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09H00 - mardi 22 juillet 2014

La mort presque oubliée de Jonas Kayoungu en Centrafrique…

mardi 22 juillet 2014 - 09H00

Dans le sillage du Forum qui a lieu cette semaine à Brazzaville au Congo, et qui réunit tous les protagonistes de la crise en Centrafrique, Opinion Internationale publie le témoignage de Lewis Mudge, chercheur Afrique de Human Rights Watch. Il met en exergue le besoin impérieux de justice pour contribuer à faire cesser ce conflit.

 


Jonas Kayoungu - photo de passeport. © 2014 HRW

Jonas Kayoungu – photo de passeport.
© 2014 HRW

Nous avons trouvé le corps d’un homme âgé sur le bord de la route. Mon chauffeur à qui rien n’échappe l’avait repéré dans les ombres. Ne sachant pas s’il était vivant ou mort, nous nous sommes arrêtés pour vérifier. C’était un homme âgé, qui approchait peut-être les 70 ans, allongé sur le dos avec les bras écartés. Il tenait un bâton de marche dans une main et deux chèvres, attachées à une longe, se trouvaient à proximité. L’homme avait reçu une balle au niveau du cou et du sang s’écoulait de la plaie, mais aucun pouls n’était perceptible.

J’ai inspecté ses poches et j’y ai trouvé un petit sac en plastique contenant une Bible et quelques photos d’identité. Sur la première page de la Bible, un nom était inscrit : Jonas Kayoungu.

C’était au mois de juin et je me trouvais dans l’est de la République centrafricaine pour effectuer des recherches sur la montée des violences sectaires qui déchiraient le pays. Je m’étais rendu au village de Liwa après avoir quitté la ville voisine de Bambari, située sur la ligne de front de la vague de violences qui se déplace vers l’est du pays. À notre arrivée à Liwa, nous avons trouvé le village entièrement détruit, tel que des témoins me l’avaient raconté. Les 169 maisons avaient toutes été réduites en cendres. Un peu plus tard, nous avons entendu un bruit non équivoque de fusillade : quatre coups de feu distincts, qui avaient été  tirés non loin de là. Nous avons rapidement fini notre travail et nous sommes retournés à la jeep pour rentrer à Bambari.

C’est sur le chemin du retour que nous avons découvert le corps de Jonas Kayoungu. Mon chauffeur était inquiet et a dit que nous devions partir immédiatement, car la ou les personnes qui avaient tué cet homme pouvaient être encore dans les parages. Nous avons pris la Bible et les photos dans l’espoir que quelqu’un serait en mesure de confirmer l’identité de la victime et d’informer sa famille.

De retour à Bambari, j’ai recherché des personnes originaires de Liwa dans les camps de déplacés. Une femme âgée a indiqué reconnaître l’homme sur la photo. Elle le connaissait sous le nom de « Jonas de Batobaga », puisqu’il était originaire de ce village situé à 30 kilomètres de Bambari. J’ai remis la Bible à des policiers locaux, qui s’étaient eux-mêmes réfugiés dans un camp de déplacés, en espérant qu’ils pourraient retrouver la famille de Jonas et l’informer de son décès.

Je ne sais pas qui a tué Jonas ; cela pourrait être n’importe laquelle des milices armées qui parcourent la région et qui s’en prennent impitoyablement aux civils. Mais je sais qu’il est fondamental que justice soit rendue pour ces crimes afin de contribuer à faire cesser le conflit. C’est pourquoi les médiateurs et les participants réunis cette semaine à Brazzaville, en République du Congo, pour discuter des moyens de mettre un terme à la crise en République centrafricaine, doivent s’assurer qu’aucune amnistie ne sera accordée aux responsables de ces crimes atroces. Tant qu’il n’y aura pas de responsabilisation pour les crimes commis, beaucoup d’autres Jonas Kayoungu mourront seuls dans la brousse.

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