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12H02 - jeudi 22 mai 2014

Hongrie : « Orban pourrait faire alliance avec l’extrême-droite pour garder le pouvoir »

jeudi 22 mai 2014 - 12H02

Balazs Nagy Navarro, est un ancien journaliste hongrois de la chaine de télévision publique MTV. Il en a été licencié en décembre 2011 pour avoir dénoncé les conflits d’intérêts et la censure des médias hongrois. Il a entamé une grève de la faim pendant quelques jours pour protester contre ces méthodes puis installé un sit-in devant le siège de la télévision avec une vingtaine d’autres journalistes et il mène une guerre psychologique avec le pouvoir. Il est un témoin de la progression du populisme et de l’extrémisme qui gagne peu à peu l’Europe.

 

Balazs Nagy Navarro, devant le siège de la télévision publique hongroise en décembre 2013

Balazs Nagy Navarro, devant le siège de la télévision publique hongroise en décembre 2013

 

Pensez-vous que Viktor Orban soit un modèle pour les autres populistes en Europe ?

Pour moi, l’influence de Orban est limitée. Même s’il a été réélu le mois dernier à la tête du pays, il a réalisé un moins bon score qu’en 2010. S’il a une influence en tout cas, elle ne dépasse pas les frontières hongroises : il ne sort pas beaucoup du pays. Mais, au-delà de Viktor Orban, je considère que les Socialistes sont aussi populistes que ne l’est le Fidesz (NDLR : parti du Premier ministre).


On constate aussi en Hongrie, la progression du parti d’extrême droite Jobbik, nationaliste et xénophobe. Y a-t-il une chance qu’ils deviennent l’alternative pour les déçus de la politique de Viktor Orban ?

Le Jobbik est aujourd’hui, d’après les sondages, le deuxième parti de Hongrie. Ils dépassent désormais les socialistes, le résultat des élections européennes va sans doute le confirmer. Ils n’ont pas besoin de faire grand chose pour gagner en popularité, ils profitent du manque de confiance des citoyens envers ceux qui nous gouvernenent. Ils peuvent dire qu’ils sont pour le rétablissement de la peine de mort – même si ce serait en contradiction avec les règles européennes –  ils prônent la fermeté et ça plaît aux citoyens.


Peut-on envisager dans un avenir proche des alliances entre le Fidesz et le Jobbik ?

Le Fidesz détient les deux-tiers de la majorité au Parlement, donc ils n’ont pas besoin d’alliés. Mais d’ici cinq ans, en prévision des prochaines élections, Orban pourrait y consentir si c’est pour lui le seul moyen de garder son poste. Mais, il ne faut pas croire que ceux qui votent pour le Jobbik sont xénophobes ou racistes. Ils ne croient plus en la politique.


Vous êtes une victime du « système Orban » puisque vous avez été licencié pour avoir dénoncé les conflits d’intérêts et la censure dans les médias hongrois. Quelle est votre situation aujourd’hui ?

ll y a un procès en cours, on m’a accusé de diffamation. Le tribunal m’a donné raison une première fois estimant que le motif n’était pas valable. Les dirigeants de la télévision publique ont fait appel, qui m’a donné raison à nouveau il y a quinze jours. Mais, ils ont encore une voie de recours et cette fois je doute que l’on me donne raison car j’ai des « amis » qui s’arrangeront pour régler mon cas.

Propos recueillis par Elie Levaï

 

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