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07H10 - jeudi 31 mars 2022

Rencontre avec Clémentine Gallot, la journaliste experte en genre et en pop culture

 

Rédactrice en chef du podcast Quoi de Meuf ? diffusé par la maison de production Nouvelles Ecoutes, Clémentine Gallot publie l’ouvrage 100 oeuvres culte à connaître quand on est féministe. Elle nous parle de la dimension du féminisme dans la société, des études de genre et du female gaze

 

Un guide culturel dans la boite de pandore féministe

Des parutions en nombre décryptant des phénomènes sociétaux à travers le prisme des inégalités femme/homme affluent depuis quelques années dans les librairies. Que ce soit sur le patriarcat, le quotidien des femmes dans la sphère privée ou des concepts comme le lesbianisme politique, il y a de quoi s’y perdre. Sans compter, tous les films mythiques et les artistes engagées qui ont été invisibilisés à travers l’Histoire. Alors, pour vous aider dans cette quête, l’équipe de Quoi de Meuf ? vous a concocté une première sélection. 

Véritable anthologie féministe, le concept de l’ouvrage n’est pas une to do list rigide avec des cases à cocher. Au contraire, Clémentine l’assume complètement, il s’agit des goûts personnels de l’équipe et des œuvres qu’elle considère comme majeures. Aux côtés de la journaliste, pour répertorier les productions culturelles toute la team du podcast s’est concertée : Emeline Amétis, journaliste indépendante et photographe animée par les questions relatives au genre, à la race et à la classe, Anne-Laure Pineau, journaliste spécialiste des questions LGBT, Pauline Verduzier, journaliste obnubilée par les sexualités, reporter pour l’émission Les Pieds sur Terre sur France Culture et Kaoutar Harchi, chercheuse en sociologie qui travaille sur les rapports de pouvoir qui façonnent les mondes de l’art et de la culture. Alors si ces cinq autrices ont eu la lourde de tâche de ne choisir que 100 œuvres féministes, elles se sont battues pour leurs références et leurs créations préférées. De grandes discussions parfois houleuses ont donc mené à cette incroyable sélection ! 

Pour Clémentine Gallot, il était nécessaire de valoriser les femmes ayant reçu de grandes distinctions. On retrouve ainsi la réalisatrice Julia Ducournau dont le film Titane a été récompensé par la Palme d’Or en 2021. Mais aussi Simone de Beauvoir, une figure mythique du féminisme, félicitée en 1954 par le prix Goncourt pour Les Mandarins. Alors, s’il n’y avait pas trop débat sur ces grandes figures, les podcasteuses se sont clairement penchées sur la question de la place des artistes hommes dans cette liste. Pour la rédactrice en chef, la réponse est assez simple. Toutes les oeuvres réalisées par des femmes ne sont pas forcément féministe, tout comme les créations des hommes ne sont pas forcément machistes. Elles ont donc considéré qu’il était tout à fait légitime d’ajouter des productions réalisées par le sexe opposé. Vous pourrez donc retrouver le female gaze – manière de filmer les femmes en tant que sujet de films et non plus objets de fantasme – de Todd Haynes dans Carol ou de Sébastien Lifshitz dans Petite fille.

 

Comment qualifier une création de féministe ? 

Question épineuse. Pour Clémentine Gallot, la réponse évolue dans le temps. Il faut dire qu’il y a un sacré écart entre les films de notre enfance et les productions qu’on regarde aujourd’hui avec un esprit critique. James Bond l’illustre bien : les femmes n’ont pour but que d’être belle et leur personnage ne sont pas développé. Pour pouvoir définir une œuvre de féministe, la journaliste a alors trouvé quelques critères. Par exemple, les réalisations doivent passer le test de Bechdel. Il consiste à avoir au moins deux femmes dans le casting avec des discussions sans rapport avec un homme dans le scénario. Simple dis comme ça, pourtant 46 % des films sortis depuis 1995 et uniquement écrits par un homme échouent au test. Un autre critère selon l’autrice est que l’héroïne dispose d’une grande capacité à agir pour véhiculer un message positif envers les prochaines générations. Cependant, les équipes de Quoi de Meuf ? ne se sont pas arrêtées à une définition stricte du féminisme. L’écrivaine ajoute que les œuvres sélectionnées « mettent à mal une définition univoque puisque nous avons aussi choisi des héroïnes avec des doutes, des femmes antipathiques ou défaillantes. »

Pour les producteurs de films, les romanciers et les artistes, ces questions féministes finissent par s’ancrer dans leur réflexion. Cependant, il faut noter des spécificités françaises. Dans l’introduction de l’ouvrage, Clémentine les évoque : “rapports hystérisés entre point de vue esthétique et étude de genre, regard dominant et position minoritaire dans le champ universitaire.” Selon elle, le monde culturel français privilégie la forme au fond (contexte de production, genre de l’auteur, accusations judiciaires de l’artiste, etc) contrairement aux américains. Dur-dur de définir pleinement ce qu’est une oeuvre féministe, d’où cette sélection surprenante allant de Game of Thrones à King Kong Theorie en passant par Fifi Brindacier. Ainsi, le podcast qui d’habitude vous captive par ses conversations générationnelles et intersectionnelles sur la pop culture arrive à vous subjuguer par un ouvrage effectuant une relecture contemporaine des œuvres de notre époque. Ludique et politique.

 

Fanny David

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