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08H01 - lundi 3 juin 2013

Les problèmes de voisinage entre l’Inde et la Chine ne s’arrêtent pas

lundi 3 juin 2013 - 08H01

Le mois dernier, l’armée chinoise a établi des camps militaires dans une zone reculée de l’Himalaya, près de la frontière sino-indienne. En réaction, l’Inde a fait de même, de son côté de la frontière. Cet incident a duré une vingtaine de jours, et a pris fin avec le retrait des deux armées le 6 mai, faisant suite à des négociations. Cet affrontement militaire entre les deux pays les plus peuplés du monde a attiré l’attention de la communauté internationale. Néanmoins, aucune explication officielle n’a été donnée.

Le Premier ministre chinois Li Keqiang et son homologue indien Manmohan Singh, le 20 mai 2013. Crédits: Adnan Abidi/Reuters.

Le Premier ministre chinois Li Keqiang et son homologue indien Manmohan Singh, le 20 mai 2013. Crédits: Adnan Abidi/Reuters.

Selon Jonathan Holslag du Brussels Institute of Chinese Contemporary Studies, « La construction des bases de défense indiennes aux frontières provoque la vigilance de la Chine. D’ailleurs, il est fort possible que le gouvernement indien montre une attitude plus ferme face à la nouvelle génération des dirigeants chinois. » En effet, malgré de nombreuses négociations, la Chine et l’Inde n’ont toujours pas réussi à s’accorder sur les frontières. Les tensions aux zones limitrophes ne sont donc pas rares depuis la guerre sino-indienne de 1962.

 

Après la guerre froide, Pékin a résolu ses différends sur les démarcations frontalières avec la Russie et les pays d’Asie centrale. Mais le problème avec l’Inde est plus compliqué, à cause notamment de l’influence coloniale de la Grande-Bretagne, du nationalisme des deux peuples, et de la concurrence importante entre les deux puissances émergentes.

 

La scène internationale, témoin de cet antagonisme

 

Sur la scène internationale, l’Inde maintient de meilleures relations avec l’Occident que la Chine. Ainsi, l’Inde montre une attitude plutôt favorable au retour américain en Extrême-Orient, alors que la Chine le considère comme une menace importante. En l’occurrence, la Chine intensifie la coopération avec la Birmanie, le Bangladesh, le Sri Lanka et d’autres pays autour de l’Inde, afin de limiter l’influence indienne dans la région. Le soutien chinois au Pakistan met notamment l’Inde dans une situation embarrassante.

 

La question tibétaine complique encore davantage les relations sino-indiennes. En 1959, le 14e Dalaï-lama (Tenzin Gyatso) s’est exilé en Inde après l’intervention de l’armée chinoise au Tibet. Aujourd’hui, c’est à Dharamsala, dans le nord de l’Inde, que se trouve le gouvernement tibétain en exil. Lors de chaque rencontre entre les officiers indiens et le Dalaï-lama, la Chine montre une grande vigilance et intervient immédiatement si les dialogues s’avèrent « outre mesure ».

 

Face aux divergences, les gouvernements des deux pays agissent de manière prudente et diplomatique. L’Inde cherche toujours à minimiser la tension et maintenir le statu quo, surtout lorsqu’il s’agit des contestations territoriales. C’est ce qu’a tenté de faire le ministre indien des Affaires Etrangères Salman Khurshid, en commentant la tension frontalière d’avril dernier, « Ce n’est qu’une petite acné sur un joli visage ». Egalement à la recherche de conciliation, le Premier ministre chinois a commencé sa première tournée à l’étranger par l’Inde le 19 mai.

 

Des relations économiques et militaires tendues

 

La méfiance dans les domaines militaire et de la sécurité a également risqué de s’aggraver. Les manœuvres militaires conjointes ont été interrompues plusieurs années, et la coopération et les échanges militaires sont quasiment suspendus.

 

Sous l’influence politique, la coopération économique entre l’Inde et la Chine est non moins problématique. Bien que les deux pays partagent une frontière de plus de 500 km, les transactions bilatérales se déroulent principalement par Shanghai, Canton, Calcutta ou d’autres grands ports. Jusqu’à présent, il n’existe toujours pas de vol direct entre Pékin/Shanghai et Bombay, le centre commercial de l’Inde. Dû à la restriction des marchandises autorisées aux douanes, un marché noir important s’est développé entre la Chine et l’Inde. Par ailleurs, le déficit commercial indien envers la Chine suggère le besoin de s’accorder sur des politiques plus rigoureuses en matière de commerce bilatéral.

 

Selon le livre blanc du développement en 2003, la Chine opère une stratégie vers l’Ouest, alors que l’Inde met en œuvre des politiques « à l’Est » depuis les années 1990. Le croisement des deux fronts provoque sans aucun doute une chimie explosive.