Printemps arabe
Tunisie /
12H15 - lundi 7 novembre 2011

« N’ayez pas peur de la démocratisation du monde arabe », nous confie Moncef Marzouki, l’un des deux grands vainqueurs des élections de la Constituante tunisienne

lundi 7 novembre 2011 - 12H15

Monsieur Marzouki, votre parti, le Congrès pour la République, classé comme nationaliste de gauche, est arrivé deuxième des élections de l’Assemblée constituante avec 30 sièges. Comment expliquez-vous votre succès aux élections ?

Nous sommes en effet le premier parti laïc de Tunisie même s’il ne faut pas entendre ce terme à la française dans le contexte tunisien. C’est d’ailleurs la raison fondamentale de notre succès : nous sommes les seuls qui avons su concilier notre enracinement arabo-musulman avec la défense des droits de l’homme, sans les opposer. Je rappelle que j’ai été président de la Ligue des droits de l’homme tunisienne. Nous refusons la guerre idéologique que l’on voudrait déclencher entre l’Islam et la modernité. En même temps, nous veillerons à ce que l’Islam ne soit pas le paravent à une dictature religieuse.

Certaines déclarations des dirigeants d’Ennahda, le parti islamiste arrivé en tête, peuvent tout de même inquiéter lorsqu’ils parlent par exemple de pollution linguistique s’agissant du français ?

Ces propos sont une aberration. Le français fait partie de notre héritage et de notre présent et nous a permis une grande ouverture au monde. Je suis un patriote sans être un nationaliste chauvin. Mais je suis aussi pour que les jeunes tunisiens apprennent d’autres langues étrangères, l’anglais, le chinois, l’espagnol.

Etes-vous opposé à la peine de mort et favorable à l’inscription de l’abolition dans la future Constitution tunisienne ?

J’ai toujours été viscéralement contre la peine de mort mais je ne puis vous dire à cette heure si la Constitution pourra en faire état ou si une loi l’abolira ultérieurement.

Quels seront les droits des femmes dans la prochaine Tunisie ?

Droits de l’homme veut dire droit des femmes, surtout en arabe. Plus personne, même chez les conservateurs d’Ennahda qui sont arrivés en tête des élections, ne remet en question le code de statut personnel. Mais ses droits politiques ou civiques ne suffisent pas : je dis que l’on a trop oublié la femme qui travaille, la femme qui est exploitée, la femme trop souvent moins qualifiée que l’homme : ses droits sociaux et économiques doivent être défendus en priorité.

Etes-vous toujours candidat à la présidence de la République comme vous l’aviez annoncé dès votre arrivée sur le sol tunisien en mars dernier ?

M. Marzouki en compagnie de M. Ghannouchi, président du parti islamiste Ennahda

Vous savez que le président de la République sera choisi par la nouvelle Assemblée constituante et, que ce soit  pour le choix du président ou du futur gouvernement, des discussions intenses ont démarré avec Etakatol de M. Ben Jafaar et les islamistes de Ennahda. Je dois vous dire que ces discussions sont difficiles : plus que d’autres, nous sommes pour une rupture totale avec le passé et une épuration profonde de la justice et du ministère de l’Intérieur. Nous n’avons donc pas encore décidé si nous participerons à la direction du pays ou si nous resterons dans l’Assemblée seule.

Que dites vous à l’opinion internationale ?

N’ayez pas peur de la démocratisation du monde arabe et développons le maximum de coopérations pour maintenir et renforcer les liens historiques qui unissent la Tunisie à la France, à l’Europe et au monde.

Propos recueillis par Michel Taube

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