Edito / Editorial
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10H44 - lundi 16 septembre 2013

France : Borloo garde frontière (républicain) de Fillon ?

lundi 16 septembre 2013 - 10H44

Poitiers (Futuroscope), 15 septembre 2013

Match politique à trois bandes autour des valeurs de la République… et de celles et ceux qui les incarnent : le week-end de rentrée politique de Marine Le Pen aurait presque fait oublier la première grande messe du nouveau parti de centre-droit, l’UDI (Union démocratique et indépendante), tenue au Futuroscope de Poitiers, si François Fillon n’avait offert à Jean-Louis Borloo une occasion de se poser en vrai leader – potentiel de la droite républicaine. Explications…

Jean-Louis Borloo sera t-il l'homme de la rupture avce l'UMP ?

Jean-Louis Borloo sera t-il l’homme de la rupture avce l’UMP ?

 

Fillon fait sauter une nouvelle digue

 

Vendredi, François Fillon a sauté le pas et osé se rallier à ce que la majorité des militants et des électeurs de l’UMP pensent tout bas… Fini le front républicain en cas de menace du Front National sur le duel UMP – PS. Certains candidats frontistes pourront être fréquentables car moins « sectaires » que des socialistes en cas de risque de perte de mairies UMP lors des prochaines municipales.

Jean-Pierre Raffarin, étrangement absent de l’université de rentrée de l’UDI qui s’est pourtant tenue sur ses terres poitevines (la famille de la droite et du centre ne serait donc pas si fraternelle), a lancé sur twitter une alerte rouge et Jean-Louis Borloo lui a emboîté le pas en considérant, devant une salle de plus de mille militants, qu’avec les propos de Fillon, « l’UMP comme incarnation de la droite et du centre est morte cette semaine ».

 

L’UDI prête à rompre avec l’UMP ? Pas si sûr…

 

Direction le député et ancien ministre Yves Jégo, délégué général de l’UDI : « pourquoi n’appelez-vous pas Jean-Pierre Raffarin et les autres dirigeants UMP qui condamnent cette dérive droitière à rejoindre l’UDI ? » Réponse en demi-teinte : « L’opposition avec les socialistes exige de maintenir une frontière absolue avec l’extrême droite. Et nous en sommes désormais les garde-frontières à droite. […] Toute connivence ou alliance avec le Front National nous amènerait à rompre nos alliances locales, départementales ou nationales avec l’UMP. Jean-Louis Borloo a fait chuter le FN de 15% à Valenciennes en redressant la ville et en donnant un espoir à ses habitants avec un centre fort et inventif. Notre chemin est tracé. »

Prenons un peu de hauteur : si le paysage politique français souffre et se meurt à petit feu dans les bras de Marine Le Pen, c’est par faute des ambiguïtés idéologiques des grands partis comme le PS et l’UMP qui ne peuvent que décevoir les électeurs. Nous l’avons vérifié à Poitiers : l’UDI, elle, ne manque pas de cohérence sur quelques questions clé (pas toutes tout de même). Prenons l’Europe. L’UDI assume clairement sa position fédéraliste, sa volonté de relancer l’Europe et de dire non à l’euroscepticisme qui a ruiné le projet européen comme l’a clairement dénoncé Jean-Louis Bourlanges. Les débats ont clairement montré ce que coûte à la France l’absence d’une Europe fédérale. Prenons par exemple le conflit syrien : si l’Europe de la défense existait un temps soit peu, ce n’est pas la France seule qui aurait péniblement pesé dans le bras de fer américano-russe. Et les exemples abondent…

Mais l’UDI saura-t-elle vraiment peser face à la Droite Forte, ce courant nationaliste et populiste de l’UMP, incarnée par Geoffroy Didier et Guillaume Peltier, qui a le vent en poupe et qui semble prête à sacrifier l’âme de la droite républicaine sur l’autel de strapontins électoraux ?

Les centristes auront-ils l’audace, comme l’exige toute ambition politique, d’appeler les dirigeants modérés de l’UMP à les rejoindre dans le but de devenir le grand parti de centre-droit comme le fut en son temps l’UDF, et non plus l’appoint de l’UMP ? Borloo n’a pas saisi l’occasion unique ce week-end de lancer un appel aux leaders modérés de l’UMP à le rejoindre alors que le contexte idéologique s’y prêtait.

Et puis les prises de position de François Fillon posent à l’UDI une question de stratégie politique qui pourrait donner crédit à un quatrième larron, François Bayrou : au vu de la dérive droitière de l’UMP, le Modem, qui est sur le point de rejoindre l’UDI dans des alliances locales et européennes centristes, n’a-t-il pas eu raison de prendre une ligne indépendante de l’UMP aux dernières présidentielles et législatives ? L’UDI devrait se préparer à envisager son avenir à l’aune d’une UMP droitisée à l’extrême, à l’image de ce qui se passe à l’échelle européenne. Car si le Centre veut avoir un avenir politique, il doit prendre ses distances avec l’UMP Fillon-Copé

 

Michel Taube, directeur de la publication

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