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07H17 - vendredi 6 mai 2011

Sénégal : la révolution du Jasmin a-t-elle mis fin à la succession monarchique du président Wade ?

vendredi 6 mai 2011 - 07H17

Le débat sur la succession du président sortant, Abdoulaye Wade, est légèrement retombé. Même si les partis de l’opposition et certaines associations de la société civile veillent au grain. Pour eux, le président de la République tient toujours à voir son fils Karim Wade lui succéder, et ce malgré le démenti du père et du fils. Wade s’est exprimé sur le sujet à plusieurs reprises.

La dernière « clarification » en date, c’était sur Europe 1 il y a quelques semaines : « Je n’ai pas l’intention de mettre mon fils à ma place avant de partir (…). Mais c’est un citoyen sénégalais. Et il est libre de se présenter aux élections quand il voudra », a fait savoir le chef de l’Etat sénégalais. Toutefois il a ajouté que Karim a « le droit de faire de la politique (…), mais c’est même une injure au peuple sénégalais de dire (…) que les Sénégalais vont accepter que quelqu’un qu’ils aiment bien, le président Abdoulaye Wade, dise ‘’maintenant vous prenez mon fil’’, ça n’existe pas ».

Le débat est-il clos pour autant ? Nombreux sont les Sénégalais qui n’y croient guère. On soupçonne en effet le président, maintenant âgé, de vouloir écourter son mandat au profit du fils. Il faut voir aussi la place qu’occupe ce dernier dans le gouvernement. Karim Wade est ministre de la Coopération internationale, des Transports aériens, des Infrastructures et de l’Energie. Un statut qui l’apparente selon certains à une sorte de Premier ministre – bis du fait de la concentration des pouvoirs qu’il incarne.

C’est dans ce cadre qu’il faut comprendre le limogeage du Premier Ministre Idrissa Seck et son renvoi devant le tribunal qui, finalement, l’a blanchi, et celui de Macky Sall de la présidence de l’Assemblée nationale sénégalaise après avoir quitté la primature.

Wade et ses théoriciens de la succession monarchique soupçonnent ces deux anciens Premiers ministres de vouloir faire de l’ombre à Karim.

Si Macky Sall et Idrissa laissent la voie de la succession au fils du Chef de l’Etat sénégalais, ils devront attendre au moins deux mandats avant d’espérer être réélus. D’où la bataille engagée.

Dans cette perspective, ils sont épaulés par une majorité de Sénégalais qui dénoncent une éventuelle succession monarchique. Pour eux, si Karim Wade est électeur et éligible, il ne peut pas, en revanche, remplacer son père sans passer par les urnes. Des élections que redoutent son père et ses partisans d’autant plus que son fils avait été battu aux élections locales de 2009 quand il avait voulu conquérir la mairie du Point E (une commune d’arrondissement de Dakar). A l’époque, certains avaient vu dans cette candidature un moyen d’assurer sa légitimité politique en vue des échéances de 2012.

A cela, il faut ajouter les révolutions en Egypte et en Tunisie où la succession monarchique a également fait débat, pendant des années, notamment autour du fils du président Hosni Moubarack, Gamal, soupçonné, comme au Sénégal, de vouloir prendre la place de son père. En Tunisie, c’est la famille de l’épouse de Ben Ali qui était en train de tisser un pouvoir monarchisant dans les pas du président.

La révolution violente dans ces deux pays, le peuple a tranché cette question, a certainement refreiné l’ardeur du Chef de l’Etat sénégalais. Et depuis, même l’entourage du fils de Wade, jusque là très enclin à en parler, se renferme dans un mutisme total, préférant parler de la réélection du père dès le deuxième tour en 2012.

Au final, cette perspective d’être remplacé par son fils s’annonce comme un des handicaps majeurs – hormis son bilan mitigé et la crise économique et sociale qui frappe les Sénégalais – pour le président, dans cette période pré-électorale.

Moustapha Barry