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14H04 - jeudi 12 juin 2014

Partie 2 : « Le risque de partition de la RCA est malheureusement réel aujourd’hui »

jeudi 12 juin 2014 - 14H04

Dans un long entretien, M. Sylvain Ndoutingai, colonel de l’armée centrafricaine et ex-ministre du gouvernement de François Bozizé partage son regard sur les causes de la crise centrafricaine et sur les défis qu’affronte son pays aujourd’hui. 

Dans le premier volet d’un entretien divisé en deux parties, retraçant un certain nombre de dossiers dont il a été responsable au sein du gouvernement de François Bozizé, M. Ndoutingai met en exergue les enjeux colossaux qui se jouent autour des ressources naturelles de la Centrafrique. Il revient notamment sur les enjeux liés à l’extraction minière, sujet dont on parle peu. Il explique aussi son engagement pour l’avenir de la RCA, notamment au sein du KNK (« Kwa Na Kwa »). Partie 1 : « Les richesses du sous-sol centrafricain suscitent d’énormes convoitises »

Dans ce second volet, M. Ndoutingai se concentre particulièrement sur le rôle que doivent jouer les Forces armées centrafricaines dans la résolution de la crise. Plus généralement, il nous donne sa vision sur les responsabilités et le rôle de la Séléka et des anti-balakas et sur les perspectives de sortie de crise. 

 

SylvainNdoutningaiVous êtes colonel de l’armée centrafricaine, parlez-nous de votre sentiment face à la situation des Forces armées centrafricaines, les FACA ?

Les FACA ne méritent en aucun cas le mépris avec lequel elles sont aujourd’hui traitées. Ce mépris a par ailleurs de graves conséquences : une situation sécuritaire toujours incontrôlable, un territoire national dont l’intégrité est menacée. Je sais que nos policiers, nos gendarmes et nos militaires ne sont pas épargnés par la douleur et la colère qui nous habitent. Mais je connais aussi leur professionnalisme. Ils peuvent être la pierre angulaire de la restauration de la République pleine et entière.

Après mes études supérieures, j’avais le désir de participer à redorer le blason de notre armée, jadis référentielle dans la sous-région d’Afrique centrale.

L’armée centrafricaine crée en 1961, était l’une des premières institutions militaires respectées de par ses valeurs africaines et son professionnalisme. Elle disposait des grandes académies militaires qui formaient aussi les militaires des autres pays africains. De ses écoles de Bouar, du Camp Kassai ou de l’Ecole Supérieur de Formation des Officiers d’Actives (ESFOA) sont sortis maints officiers africains – tchadiens, maliens ou congolais. Nos armées, dans un passé récent, ont aussi participé à des opérations extérieures de maintien de la paix, ou d’encadrement des forces étrangères en RDC et au Sud-Soudan.

Il est vrai que les dérives du recrutement « tribal », régime après régime, n’ont pas ménagé nos forces de défense et de sécurité. Mais paradoxalement, c’est justement la succession de ces pratiques qui les rendent aujourd’hui « pluriethniques » dans leur composition.

L’enjeu, c’est désormais de promouvoir des forces de défense et de sécurité républicaines, dépolitisées. Je sais que les membres de ces forces sont très nombreux à y aspirer du plus profond de leur engagement, au service de la protection de nos compatriotes et de la nation.


Quel est le problème des FACA, comment n’ont-ils pas pu défendre l’intégrité territoriale du pays ? Quelle expertise pouvez-vous apporter pour la refondation de l’Armée centrafricaine en tant que colonel des FACA ?

Les Forces armées centrafricaines ont été déstabilisées, déstructurées, dépouillées de tous leurs moyens opérationnels depuis plusieurs décennies par les pouvoirs politiques successifs.

Les moyens militaires (budget, logistique et équipements) ont trop souvent été confisqués au profit de forces spéciales constituées, rattachées à la sécurité personnelle de dirigeants, rendant ainsi l’armée nationale incapable d’assumer sa mission de protection des biens et de leurs compatriotes ainsi que la défense de l’intégrité du territoire national.

Il faut retenir aussi le caractère exclusif de la sélection tribale lors des recrutements et des nominations aux différents commandements militaires. Ils n’obéissent souvent pas aux règlements de l’armée. Des postes et des grades ont été distribués par affinité à des individus n’ayant pas de formation, à la place de soldats valeureux, bien formés et disciplinés.

Je pense que nous pouvons d’ores et déjà nous appuyer sur les résolutions élaborées par les Etats généraux de la défense nationale de la fin des années 90. Nous sommes nombreux, officiers, sous-officiers comme hommes de rang, formés dans les académies militaires renommées à travers le monde, aux USA, en France autant qu’en Afrique, à pouvoir rétablir nos forces de sécurité dans leurs fonctions, avec les moyens requis pour assurer leurs missions républicaines. Il faudra donc une volonté politique ferme pour fédérer ces compétences, remettre ces forces au service de la République et du peuple, intégrant sa diversité.


Cette image qui circule, cette cérémonie à l’ENAM en présence des FACA, qu’en dites-vous ?

Tout d’abord permettez-moi de dire que je déplore la mort du jeune compatriote tué lors de cette cérémonie, et mes pensées vont tout droit vers ses proches. Ce drame est inadmissible.

Cet événement met en exergue l’amateurisme qui a caractérisé la préparation, l’organisation de ce rassemblement. Et on se sert des conséquences de ces approximations coupables pour jeter l’opprobre sur l’ensemble des FACA.

Comment peut-on appeler « des belligérants » (militaires, rebelles et milices) alors toujours en affrontement à se regrouper devant les autorités, les instances internationales et les médias, sans préalablement organiser leur regroupement dans leurs quartiers généraux respectifs, sous le commandement de leurs chefs, pour un processus de débriefing ? Sans désarmer les esprits, on a regroupé des combattants ennemis qui étaient en train de s’entretuer !

Ce genre de cérémonie est toujours organisé à la suite d’un processus sélectif, effectué par les professionnels du métier qui vont choisir les combattants selon leurs disciplines et conformément aux règlements militaires pour être présentés en cérémonie officielle. Comme dans toutes les armées au monde, le commandement militaire doit disposer du pouvoir et du temps nécessaire pour encadrer et sélectionner les soldats de retour des combats après un suivi et un accompagnement psychologique. Parce qu’il est toujours obligatoire et nécessaire de désarmer les esprits des soldats traumatisés par les affrontements et qui ne peuvent être laissé en contact du public (milieu civil ou leurs familles respectives).

C’est dire que cet incident de la cérémonie de l’ENAM devant les autorités de transition et la communauté internationale a été la résultante d’un rassemblement précipité, mal préparé et mal organisé, et semble décidé par ceux qui ne maitrisent pas le métier des armes.

Ainsi, l’on ne saurait imputer à l’ensemble des soldats centrafricains la responsabilité de cet incident et en profiter pour décrédibiliser la valeur et les qualités de leur professionnalisme.

Je sais que nos policiers, nos gendarmes et nos militaires ne sont pas épargnés par la douleur et la colère qui nous habitent. Leur encadrement maitrise les processus de débriefing de ceux qui ont été impliqués dans les combats. Il sait sélectionner les hommes aptes à répondre à leurs ordres et faire respecter la discipline. Il sait comment contrôler les armes, les munitions et leur utilisation lorsqu’elles sont distribuées. Mais il ne peut le faire que si on lui témoigne la confiance et qu’on lui redonne les moyens et l’autorité nécessaires.


Que dites-vous des anti-balakas ? On a souvent affirmé que François Bozizé est leur principal leader, qu’en pensez-vous ?

A mon avis, il ne faut pas oublier de quelle manière le phénomène anti-balaka a pris naissance. C’est d’abord un mouvement assez spontané, né dans certaines campagnes, de l’organisation des paysans face à la situation sécuritaire et aux exactions de la Séléka, dont les citoyens souffraient. Il aurait dû être évité. Il a ensuite été récupéré par d’autres, c’est un second drame, qui a par exemple mené aux attaques coordonnées du 5 décembre 2013 à Bangui.

On a alors affirmé que M. Bozizé et d’autres organisaient ces forces. Je suis bien incapable de prendre position sur cette question. Ceux qui affirment que c’est le cas détiennent peut être des preuves qui attestent leur assertion. C’est donc à eux d’en faire la démonstration. Je n’ai pas d’éléments en ma possession qui puissent me permettre d’affirmer l’une ou l’autre chose. Et je ne veux en aucun cas spéculer, particulièrement dans la situation déchirante que nous vivons tous.

De toute manière, personne ne peut effacer les exactions des groupes armés sur la population civile dans tous les villages et les villes de la République Centrafricaine. Des habitations ont été incendiées, des greniers ont été détruits, les champs cultivés brulés, le bétail a été emporté, les filles et les femmes ont été violées, des lieux de culte saccagés et des religieux massacrés, des hôpitaux et des centres de santé ont été pillés et les fonctionnaires tués ou enlevés. Autant de crimes commis sans que des mesures ne soient prises pour les faire cesser et qui ne sont pas encore jugés. C’est incompréhensible de constater que des combattants qui exercent les pouvoirs de l’Etat ne puissent mettre fin aux exactions de leurs hommes sur le terrain et se cachent derrière la formule « d’éléments incontrôlés » sans prendre des mesures répressives et coercitives.

Signifier aux militaires qu’ils ne sont pas les bienvenus dans leur propre armée, conduit à les envoyer grossir les rangs des autres (des anti-balakas ou de la Séléka) pour se protéger ou protéger leurs familles ! C’est dire qu’il y a un cycle fermé de représailles qui ne se brise pas en l’absence de désarmement définitif et complet. C’est pourquoi je pense que les acteurs impliqués dans la crise doivent être impartiaux dans le désarmement et le traitement de ce conflit. 


Que pensez-vous des sanctions qui se sont abattues sur des autorités centrafricaines ?

Je suppose que le Conseil de sécurité des Nations unies et les acteurs internationaux ayant pris ces décisions disposent des preuves suffisantes et tangibles contre les personnalités centrafricaines sanctionnées. Et c’est une bonne chose pour inquiéter ceux qui continuent de participer à la destruction de notre République.

J’exprime néanmoins le vœu que ces sanctions soient impartiales et s’appliquent aux meneurs, vrais auteurs, co-auteurs et complices des crimes graves qui ont été perpétrés contre nos compatriotes. Car, comme beaucoup de mes compatriotes, je ne peux accepter une justice à deux vitesses. Je ne veux pas que certains bourreaux du peuple soient protégés ! Et si cela devient le cas, nous ne pourrons enrayer définitivement les conflits récurrents en Centrafrique. 

Le redressement national aura besoin d’équité, de transparence et de mettre un terme solide à toute impunité. C’est à ce prix aussi que nous pourrons tous décider de ce que nous acceptons de pardonner pour réussir une réconciliation profonde et durable.


Que pensez-vous de la Séléka ? Cette partition deviendra-t-elle une réalité si les autorités centrafricaines ne réagissent pas ?

Oui, malheureusement le risque de partition est réel aujourd’hui. Mais je sais qu’aucun Centrafricain ne s’y résoudra et ne peut même l’imaginer.

La RCA est l’épicentre des enjeux géostratégiques régionaux et l’objet de multiples intérêts économiques et donc, depuis plusieurs décennies, de luttes pour le contrôle des potentialités et richesses dont nous avons déjà parlé. D’où la multiplication des soubresauts militaro-politiques empêchant et retardant ainsi son développement et l’émancipation de son peuple.

La Séléka (« pacte » en langue nationale centrafricaine, le sango) est une rébellion hétéroclite composée majoritairement d’étrangers. Ce pacte « séléka » a été conclu entre plusieurs groupes armés avec des mercenaires étrangers et soutenu par des partis politiques de l’ancienne opposition au régime de M. Bozizé regroupé au sein de l’ex-FARE (Front pour l’Annulation et le Reprise des Elections). Elle a investi la RCA tuant et détruisant tout sur son passage : habitations, infrastructures scolaires, sociales, sanitaires et religieuses ainsi que l’administration de l’Etat centrafricain. Ces forces ont instrumentalisé la question religieuse qui n’a jamais été une source de conflit en Centrafrique. Vous conviendrez avec moi qu’une telle organisation ne pouvait qu’échouer dans l’exercice des pouvoirs de l’Etat.

Là où le danger n’est pas écarté et le risque de partition est bien réel, c’est que l’armée nationale, garant de l’intégrité territoriale a été écartée pour laisser le règne aux milices armés. Les éléments de la Séléka n’ont toujours pas été désarmés, et ont été cantonnés pour certains, et pour d’autres relocalisés avec leur arsenal de guerre dans le Nord-Est de la République. Ce Nord-Est devient de facto une zone de non-droit pour le pouvoir central qui malheureusement ne dispose d’aucune force pour établir son autorité nationale. Et donc, la partition du pays deviendra une réalité si cet état de fait perdure et les autorités de la transition seront mises devant un fait accompli. A noter aussi que la Séléka a procédé à la structuration de ses forces armées parallèles dans l’objectif d’établir un état indépendant au pouvoir central. Elle s’est redéployée pour s’implanter dans les parties stratégiques et économiquement riches de la RCA. Cette démarche est très inquiétante. Nous avons là un défi immense.


Etes-vous satisfait de la manière dont sont menées les actions par Sangaris et la MISCA ? Espérez-vous en la future opération de maintien de la paix ?

Les opérations Sangaris de l’armée française sont utiles pour la protection du peuple aujourd’hui livré aux exactions de toutes sortes depuis le déclenchement des conflits. Je dirais même que ces opérations étaient attendues depuis l’avancé de la rébellion Séléka. Compte tenu des liens historiques entre le peuple centrafricain et français, les Centrafricains espéraient déjà l’intervention des troupes de l’opération Boali [NDLR : Lancée en octobre 2002, l’opération Boali est une opération menée en RCA par l’armée française]. Nous ne pouvons être que reconnaissant à la France pour son intervention et ses sacrifices.

Quant à la MISCA, il faut avoir en mémoire qu’elle est une transformation successive des forces de la MISAB à la MICOPAX 1 et 2 en passant par la FOMAC. Il faut reconnaître que beaucoup de nos compatriotes s’interrogent sur l’efficacité de la présence de ces forces sur le sol centrafricain, puisque malgré leur longue présence, le pays a évolué de crise en crise militaro-politique. Pire encore, les Centrafricains s’interrogent à juste titre, sur le non-respect par la FOMAC de la ligne de séparation entre les combattants de la Séléka et les troupes gouvernementales sous Bozizé tel que prévu par les accords de Libreville.

La disparition de cette ligne rouge a été suivie des exactions graves sur la population alors même que le pouvoir de Bozizé était déjà tombé. Ceci reste un phénomène inédit, gravé dans la mémoire des Centrafricains et qui entache la crédibilité et la légitimité de cette force. C’est d’ailleurs ce qui entretient un climat de méfiance entre la MISCA et la population.

Dans une certaine mesure, ces forces ont permis d’éviter une guerre civile et d’empêcher les combattants d’enclencher des crimes de masse. Elles ont aussi été utiles dans la sécurité économique en protégeant les convois humanitaires et les centres industriels et bancaires. Mais les crises sécuritaires liées aux conflits armés ne sont pas encore stoppées. Est-ce que la transformation de ces forces en opération de maintien de la paix, sous le contrôle et avec les moyens des Nations unies, apportera la réponse efficace aux arrêts des exactions ? Je l’espère.

Néanmoins, il ne faut pas oublier que les forces de l’ONU qui vont bientôt opérer ne peuvent assurer durablement et indéfiniment la sécurité du pays. Leurs actions seront provisoires et limitées dans le temps et il faudra qu’elles s’appuient sur les capacités des forces nationales pour que le relais soit assuré dans des bonnes conditions lorsque leur mission aura pris fin. Car il y aura une sécurité durable pour le Centrafrique et ses voisins que lorsque les forces de défense et de sécurité du pays seront réhabilitées et rendues opérationnelles sur toute l’étendue du territoire national.

Pour ce qui est de la garantie durable au droit fondamental à la sécurité des personnes et des biens, aucune force armée extérieure au pays ne pourra l’apporter.


Le dialogue en RCA est inévitable, qu’en dites-vous et comment le voyez-vous ?

Le dialogue est une arme de la raison. Il ne peut y avoir réconciliation que si l’on donne des raisons claires de pardonner à toutes les victimes des exactions. Car la réconciliation ne se limite pas au pardon, mais a aussi besoin notamment de justice. Il faut que les hommes de cœur et d’esprit aient le courage de regarder les choses en face et de les dire avec franchise. Le chaos qui frappe notre pays et nos foyers est d’abord le résultat de nos errements, de nos égarements, de nos divisions et règlements de compte.

Il ne faut pas occulter le fait que les leaders politiques dépassés, sont abandonnés par le peuple qui se sent trahi par ceux-ci. Il faut donc réunir les conditions d’un dialogue rassurant et serein. Ce dialogue ne peut s’organiser dans la perpétuation des exactions et des crimes, moins encore dans l’insécurité et les bruits de bottes ! Il faut au moins s’assurer du retour des déplacés et des réfugiés dans leurs foyers respectifs pour organiser un dialogue inclusif et apaisé !

Il nous faut aussi tirer les leçons des précédents dialogues qui ont été organisés autour des crises centrafricaines sans que les conflits ne soient bannis de notre quotidien ! Nous voyons les déclarations d’intention se multiplier, des appels aux bons sentiments, à déposer les armes. Si ce dialogue apparait comme un arrangement aux yeux des victimes, la réconciliation sera provisoire et le cycle des conflits reprendra dans peu de temps !

Avant même que la douleur, la peur et la souffrance commence à s’effacer, plusieurs personnes s’occupent déjà à concourir aux éventuelles élections présidentielles et législatives. Ce n’est pas sérieux. La seule question qui doit se poser est de savoir au nom de quoi cette réconciliation est-elle possible ? Qu’est ce qui permet à des gens qui ont tout ou beaucoup perdu et qui ont peur, de se pardonner ? Il faut des bonnes raisons, un pacte national qui identifie un chemin de développement commun en matière économique et sociale.

C’est en cela que les forces vives de la nation doivent se relier et rassembler tous les Centrafricains et décider de fédérer les compétences autour d’une vision commune et d’un projet de reconstruction nationale. Ce n’est qu’à cette condition que nous pouvons amorcer le redressement du pays, et rétablir la confiance déjà ébranlée, entre le peuple, la communauté internationale, les bailleurs de fonds, afin d’éviter à notre pays un isolement du reste du monde.


Le Processus de réconciliation nationale devrait-il être mené sous l’exemple du Congo, du Rwanda, de l’Afrique du Sud ou d’un modèle typiquement centrafricain ?

Je pense qu’il n’existe pas un modèle universel de processus de réconciliation, parce que les motifs et la nature des conflits varient d’un pays à un autre. Mais, compte tenu de quelques ressemblances, nous pouvons nous inspirer des réponses que les sœurs et les frères des pays amis ont apportées à la résolution de leurs crises tout en restant fidèle aux cas centrafricain.

Ces pays ont menés leurs processus conformément à leurs valeurs et leurs cultures. Il nous appartient de savoir exposer les maux qui minent notre cohésion et savoir exprimer les réponses adéquates, correspondant à notre histoire. C’est dire que nous devons librement savoir délibérer collectivement pour apporter les solutions convenables à nos aspirations profondes.

Il nous faudra donc nous débarrasser de nos orgueils, de nos haines, de nos jalousies, de nos règlements de compte, de nos divisions et de prendre prise sur notre destin collectif. Nous devons réaliser que nous sommes capables, en nous appuyant sur les valeurs républicaines, de créer un modèle de processus de réconciliation nationale typiquement centrafricain et efficace.


Quel message aux Centrafricains, aux lecteurs d’Opinion internationale ?

Je saisi l’occasion que vous me donnez pour dire qu’il n’y a pas une seule minute où je ne sois meurtri de ce qui se déroule, par le chaos dans lequel notre pays s’est abimé. Encore très récemment les affrontements meurtriers à Bangui m’ont déchiré. Je n’ai pas croisé les bras et je n’ai de cesse de plaider la situation de mes compatriotes et de mon pays auprès des amis de la Centrafrique.

Au milieu de ce désastre, je sais que la tentation est forte, c’est humain, d’accuser ou de dénigrer l’autre. Cela doit pourtant cesser ! Je mesure les efforts qui sont nécessaires en pareilles circonstances pour agir positivement et pour dépasser nos tentations de divisions. Mais c’est d’une impérieuse nécessité pour relever le pays.

C’est surtout un message d’espoir, de confiance et de détermination que je veux transmettre. Il nous faut dessiner le chemin d’un redressement. Comme les autres nations, nous devons savoir exprimer notre volonté comme un peuple digne et responsable.

Tous les jours, beaucoup de Centrafricains de divers horizons me parlent de leur état d’esprit : créer pour les Centrafricains et les amis de la RCA, un déclic qui nous permettra de construire le socle d’un destin collectif. Faire cela, c’est être patriote. J’ai exprimé, à travers un texte qui circule, le fruit de ces échanges nombreux et la volonté d’offrir aux femmes et aux hommes de bonne volonté la possibilité de se relier, de s’accorder par-delà leurs différences, pour sortir la RCA du cours tragique de son histoire.

Quant à « Opinion Internationale», je vous exprime ma reconnaissance et mes remerciements pour l’occasion offerte de m’exprimer et des efforts que vous faites pour le Centrafrique.

Propos recueillis par Lydie Nzengou

Journaliste, chef de la rubrique Centrafrique

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