Edito
08H50 - jeudi 13 juin 2024

Les déraisons de la dissolution : le calcul machiavélique mais risqué de Macron. La chronique de Daniel Salvatore Schiffer

 

Dissolution ! C’est là, la dissolution de l’Assemblée Nationale, le calcul machiavélique, mais le pari risqué surtout, qu’Emmanuel Macron a trouvé, à la surprise générale (y compris dans son propre camp, perplexe), en guise de parade à cet échec cuisant qu’il vient de subir, conformément à ce que prédisaient tous les sondages, lors de ces élections européennes. Le séisme, en forme de déflagration politique, est considérable : gigantesque, sans nécessairement dramatiser pour autant la situation, diront certains !

 

Des élections européennes aux allures de verdict national

Ainsi, les résultats catastrophiques, pour le mal-nommé parti macronien de la « Renaissance » et la macronie en son ensemble, de ces élections européennes se sont-ils aussitôt transformés, par la force de leur impact, en un verdict aux allures de suffrage quasiment national, avec une très nette victoire (plus du double en termes de pourcentage) du Rassemblement National. Du jamais vu !

Certes, le Président de la République n’était-il pas obligé, constitutionnellement, de procéder à pareille dissolution, même si, en l’occurrence, une telle décision, lourde de conséquences dans un futur immédiat, s’avère, dans la réalité des faits, la suite logique, honnête sur le plan politique et courageuse sur le plan intellectuel, du jeu démocratique.

D’où précisément, urgente, cette question, d’une brûlante actualité : quelle mouche a-t-elle donc bien pu piquer Macron, par-delà même cette très gênante humiliation personnelle, véritable blessure narcissique au vu de son égo hypertrophié, pour procéder, en effet, à semblable dissolution ? Et, qui plus est, en ces conditions, au très sérieux risque donc, à l’aune de cette écrasante victoire pour le Rassemblement National, d’ouvrir ainsi un boulevard électoral, lors des élections législatives de ce 30 juin et 7 juillet 2024, au probable futur Premier Ministre, Jordan Bardella, d’un tout nouveau Gouvernement, inédit, par sa connotation (fut-elle exagérée idéologiquement) à l’extrême droite, dans la Ve République ?

 

Une difficile mais inévitable cohabitation

Avec, au bout du compte, une difficile mais inévitable cohabitation, comme au bon vieux temps de la présidence de François Mitterrand avec, successivement, les gouvernements de Jacques Chirac (1986-1988) et d’Edouard Balladur (1993-1995), puis, ultérieurement encore, sous la présidence de Jacques Chirac avec le gouvernement de Lionel Jospin (1997-2002).

C’est dire si, décidément, Macron, dont on a déjà pu mesurer à maintes reprises l’énorme dose d’arrogance – une fatuité, plus encore qu’une assurance, confinant à l’aveuglement parfois – ne doute de rien, et surtout pas de lui-même !

 

Un cadeau empoisonné ?

L’explication la plus plausible de cet ultime calcul, donc, de sa part ? C’est qu’il est convaincu qu’il s’agit en fait là, pour le Rassemblement National, d’un cadeau empoisonné : offrir pratiquement sur un plateau d’argent le poste très envié de Premier Ministre à Jordan Bardella afin, après trois usantes années de pouvoir gouvernemental, de discréditer, d’épuiser et de calciner, ce même RN, empêchant ainsi Marine Le Pen de gagner ce véritable graal qu’est, en dernière analyse, la Présidence de la République, pour laquelle les élections se tiendront en 2027 !

Bref : un calcul éminemment machiavélique, certes, de la part d’Emmanuel Macron, mais bien, davantage encore, un pari hautement risqué !

 

De l’impopularité de Macron à la fin de la macronie

Car il y a une chose essentielle qu’il a ici grandement négligée, sinon sous-estimée (ce qui n’est guère étonnant au vu, justement, de sa narcissique myopie) et qui fera donc perdre définitivement son propre camp en cette bataille électorale : l’énorme part d’impopularité (je n’oserais dire, par élégance morale tout autant que pudeur langagière, de « détestation »), dont il est le fatidique objet, à tort ou à raison, de la part du peuple français, toutes tendances politiques confondues (à l’exception, bien évidemment, de ses partisans, par ailleurs de moins en moins nombreux en cette débâcle annoncée) et par-delà même tout clivage (gauche/droite) idéologique !

Conclusion ? Je ne crois pas un seul instant, pour ma modeste part comme pour bon nombre d’observateurs avisés, à un retour possible de la macronie en 2027, ni même, peut-être, après !

 

Le bûcher des vanités

Pis : si j’étais Gabriel Attal, qui n’a certes pas démérité dans son éphémère, et quasi ridicule temporellement, poste de Premier Ministre, j’en voudrais énormément à ce même Emmanuel Macron de m’avoir ainsi sacrifié de manière éhontée, après cinq mois seulement (jour pour jour) d’un pouvoir pourtant prometteur, sur l’autel de sa propre et seule vanité !

 

 

Daniel Salvatore Schiffer

Philosophe et écrivain, auteur d’une quarantaine de livres, directeur des ouvrages collectifs « Penser Salman Rushdie », « Repenser le rôle de l’intellectuel » (parus aux Editions de l’Aube, en collaboration avec la Fondation Jean Jaurès) et « L’humain au centre du monde – Pour un humanisme des temps présents et à venir. Contre les nouveaux obscurantismes » (Editions du Cerf). Dernier livre publié : « Rockisme contre Wokisme » (Editions Erick Bonnier).

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