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14H35 - dimanche 23 septembre 2012

En visite au Sénégal, la ministre française de la francophonie, Yamina Benguigui, explique la Francophonie aux jeunes Sénégalais

dimanche 23 septembre 2012 - 14H35

Mme Yamina Benguigui, ministre française chargée la Francophonie, était en visite à Dakar du 12 au 15 septembre dernier. Elle a rencontré le ministre sénégalais de la culture et du tourisme, Youssou Ndour. Elle s’est rendue également au lycée français Jean Mermoz pour y débattre avec des élèves de la francophonie. Entretien dans le lycée.

Etes-vous fière, Madame la Ministre, d’être à la Francophonie ?

« J’ai travaillé pendant vingt ans sur «Que veut dire l’autre». Qu’est-ce que l’intégration, l’enracinement, le pays d’accueil, d’origine et comment peut-on dépasser ces barrières et avancer dans le même sens et surtout avec le respect et la dignité. La reconnaissance de l’autre passe évidemment par la culture, le savoir et cela a été mon combat pour toujours. J’essaie, par mon travail de réalisatrice, de faire reculer les préjugés.
Il en va de même comme ministre aujourd’hui. Plus que jamais, nous avons une volonté très forte de faire bouger les choses. Aujourd’hui, je souhaite montrer davantage dans le cadre de la francophonie que la langue française n’appartient pas à la France. La langue française appartient aux nations qui parlent aussi le français. Elle doit avoir aujourd’hui un nouveau rôle, elle doit devenir une langue solidaire et égalitaire.

Je suis une réalisatrice très engagée dans les questions d’intégration et d’égalité des chances. Donc, je suis très fière d’avoir en charge la Francophonie pour faire bouger les choses dans le développement culturel, l’intégration et l’égalité des chances ».

Est-ce que la langue française ne recule pas dangereusement ?

« Elle régresse pour plusieurs raisons. Il y a un problème de formateurs dans les pays de la Francophonie. Or, la langue française est une langue de partage qui appartient à tout l’espace francophone. On doit donc avoir une très bonne base pour pouvoir la partager. L’espace francophone a besoin de formateurs, mais aussi de fédérer les expériences. Il y a également beaucoup de pays qui manquent cruellement de manuels. Il faut aider à développer la littérature, le cinéma, les documentaires ».

Parler français, est-ce compatible avec les langues maternelles ?

« L’espace francophone peut converger dans la même direction sans mettre de côté les langues maternelles. Elle doit aussi être une langue économique, culturelle complètement débarrassée des oripeaux du colonialisme. Je suis d’origine algérienne, je n’oublie pas d’où je viens et le combat de mes parents pour l’indépendance. Et je n’oublie pas que mon père défendait la langue française. Donc, ça rejoint les grandes idées du président et poète Sédar Senghor qui disait que la culture doit être présente.
Il y aussi une dimension culturelle pour nous en France : quelque part la francophonie peut contribuer à l’amélioration de la situation des émigrés et à la réduction des inégalités. Parce que la francophonie permet de valoriser l’autre. Pendant toutes ces décennies, on ne l’a pas beaucoup vue. On n’a pas réfléchi à ce lien qu’il y a entre le pays d’origine de l’émigré et sa nouvelle patrie. Je pense que les jeunes émigrés trouveraient du bien à revenir de temps en temps au pays d’origine pour faire le lien entre les deux patries. La francophonie doit être un cadre permettant aux uns et autres de se comprendre, de valoriser son vis-à-vis ».

Propos recueillispar Ibrahim KANDJIMOR