
La révocation de Bruno Attal, ancien policier et délégué syndical particulièrement exposé médiatiquement, continue d’alimenter un débat sensible au sein de la Police nationale et au-delà. Son cas dépasse désormais la trajectoire individuelle pour poser une question de principe rarement discutée publiquement : un représentant syndical peut-il être sanctionné jusqu’à la perte de son emploi pour des prises de position critiques exprimées dans le cadre de son mandat ?
Au moment des faits, Bruno Attal exerçait des responsabilités syndicales qui, en théorie, bénéficient d’une protection renforcée dans la fonction publique. Cette protection vise à garantir la liberté d’expression des représentants du personnel, y compris lorsque leurs propos heurtent la hiérarchie ou le pouvoir politique. Or, dans cette affaire, aucune condamnation pénale n’est venue étayer la décision de révocation, ce qui nourrit les interrogations sur la nature et la proportion de la sanction.
Parmi les éléments évoqués dans l’enquête de l’Inspection générale de la Police nationale figurent des absences administratives relevées sur plusieurs années selon un supérieur hiérarchique. Ces faits n’ont pourtant donné lieu ni à une procédure disciplinaire au moment où ils auraient été constatés, ni à des poursuites judiciaires ultérieures. Bruno Attal affirme avoir sollicité à plusieurs reprises la levée du secret défense concernant certaines missions susceptibles, selon lui, d’éclairer ces périodes contestées, sans obtenir de réponse favorable. Ces éléments, souligne-t-il, ne figurent d’ailleurs pas explicitement dans le motif officiel de révocation.
Autre point particulièrement sensible, la diffusion d’informations issues de son dossier personnel et médical en dehors du strict cadre administratif. Ces données relèvent normalement du secret médical et du secret professionnel, en particulier pour un fonctionnaire. Pour l’intéressé, ces fuites contribueraient à un traitement qu’il estime exceptionnel, disproportionné et potentiellement irrégulier.
Après sa révocation, plusieurs procédures en diffamation ont été engagées contre lui à l’initiative de responsables politiques situés à l’extrême gauche. Dans le même temps, Bruno Attal affirme que les plaintes qu’il dit avoir déposées contre l’administration, certains élus de La France insoumise ou à la suite de menaces reçues, n’auraient pas connu le même suivi. Ce contraste alimente chez ses soutiens l’idée d’un déséquilibre dans le traitement judiciaire de son dossier.
Sans préjuger du fond des différends, l’affaire Attal met en lumière une question centrale pour l’institution policière et, plus largement, pour l’État de droit : jusqu’où l’administration peut-elle aller face à un fonctionnaire syndiqué qui critique ouvertement l’action du pouvoir ? Devenu un cas emblématique, Bruno Attal espère désormais une audience face au ministère de l’Intérieur en 2026, soit plus de trois ans après sa révocation, pour que ce débat puisse être tranché publiquement.
Emma Ray

















