
Il arrive qu’un salon professionnel dépasse sa vocation commerciale pour devenir un révélateur des rapports de force du XXIᵉ siècle. VivaTech 2026, à Paris, en a été une illustration éclatante.
Pendant quatre jours, plus de 180 000 visiteurs, 14 000 start-up, 4 000 partenaires, 3 600 investisseurs et des représentants de plus de 170 nationalités se sont retrouvés à la Porte de Versailles pour prendre le pouls de l’innovation mondiale.
Au milieu des géants américains, des champions européens et des ambitions asiatiques, un pays a particulièrement retenu l’attention : l’Inde.
Non seulement parce qu’elle était le partenaire officiel de l’intelligence artificielle (Official AI Country Partner), une première dans l’histoire du salon, mais surtout parce qu’elle est venue défendre une ambition qui dépasse largement le seul secteur numérique.
Le pavillon indien était le plus vaste jamais présenté par le pays à VivaTech.
Sur près de 1 000 m², plus de 80 entreprises et start-up deep tech ont présenté leurs innovations dans des domaines aussi variés que l’intelligence artificielle, les infrastructures numériques publiques, la cybersécurité, la santé, la robotique, le spatial, les technologies de défense, la mobilité ou encore les technologies vertes.
Loin des clichés qui réduisent encore parfois l’Inde à une simple puissance de services informatiques, New Delhi a démontré qu’elle entend désormais jouer dans la cour des grandes nations technologiques.
Ce changement de stature n’est pas le fruit du hasard.
En une décennie, l’Inde est devenue le troisième écosystème mondial de start-up, avec plus de 100 licornes et des milliers de jeunes entreprises innovantes. Son infrastructure numérique publique – d’Aadhaar à UPI – est aujourd’hui étudiée par de nombreux pays comme un modèle de transformation numérique à grande échelle.
La participation de Narendra Modi à VivaTech a donné une portée politique à cette présence.
Déjà intervenu à VivaTech en 2021 et premier « Country of the Year » en 2022, le Premier ministre indien est revenu cette année défendre une conception de l’intelligence artificielle résumée par une formule simple : « AI signifie aussi All Inclusive ». Autrement dit, une intelligence artificielle au service de tous, fondée sur des valeurs démocratiques, l’inclusion et l’intérêt général.
Cette approche tranche avec une course mondiale souvent dominée par les seules considérations de puissance économique ou militaire. L’Inde assume une autre ligne : faire de l’IA un outil de développement, de santé, d’éducation et d’inclusion, sans renoncer pour autant à la souveraineté technologique.
Un discours qui trouve un écho particulier en Europe et plus particulièrement en France. Depuis plusieurs années, Paris et New Delhi élargissent leur partenariat stratégique à de nouveaux domaines : intelligence artificielle, calcul intensif, semi-conducteurs, cybersécurité, recherche, quantique et innovation industrielle.
L’édition 2026 de VivaTech s’inscrivait dans le cadre de l’Année franco-indienne de l’Innovation, voulue par Emmanuel Macron et Narendra Modi.
Michel Taube


















