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05H09 - mercredi 12 septembre 2012

Sénégal : le plan du premier ministre pour redresser les injustices

mercredi 12 septembre 2012 - 05H09

Lors de sa déclaration de politique générale à l’Assemblée nationale lundi 10 septembre, le Premier ministre sénégalais, Abdoul Mbaye, a été attendu sur beaucoup de questions liées à l’impunité. Mais ce fut le black-out sur les dossiers encore pendants devant la justice. Que ce soit sur le cas du député maire socialiste de Sicap Sacré Cœur Mermoz, une commune d’arrondissement de Dakar, Barthélemy Dias – en liberté provisoire dans le cadre du meurtre lors de l’attaque de sa mairie par des nervis proches du pouvoir d’Abdoulaye Wade en décembre 2011 – ou des dossiers de victimes des manifestations de la période préélectorale, Abdoul Mbaye s’est montré ferme : « ce sont des dossiers pendants en justice. Je n’ai aucun avis là-dessus », a-t-il répondu sèchement aux députés. Pourtant, les parents des neuf victimes et des dizaines de blessés des violences policières se sont mobilisés en formant un collectif pour réclamer justice. Le collectif entend même intenter un procès contre l’Etat du Sénégal devant les tribunaux de la Communauté des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao).

Toutefois, le Premier ministre du Sénégal s’est plutôt intéressé à la question des audits sur la gestion d’anciens dignitaires du pouvoir de l’ancien président Wade et les injustices sociales. « De nombreuses fautes de gestion avérées ont pesé, jusqu’ici, sur la gestion des finances publiques. Il faut faire l’état des lieux. Il n’y a pas de chasse aux sorcières dans les audits. Pour ceux qui sont dans le privé, ils savent que les audits doivent se faire plus d’une fois dans l’année. Et c’est d’autant plus nécessaire de le faire quand on quitte une fonction », estime Abdoul Mbaye. D’ailleurs, le Premier ministre sénégalais avertit : «C’est fini l’arrogance, l’impunité. Désormais la récompense sera à la mesure du mérite.»

Dans le cadre de la récupération des biens mal acquis qui seraient détournés par des directeurs de société et des ministres de la république sous la présidence du présidence Wade, M. Mbaye indique qu’un milliard 800 millions de francs CFA a été récupéré. Une somme insignifiante quand on la compare aux centaines de milliards en cause.

La justice a déjà mis la main sur l’ancien Directeur général de la Loterie nationale sénégalaise (Lonase), Alioune Baïla Wane et son président de conseil d’administration, Ibrahima Condetto Niang. Sur la même liste, figure l’ancien directeur général de l’Agence de régulation des télécommunications et des postes (Artp), Ndongo Diaw, et celui du Conseil sénégalais de chargeur (Cosec), Amadou Kane Diallo. Les deux premiers sont en prison pour détournement de deniers publics estimés à plus 5 milliard de francs CFA, alors que les deux derniers ont payé des cautions de centaines de millions pour recouvrer une liberté provisoire.

Certains députés se sont interrogés sur le sort de plus de 400 milliards de francs CFA dérobés par des dignitaires du régime libéral et logés à l’extérieur. Or, les populations sénégalaises, fustigent ces députés, vivent dans une pauvreté extrême. Un fait constitutif d’une violation de leurs droits à une vie décente. En réponse, le Premier ministre reconnaît l’existence de fonds logés à l’extérieur. Mais il rassure que «le gouvernement est engagé à faire rapatrier ces fonds avec l’aide de la Banque mondiale et nos partenaires. Et il est facile d’établir la traçabilité des fonds.» Toutefois, il soutient que la procédure de rapatriement peut s’avérer longue. Pourvu que ce ne soit pas comme au Nigeria où le rapatriement des avoirs de Sani Abacha, général qui fut à la tête de la dictature au Nigéria de 1993 à 1998, a pris une dizaine d’années.

Ibrahim KANDJIMOR