L'avis des bêtes
France /
13H23 - jeudi 6 juin 2013

« Les éleveurs qui ont fait le choix de mode d’élevage plus respectueux du bien-être animal (sur paille ou en plein air) sont convaincus que cela apporte une vraie valeur ajoutée à leur production ».

jeudi 6 juin 2013 - 13H23

Les consommateurs se posent de plus en plus régulièrement la question du respect du bien-être animal quand ils font leurs courses. Pourtant, entre label d’origine, label de qualité et prix à l’achat, il est difficile de faire un choix. CIWF (Compassion in world Farming), organisation internationale de protection animale, milite pour une meilleure information des consommateurs. Entretien avec Léopoldine Charbonneaux, directrice de CIWF France.

En élevage intensif, les truies mettent bas dans des cages sans litière où elles peuvent à peine bouger. Elles y restent jusqu'au sevrage des porcelets (à l'âge de 3 semaines). Crédit photo : L214 - Éthique & animaux.

En élevage intensif, les truies mettent bas dans des cages sans litière où elles peuvent à peine bouger. Elles y restent jusqu’au sevrage des porcelets (à l’âge de 3 semaines). Crédit photo : L214 – Éthique & animaux.

Créée par un éleveur laitier britannique en 1967, CIWF est une ONG de protection animale qui milite pour le bien-être des animaux d’élevage. Implantée en France depuis 4 ans, l’organisation veut accompagner les industriels agro-alimentaires dans une démarche plus respectueuse de l’animal. Elle cherche aussi à mieux informer les consommateurs sur les conditions de vie qui règnent dans les élevages intensifs. Aujourd’hui, le CIWF organisait ainsi un rassemblement au métro Saint-Paul à Paris pour dénoncer certaines pratiques de l’élevage intensif porcin.

Tout d’abord, parlez-nous de cette mobilisation pour les cochons. Quelles sont ces pratiques douloureuses que vous dénoncez ?

En France, près de 95% des cochons sont élevés dans un système ultra-intensif, qui ne respecte pas la législation en vigueur. Les animaux sont élevés sur caillebotis, sur un sol nu, et ne disposent pas de matériaux manipulables (paille, sciure). Instinctivement, les cochons fouillent constamment le sol à la recherche de nourriture, ce qui est impossible dans les conditions d’élevage intensif. Comme ce comportement naturel est réprimé, ils ont tendance à se mordre la queue entre congénères. Pour éviter ces blessures, on leur coupe la queue préventivement. Pourtant, la coupe systématique de queue est interdite. Nous présentons donc une pétition à l’échelle européenne pour exiger le respect des normes de protection minimales pour les porcs.

Et que pensent les éleveurs de ces pratiques ?

Les éleveurs qui ont fait le choix de mode d’élevage plus respectueux du bien-être animal (sur paille ou en plein air) sont convaincus que cela apporte une vraie valeur ajoutée à leur production. Pour les autres, les normes de bien-être animal représentent beaucoup de contraintes, ils se sentent prisà la gorge. On comprend le désarroi des éleveurs. La filière porcine française est en crise, mais ce n’est pas à cause de ces réglementations, c’est le système actuel qui ne fonctionne pas. On trouvera toujours de la viande produite pour moins cher ailleurs, il faut donc faire mieux !

C’est donc tout le système de l’industrie agro-alimentaire qui doit changer ?

Nous travaillons avec les industriels pour faire avancer les choses. Les portes s’ouvrent petit à petit et certains montrent un véritable intérêt et écoutent ce que nous avons à dire. La matérialisation de nos actions prendra encore du temps. Il y a de bonnes nouvelles, CIWF remet des trophées aux entreprises qui s’engagent pour le bien-être animal. On favorise toutes les démarches de progrès, comme l’enrichissement du milieu de vie des animaux par exemple.

Le consommateur est-il sensible à votre message ?

Les sondages1 le montrent : 75% des consommateurs affirment qu’ils achèteraient uniquement des produits issus d’élevages respectueux du bien être animal s’ils étaient mieux informés des conditions habituelles d’élevage des porcs. (photo truie en case d’allaitement)

Nous cherchons donc à informer les gens. L’idéal serait de parvenir à un étiquetage systématique du mode d’élevage sur les produits, comme cela existe sur les œufs.

Stéphane Le Foll, notre ministre de l’agriculture, prépare une « loi d’avenir » pour l’agriculture qui devrait être présentée dans les prochains mois, qu’en pensez-vous ?

Stéphane Le Foll montre clairement une volonté de faire évoluer les choses. Il faut un but ambitieux pour pouvoir parvenir un jour à une rupture avec la situation actuelle. Pour l’instant, son projet d’agroécologie semble très orienté vers les productions végétales. La loi d’avenir n’a pas encore été présentée, alors on attend de voir.

En France, les choses évoluent donc à petits pas. Qu’en est-il du reste du monde ?

Si la France a la réputation d’être un peu frileuse sur les questions de bien-être animal, elle a un fort poids au niveau européen. Quand les choses bougent ici, les autres pays latins sont entraînés dans notre sillage. Aux Etats-Unis, les conditions d’élevage sont bien plus désastreuses et le plein-air n’est qu’une utopie. Chez nous, 20 % des poulets sont « fermiers » (avec accès à l’extérieur), c’est un bon point !

1. Sondage Yougov pour CIWF France, réalisé du 04/12/2012 au 06/12/2012 sur un échantillon représentatif de la population française de 1009 personnes.

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