Edito / Editorial
Monde arabe /
16H32 - mercredi 21 novembre 2012

Les femmes du monde arabe : espoir ou désillusions ?

mercredi 21 novembre 2012 - 16H32

Amnesty International organisait à Paris le samedi 17 novembre un colloque avec de nombreuses femmes du monde arabe : « Entre espoir et désillusion, Les discriminations à l’encontre des femmes du Maroc à l’Iran ». S’il est une région du monde où la donne a complètement changé en moins de deux ans pour les femmes, c’est le monde arabe. L’effondrement de régimes dictatoriaux, les transitions démocratiques ou la phase d’anarchie dans lesquelles les pays de la région sont engagés bouleversent profondément la situation des femmes. Le rapport entre les hommes et les femmes semblait gravé dans un double marbre de paternalisme machiste séculaire d’une part et de régimes autoritaires affichant une égalité de façade entre les deux sexes d’autre part.

 

Toutes les révolutions s’accompagnent de révolutions sexuelles. Et le monde arabe n’y échappe pas ! Mais quelle révolution vit-on aujourd’hui dans cette région du monde ? Les rapports et les témoignages abondent de violences commises à l’encontre des femmes depuis deux ans. Harcèlement sexuel dans les rues d’Egypte comme le rappelle le film « les femmes du bus 678 » de Mohamed Diab, des femmes attaquées le 8 mars au Caire lorsqu’elles défilent pour la Journée des femmes ou des femmes manifestantes soumises par l’armée à des tests de virginité, des juges égyptiens qui s’opposent à ce que des femmes puissent devenir magistrates, le retour de la polygamie revendiqué par de nouveaux pouvoirs voire même annoncé comme en Libye par le Conseil National Libyen le jour de la déclaration de sa libération du joug de Kadhafi, velléités des islamistes tunisiens de proposer une Constitution remplaçant l’égalité par la complémentarité… Les preuves sont là d’un recul et d’une désillusion profonde parmi les défenseurs de l’égalité entre les deux sexes.

 

Des organisations comme Amnesty International appellent les autorités de ces pays à respecter les normes internationales et les principes d’égalité des droits dans tous les champs de la société. Et ces organisations internationales agissent de plus en plus à travers des organisations arabes et régionales de femmes, pour ne pas être soupçonnées de tenir un discours occidental. Il faut dire qu’elles n’ont pas été aidées par les précédents régimes dont, souvent, les épouses des dictateurs Ben Ali et Moubarak se pavaient d’actions prétendument égalitaristes.

 

Et pourtant, ce qui se joue actuellement n’est peut-être pas ce que dessine ce sombre tableau que des yeux trop laïcs (à la française) pourraient nous faire croire… A entendre des femmes arabes engagées tous les jours pour l’égalité, les choses bougent ! « Aucune femme ne regrette la révolution et nous avons été leaders dans ces changements », proclame haut et fort Nadia Leïla Aïssaoui, secrétaire générale du Fonds pour les Femmes en Méditerranée.

 

Des femmes (et des hommes attachés à l’égalité !!!) font bouger les lignes. Des évolutions positives transparaissent. En Egypte, un homme a été, pour la première fois, condamné à une peine de prison suite à une affaire de harcèlement sexuel.

 

Des femmes libyennes ont fortement réagi, notamment par voie de presse, pour rejeter la chariah et la polygamie lorsque le président provisoire Moustapha Abdel Jalil les a revendiquées.

 

En Tunisie, c’est la société civile et les médias qui ont fait reculer les islamistes quand ils ont voulu cantonner la femme à un rôle de complémentarité avec les hommes dans le projet de Constitution.

 

Sur le plan politique, les lignes bougeraient davantage si les partis politiques dits progressistes faisaient de l’égalité une priorité. Lors de l’élection de la Constituante tunisienne le 23 octobre 2011, quel parti a présenté une stricte parité de candidats ? Enahdha. Les femmes ne représentent donc que 30% de l’Assemblée élue et ce sont surtout des islamistes…

 

Les femmes s’organisent et s’expriment comme jamais sous les anciens régimes. Et plus fort encore que ce retour du refoulé machiste dont font preuve les hommes depuis les révolutions arabes, nous assistons à la naissance d’un nouveau féminisme arabe. Une nouvelle génération de féministes arabes qui assument une identité à la fois arabe et universelle (ou moderne). Le collectif Egalité Maghreb a travaillé sur des argumentaires arabes pour promouvoir l’égalité hommes – femmes.

 

Les femmes se réapproprient leur corps et l’on voit de plus en plus d’expressions publiques très fortes de cette féminité dans l’espace public des pays arabes. Les femmes politiques s’organisent également avec des groupes parlementaires de femmes qui se mettent en place, avec des initiatives empruntées à l’Iran par exemple où une pétition avait réuni plus d’un million de signatures en 2009 et inquiété le pouvoir des mollahs.

 

Dana Bakdounis est cette femme qui afficha sa photo sans son voile islamique avec sa pièce d'identité pour revendiquer sa liberté.

Symbole audacieux de cette renaissance : cette extraordinaire campagne de « l’intifada des femmes » par laquelle des dizaines de milliers de femmes arabes ont affiché à leur domicile un slogan expliquant pourquoi elles revendiquent leur liberté de femme.

 

Que faire pour aider les femmes ? Les femmes arabes ont avant tout besoin d’éducation et d’information. Comme le dit Nadia Leïla Aïssaoui, elles ont aussi besoin de moyens et de formation pour mieux faire passer leurs revendications. Elles ont aussi besoin que l’Europe et l’Occident les comprennent mieux. La question du voile est par exemple décisive : l’essentiel pour ces femmes arabes est d’être libres, libres de le porter ou de ne pas le porter, libres par rapport à elles mêmes et par rapport aux hommes. Mais elles ne veulent pas être enfermées dans un faux débat entre les Anciens et les Modernes, les religieux et les laïcs, qui ne correspond pas à la réalité du monde arabe.

 

Les femmes, leur avenir leur appartient plus que jamais dans le monde arabe.

Michel Taube

Le vote utile

Appel au vote utile : un livre pour les indécis, les abstentionnistes et les perplexes… L’édito de Michel Taube
Michel Taube