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11H35 - vendredi 23 mai 2014

« Aidez Urgences 236 » : l’appel d’une « bamarine » centrafricaine

vendredi 23 mai 2014 - 11H35

La crise centrafricaine est une crise politique, mais, nous l’oublions trop souvent, elle est aussi une grave crise humanitaire. Pour mobiliser la communauté centrafricaine et internationale et venir, très concrètement, en aide aux personnes touchées par cette crise, Vanessa Sokambi explicite les actions et les besoins d’Urgences 236, ONG dont elle est la présidente.

VANESSA-SOKAMBI-large

 


Pourquoi avoir créé Urgences 236 ?

L’organisation non gouvernementale (ONG) Urgences 236 a vu le jour aux lendemains des événements survenus en mars 2013 en Centrafrique. Face aux violences, pillages et exactions, il nous a fallu nous lever, agir et contribuer à apporter une solution à la crise qui se dessinait déjà.

Nous sommes sept femmes de la diaspora centrafricaine de France appelées « Bamarines » (NDLR: « bamara », fauve en sango, en référence à l’équipe nationale de football de la RCA), qui, touchées par les événements qui affectent la RCA, notamment par le nombre croissant de victimes dans la population, dont des enfants de moins de 5 ans, ont décidé de s’unir et de mobiliser la communauté centrafricaine et internationale pour secourir les personnes en danger afin de soutenir la Nation centrafricaine.

Le bureau a été remanié, certaines fondatrices ont quitté l’ONG et d’autres membres les ont remplacées, certaines ayant de l’expérience dans le domaine de l’aide humanitaire, ayant travaillé dans des associations et ONG internationales.


Où en êtes-vous aujourd’hui ?
 

Aujourd’hui, nous avons collecté 6 tonnes de dons, principalement de particuliers qui sont en attente de transfert vers la Centrafrique. Ces dons sont composés de vêtements, médicaments, vivres, jouets… Notre avons élaboré un projet Centrafrique au cœur en partenariat avec plusieurs associations (Betimbi, Pikali, Solidarité Centrafrique, Maseka Act) en faveur des orphelins. La première campagne de distribution a été réalisée en avril 2014.


Quelles sont les actions que vous avez pu réaliser aujourd’hui en RCA ?

Depuis sa création et grâce aux dons collectés par nos différents Points relais, Urgences 236 a effectué plusieurs distributions sur Bangui et Bouar.

En juillet 2013, Urgences 236 a distribué 150 kilos de médicaments à l’hôpital Communautaire de Bangui, au village d’enfants SOS « Vesos » à Bouar et chez les frères Capucins de Bimbo.

Le 10 décembre, en partenariat avec l’Association Espoir et Avenir, nous avons distribué aux réfugiés du monastère de Bangui des vivres, médicaments et vêtements provenant des dons du Fond africain de garantie et de coopération économique (FAGACE) de Cotonou.

Le 13 décembre, en partenariat avec Alain Diab (gérant du Grand Café de Bangui), nous avons distribué à l’orphelinat ACC (Action pour la compassion en Centrafrique) des vivres, médicaments et vêtements.

Le 20 décembre, en partenariat toujours avec Alain Diab, nous avons pu encore distribuer au service pédiatrique de l’Hôpital général de Bangui des vivres, médicaments et vêtements.

Fin décembre, nous nous sommes associés avec l’APCA (Actions pour la Centrafrique) et leur avons remis plusieurs cartons de médicaments dans le cadre de l’opération 3 Tonnes qu’ils ont distribué dans différents hôpitaux de Bangui.

En avril 2014, nous avons démarré l’opération Centrafrique au cœur et la première campagne a été finalisée par la distribution de vivres, vêtements et jouets dans les orphelinats répertoriés par nos équipes sur place.


Quels sont vos besoins ?

Pour mener à bien notre projet Centrafrique au cœur, nous avons besoin de dons numéraires importants pour secourir les enfants de Centrafrique sans aucune discrimination.

Les dons peuvent être effectués sur notre site internet : http://www.urgences236.org, grâce au lien Paypal ou par tout autre moyen en nous contactant.

Par ailleurs, nous avons besoin d’un local de stockage pour pouvoir y mettre tous les dons collectés, car aujourd’hui nous devons libérer le local mis à notre disposition. De plus, nous avons besoins d’une entreprise de transport qui puisse nous aider dans l’acheminement des cartons que nos points relais collectent à travers la France.


Pouvez-vous nous parler de la situation humanitaire en RCA ?

Actuellement, pour un tiers de la population, se nourrir devient difficile. La malnutrition se fait sentir de plus en plus.

Les hôpitaux et dispensaires ont beaucoup de mal à prodiguer les soins médicaux par manque de médicaments et aussi à cause de l’insécurité qui est toujours présente sur l’ensemble du territoire.

Les plus fragiles sont les enfants. Beaucoup d’entre eux ont vu mourir leurs parents et se trouvent actuellement recueillis dans des orphelinats qui ont de nombreuses difficultés à les nourrir ainsi qu’à les soigner.

La Centrafrique est un pays qui vit essentiellement de l’agriculture. Or, depuis le début des violences, les cultures ont été détruites. Les agriculteurs ont peur de retourner travailler dans leurs champs.

L’action des organisations humanitaires est rendue elle-même aléatoire et très risquée en raison de l’insécurité.

Quelques chiffres (source JOL presse) :

  • 600 000 personnes ont fuient leurs habitations (1 personne sur 5)
  • Un taux de mortalité infantile de 85%
  • 2,5 millions de personnes nécessitent une aide d’urgence immédiate


Quelles sont les réponses urgentes à apporter à cette crise humanitaire ?

L’une des réponses urgente à apporter à cette crise est la sécurisation du pays, et par la suite le retour des déplacés à leurs domiciles.

Nous devons nous mobiliser afin d’être plus efficaces sur le terrain.


Et la situation du pays, quelle est votre analyse ?

Nous, les Centrafricains, nous devons nous réveiller car ce qui nous est arrivé doit nous servir d’électrochoc. La Centrafrique est un énorme chantier où chaque Centrafricain, quel qu’il soit, doit apporter sa pierre à la construction de l’édifice et par des actes concrets. La jeunesse doit se lever, se mobiliser, proposer ce qui est à mettre en œuvre, sur du court, moyen et long terme. Nous devons penser « Centrafrique mon pays » et non penser à sa propre personne, ce qui nous a emmené dans cette situation actuelle. Que l’on soit cultivateur, politicien, étudiant, il est de notre devoir de sortir ce pays de ce bourbier car nous sommes tous concernés.

Nous devons nous poser les bonnes questions, quel avenir à notre pays? Quel héritage allons-nous léguer à nos enfants…?


Croyez-vous encore au dialogue et à la paix ?

Oui, je crois au dialogue et la paix. Pour cela, nous Centrafricains, nous devons nous remettre en question et trouver la réponse à cette question : comment en sommes-nous arrivés là ? C’est vraiment malheureux.

Soyons unis, soyons visionnaires, c’est notre pays. Si nous avons l’amour de notre pays, pour cela et à cause de cela, nous Centrafricains, nous devons nous réconcilier et reconstruire notre pays. C’est capital, c’est primordial, c’est obligé !


Quel est votre message aux lecteurs d’Opinion Internationale ?

Aux lecteurs d’Opinion Internationale, je leur demande de soutenir Urgences 236 dans sa cause.

« Maboko na maboko, on y arrivera », « main dans la main, nous y arriverons » !

Journaliste, chef de la rubrique Centrafrique

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