissez tous pour ne pas dire assez, a été une lueur d’espoir pour la nation centrafricaine tout entière. Ses idéologies, à savoir nourrir, vêtir, soigner, loger, instruire sont le fondement des stratégies de développement socioéconomiques et culturelles dans notre pays. Ses idéologies si, elles étaient respectées et appliquées dans les politiques de ceux qui ont succédé feu Barthelemy Boganda, auraient permis de transformer la République Centrafricaine, lourd héritage légué aux fils et filles de Centrafrique.

Distingués Invités,
Mesdames et Messieurs,

Il revient alors de dire ici qu’au carrefour de la mémoire et de l’identité nationale, gît une tombe ; c’est l’illustre digne fils de la République Centrafricaine, Barthélemy Boganda, 1er Député Centrafricain, Père Fondateur de la République Centrafricaine, décédé de suite d’accident d’avion le 29 mars 1959.

Depuis l’indépendance de la République Centrafricaine, le martyr, Barthélemy Boganda, occupe une place prépondérante dans l’espace et les mentalités, dans les sphères publiques et privées.

Autour du 29 mars 2014, journée nationale consacrée à la commémoration de ce drame, se cristallisent les souvenirs d’un digne fils du pays pour sa patrie.

Le rappel des sacrifices de Barthélemy Boganda est constamment invoqué dans les discours officiels de tous les ans pour appuyer le soutien public à l’unité nationale et aussi pour garder en souvenirs sa mémoire. Présenté comme un devoir national, le souvenir de ce 1er législateur centrafricain est très encadré par l’État qui construit des monuments, un cimetière en sa mémoire, le Conseil national de transition qui érige sa statue visible dès l’entrée de l’Institution.

Je tente ici de décrire l’hommage rendu à Barthélemy Boganda, à travers les activités socioculturelles et scientifiques dont les plus apparentes se passent aujourd’hui au Conseil national de transition.

La majeure partie des recherches s’est effectuée depuis cette disparition par des professeurs, les politologues, les étudiants, les historiens, et j’en passe pour constituer un fond d’archives écrites, à savoir des extraits de journaux, des discours officiels, des poèmes, des chansons, des brochures, d’archives orales, comme les interviews et les vidéos ainsi que d’archives picturales, comme les fresques murales, une cimetière etc.

L’objectif de ces recherches était de saisir la place que Barthélemy Boganda occupe, à la fois dans la société centrafricaine et la construction de la nation.

Dans ce cadre, faire une histoire du temps présent, bornée à l’étude des mentalités en rapport avec la mort de Barthélemy Boganda, ne permet pas de déchiffrer de manière suffisante la complexité d’un phénomène qui touche à tous les aspects d’une société – économique, politique, social, religieux… L’histoire de l’indépendance ne saurait être dissociée de celle de la lutte pour l’indépendance conduite de manière pacifique par le Père Fondateur de la République. Elle en est son prolongement assumé et ne cesse de s’y référer. Dans le contexte d’une nation en construction, reconnue il y a plus de 50 ans, on doit se demander quelle place occupe la mort de Boganda dans la société et dans son imaginaire, c’est-à-dire dans la manière dont elle se définit elle-même. Ainsi il semble que son rôle soit primordial pour souder la communauté centrafricaine et faire naître une identité nationale forte, soutenu tout haut par le sango, puissant et rassembleur instrument de communication.

L’institutionnalisation de ce héros national constitue tant une étape primordiale dans la construction d’une jeune nation centrafricaine qu’il y a lieu de lui réserver une place primordiale.

S’il est vrai que le martyr Boganda implique la sacralisation d’une cause, il ouvre réellement la voie pour se souder les uns les autres.

Cette journée est vécue comme un moment triste, difficile à soutenir, et pourtant commémorée avec assiduité par la population. Durant cette journée, dans la règle, il n’y a pas de scènes de joie, l’alcool est interdit et les bars fermés. Nous retrouvons là une forme d’imitation de l’ascétisme pour supporter et faire corps avec les souffrances d’un tel fils du pays. L’essentiel du 29 mars 1959 se déroule en réalité. Nous voudrions rendre hommages aux organisations qui ont voulu donner une empreinte particulière à la célébration de cette année.

La nature avait en effet permis de dissimuler la réalité et de véhiculer des idéaux de pureté et d’authenticité qui lui appartiennent.

S’assurer que les commémorations de notre martyr, comme manifestation de notre nationalisme et héritage, continuera chez les générations futures avec un sentiment de fierté et de respect. Il faut s’assurer que les artéfacts de notre lutte de libération, comme héritage historique du peuple centrafricain soient préservés et étudiés de telle manière qu’ils puissent passer aux générations futures.

Il faut s’efforcer de préserver et de développer une culture que nous avons créée durant notre accession à l’indépendance, et qui était une contribution majeure à notre succès, à savoir patriotisme, amour du peuple et de la vérité, égalité des sexes, détermination, désir de justice, engagement à travailler pour le développement de notre pays.

Distingués Invités,
Mesdames et Messieurs,

La commémoration collective agit comme un moyen de soulager le deuil individuel. Elle se situe, nous l’avons vu, à l’échelle de la Nation, mais revêt également des manifestations locales par le biais des cérémonies de village. Cependant, il n’y a pas d’uniformité dans le deuil. La ritualisation du deuil n’a pas gommé les écarts entre les glorieux hommages publics rendus aux héros et la souffrance des deuils personnels: on trouve une déhiscence forte entre mémoire collective, héroïque, et deuil personnel, douloureux. Deuil intime et glorifications publiques concourent à mettre en exergue une idée forte, à savoir la RCA est considérée comme un «legs», un «cadeau» dont les survivants auraient la charge. L’angoisse de l’oubli est un sentiment largement partagé par la population, qui tient à rappeler les morts, allant même parfois jusqu’à les faire parler. Les photos, disposées en évidence dans les maisons et l’urbanisme, qui fait la part belle aux monuments commémoratifs, stèles, et noms de rues, avenues, squares en référence à la guerre et à ses combattants, en sont des témoignages limpides. Les allocutions que nous prononçons, reprennent constamment cette idée: face au devoir accompli par les disparus existe un devoir parallèle, celui de sauvegarder leur mémoire et la mémoire de leur sacrifice. La commémoration se situe exactement entre la mort et la vie: elle rappelle l’héroïsme des combattants et console ceux qui les pleurent.

Pour ma part, je me permettrais de préciser que ces idéologies m’ont fortement inspiré. A juste titre, dès la prise de fonction en qualité de président du Conseil national de transition, je me suis appuyé sur la vision de Barthélemy Boganda, pour réhabiliter un monument en son nom dans l’enceinte de l’Assemblée nationale pour la pérennisation de la mémoire du premier législateur centrafricain qui fait la fierté et l’unanimité dans la classe politique et toutes les couches sociales centrafricaines. L’état avancé de dégradation du bâtiment de l’institution, qui était jadis un joyau au règne du Président André Kolingba, l’initiateur et qui provoquait l’admiration des touristes et visiteurs étrangers, faisait la honte. Dès ma prise de fonction, j’ai procédé à la réhabilitation de ce joyau et vous-mêmes pourriez vous en rendre compte. Mais des efforts restent encore à faire, des efforts restent à faire dans le pays. C’est pourquoi, j’en appelle à nous, dirigeants et leaders de notre pays à transcender nos divergences, à s’inspirer du modèle de feu Barthélemy Boganda, afin de conduire la Centrafrique, dans l’Unité, dans la Dignité et au Développement par le Travail.

C’est avec un cœur fortement pincé que le peuple centrafricain assiste impuissant à la tragédie de conflit que le pays n’a jamais expérimenté. La situation de crise que vit notre pays est la résultante des erreurs de nos dirigeants proches ou lointains. Elle est due au manque de conscience collective de vivre ensemble, de rejet de l’autre, de la discrimination, de l’exclusion. Nous ne devons pas continuer sur une telle voie aussi glissante et dangereuse. C’est pourquoi, désarmons nos cœurs en premier lieu et lorsque nous commencerons à désarmer effectivement nos bras nous pourrons marcher sur la voie de l’entente et la concorde nationale 

Distingués Invités,
Mesdames et Messieurs,

Aujourd’hui, le poids des violences qui se passent dans notre pays n’augure pas son bon devenir. Les destructions massives, viols, vols, les assassinats enregistrés par-ci et par-là témoignent de l’extrême niveau de barbarie dans laquelle se sont vautrées nos populations. L’heure est grave. Mais il n’est pas tard. C’est pourquoi, j’en appelle à la conscience des hommes, femmes, jeunesse centrafricaine à s’associer aux idéaux de paix, d’unité, de justice sociale, et de réconciliation prônés par Boganda pour le bon devenir de notre cher et beau pays la République Centrafricaine. J’en appelle une fois de plus à votre conscience afin de construire ensemble l’humanisme en revenant aujourd’hui aux sources du Zo Kwe Zo prônées par Boganda, en acceptant de déposer les armes et d’aller au dialogue inter centrafricain.

C’est avec un cœur rassemblé avec vous que je souhaite plein succès aux travaux de l’événement Boganda inspirateur des voies de la réconciliation nationale.

Que Dieu bénisse la République Centrafricaine, une et indivisible.

Je vous remercie de votre attention. 

Monsieur Alexandre Ferdinand N’Guedet
Président du Conseil national de transition

 

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