International
12H40 - dimanche 22 mars 2015

Gagaouzie : séparatisme ou inclusion régionale au cœur de l’élection du gouverneur

 

La Moldavie va-t-elle éclater sous le syndrome russe ? Près de 106.000 Gagaouzes sont appelés à élire ce dimanche 22 mars leur gouverneur, nommé « baskan ». Tous les candidats sont pro-russes dans cette province très autonome à la frontière ukrainienne et où est installée une importante base militaire russe.

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Les effets de la crise économique et financière que traverse l’Europe prend diverses formes et met en cause la capacité des leaders politiques à réagir et à prendre les mesures nécessaires pour assurer la tranquillité du vieux continent. Deux des effets de la crise sont ressentis de plein fouet en République de Moldavie, ce petit pays à la frontière de l’Europe où les élections parlementaires du 1er décembre dernier à peine achevées ont dévoilé les défis qu’il faut surmonter pour pouvoir aspirer au statut de membre de l’UE : la réactivation de la bataille géopolitique entre l’Occident et l’Orient et le séparatisme, sous ses formes diverses. Tout ceci sur fond des difficultés auxquelles se heurtent les autorités nationales dans leurs efforts d’assurer la croissance économique dans l’un des plus pauvres pays de l’Europe.  

Même si elle a obtenu son indépendance en 1991, la République de Moldavie souffre encore de l’époque où elle était partie intégrante de l’URSS. La création de « l’homme soviétique » est encore ressentie dans un pays où les minorités nationales représentent plus de 17% de la population totale. Du point de vue régional, celles-ci sont installées dans le nord et le sud du pays.

 

La Gagouzie entre Moldavie occidentale et cœur russe

 

Dans le contexte de la crise économique et financière, mais aussi de la réaffirmation de la Russie en tant que pouvoir global, qui revendique sa propre zone d’influence, la Gagaouzie, au sud de la République de Moldavie, est un foyer de tension sur la carte du séparatisme européen.

Dès le retour des forces pro-européennes au pouvoir en 2009, le séparatisme gagaouze s’est progressivement réactivé, étant donnée l’attitude passive de Kichinev (Chisinau, la capitale moldave) envers les besoins de la région et les défauts de communication entre le Centre et les leaders gagaouzes, ayant affecté la cohérence des actions au niveau de l’autonomie gagaouze. 

Le groupe de travail formé dans le cadre du Parlement à Kichinev pour l’examen des affaires liées au statut spécial de la Gagaouzie n’a pas débouché sur des résultats notables. Un fort signal de l’écart grandissant entre les Gagaouzes et les autorités centrales a été l’organisation, le 2 février 2014, d’un référendum sur le droit à l’autodétermination extérieure. 

Même si le référendum n’a été reconnu ni par les autorités centrales, ni par aucun autre Etat, le « bachkan » Mihail Formuzal a considéré que celui-ci a été un succès, disant que d’autres telles consultations visant plus d’autonomie et la sortie de la Gagaouzie de la République de Moldavie seraient initiées.

Ainsi, plusieurs initiatives controversées ont été promues : la création des gardes populaires, indépendantes des forces du ministère de l’Intérieur ; l’établissement d’un Conseil coordinateur de l’audiovisuel propre, qui fera la sélection des chaînes de télévision et des radios qui pourront être retransmises en Gagaouzie.

Dernière décision : l’établissement de « relations bilatérales » avec les entités séparatistes dans l’est de l’Ukraine. Ces « relations de coopération » entre les groupes séparatistes et les organisations similaires en Ukraine ont visé l’échange de savoir-faire (des entraînements communs) et surtout le commerce illégal d’armement léger.

 

Vers une nouvelle carte géopolitique qui menace la stabilité régionale

 

L’un des concepts les plus dangereux pour la stabilité de la zone est celui de la « République de Boudjak », un territoire qui devrait réunir les zones habitées par les Gagaouzes et par les Bulgares en République de Moldavie et en Ukraine, dans la région d’Odessa, comme partie intégrante du projet de la NovoRussia.

La promotion de tels concepts approfondit davantage la division qui existe au niveau de la population dans les deux pays et rend plus difficile leur trajets européens. La distance grandissante entre la Gagaouzie et Kichinev est alimentée aussi par les intérêts spéciaux de la Fédération de Russie dans cette zone. Ainsi, sur le plan économique, les producteurs de Gagaouzie (et de Transnistrie) ont repris leurs exportations de vins vers la Russie, lorsque le reste des sociétés viticoles en République de Moldavie sont toujours sujettes à une interdiction d’exporter vers le marché russe.

Au mois de septembre 2014, dans une interview accordée à la radio Europe Libre, le directeur du Service de Renseignement et de Sécurité de la République de Moldavie, Mihai Bălan, affirmait : « [..] C’est précisément dans le sud qu’on a découvert des groupes formés même de provocateurs et d’organisateurs qui recrutaient des citoyens de la République de Moldavie dans le sud du pays. Ceux-ci suivaient des stages d’entraînement à l’étranger pour qu’ils poursuivent dès leur retour des missions visant à déstabiliser la République de Moldavie. [..] Le plus dangereux est que dans ce type d’opérations sont impliquées des personnes remplissant des fonctions de direction dans l’administration de l’UTAG [ndlr. Unité Territoriale Autonome de Gagaouzie], c’est-à-dire de la Gagaouzie”. En fait, les autorités centrales connaissent l’implication active des leaders gagaouzes locaux, sous l’influence extérieure, dans la promotion du séparatisme, mais aucun n’a encore été accusé officiellement.

 

Gagaouzie, quo vadis ?

 gagauzia-62593-ec2d3La population de la Gagaouzie doit prendre une décision importante qui va influencer tant l’existence de la République de Moldavie comme Etat unitaire, que la prospérité des générations futures. Et les élections du gouverneur de la province, ce dimanche 22 mars, ne manquent pas d’inquiéter les observateurs.

Si elle continue à se faire attirer dans le « jeu » séparatiste, la Gagaouzie a de bonnes chances d’obtenir à court terme quelques facilités de la part de la Fédération de Russie, qui lui assureront un avantage par rapport au reste de la population en République de Moldavie.

Pourtant, l’histoire a montré que toutes ces zones séparatistes ont mené une bonne existence à court terme (la Transnistrie, l’Ossétie n’en sont que deux exemples) à cause de leur dépendance totale du facteur extérieur. Dans ce scénario, la Gagaouzes pourraient trouver un allié dans la personne du président du Parti des Socialistes de la République de Moldavie, Igor Dodon. Celui-ci affirmait au début du mois de décembre 2014 que l’intégration européenne « mènerait à la perte de la qualité d’Etat» de la République, que la « route de la Moldavie vers l’Europe » ne passerait certainement pas par la Transnistrie et qu’il est possible qu’elle se construise « sans la Gagaouzie et sans le nord du pays, où la plupart de la population s’opposent à l’intégration européenne ».   

De l’autre côté, la Gagaouzie a la chance de consolider ses rapports avec les autorités centrales et de bénéficier autant que possible de l’association de la République de Moldavie à l’Union européenne. Il semble qu’à la fin de son mandat, le « bashkan » de la Gagaouzie Mihail Formuzal a compris que la région peut se développer de manière durable à travers les fonds européens. Le 10 décembre 2014, il a annoncé que les autorités gagaouzes avaient avancé une demande d’intégrer l’Euro-région Siret-Prut-Dniestre, espérant que la région autonome en devienne un membre. « Nous avons essayé pour plusieurs années de joindre l’Euro-région du Danube Inférieur, mais on nous a rejeté. Nous avons avancé une autre demande dans ce sens à une autre Euro-région. Cela permettrait à la Gagaouzie de mettre en place des programmes en attirant des subventions », a déclaré Mihail Formuzal lors d’une réunion opérationnelle de l’exécutif à Comrat.

Selon l’euro-parlementaire lithuanien Petras Austrevicius, « meilleure sera la vie des citoyens de la République de Moldavie, plus attractive sera l’UE pour les gens de Transnistrie. Plus de citoyens de Transnistrie recevront des passeports moldaves et se déplaceront librement dans l’UE, plus ils changeront d’avis sur l’UE. Certes, la situation n’est pas tellement facile et rose, mais dans notre résolution de reconnaître une seule Moldavie entre ses frontières, qui inclut la Transnistrie et la Gagaouzie ».

Si les leaders gagaouzes comprennent que la population a besoin de prospérité, alors il existe des chances que la République de Moldavie poursuive son parcours européen et qu’elle soit un partenaire stable tant pour l’Union européenne, que pour la Fédération de Russie. Sinon, le risque qu’un nouveau foyer séparatiste se forme en Europe menacera la période à venir. Comme d’habitude, les populations paieraient le prix d’une indépendance illusoire. Mais, pour éviter ce risque, il faut que les autorités centrales deviennent plus actives, tant du point de vue de la promotion des bénéfices de l’Union européenne dans la région, qu’à travers une décentralisation et l’autonomie accrue des autorités locales.

Enfin, l’Union européenne doit profiter des résultats des élections législatives qui confirment l’option pro-européenne des électeurs et s’engager, y compris du point de vue financier, dans la promotion des projets et des valeurs européennes dans la République de Moldavie, au-delà des déclarations de soutien et des résolutions au sein du Parlement européen. A la fin, la pouvoir de l’exemple est plus persuasif que celui des mots.

 

Horia Rotari

 

Le 22 mars, les Gagaouzes ont élu à 53% des voix une dirgeante pro-russe et ancienne députée communiste au Parlement moldave, Irina Vlah. 

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