Edito
11H18 - jeudi 17 février 2022

Retrait de la France du Mali : demain le Burkina Faso et toute l’Afrique subsaharienne ? L’édito de Michel Taube et Alain Dupouy

 

Le Mali aujourd’hui, le Burkina Faso demain ? Tout le Sahel et le golfe de Guinée après-demain ?

Il était temps pour la France, mais quelle erreur stratégique pour nos amis africains ! La France, le Canada et les pays européens du dispositif Takuba retirent donc leurs troupes militaires du Mali et les rapatrieront principalement au Niger.

Cette annonce solennelle a été confirmée ce matin en conférence de presse à l’Élysée par Emmanuel Macron, son homologue ghanéen, Nana Akufo-Addo, président en exercice de la CEDEAO, Macky Sall, chef d’État sénégalais et président en exercice de l’Union africaine, et Charles Michel, président du Conseil européen. Elle se fait à quelques heures du Sommet entre l’Union européenne et l’Union africaine qui se tiendra à Bruxelles sous présidence française du Conseil de l’UE. Ce retrait occultera certainement, et c’est bien dommage, ces échanges de Bruxelles qui porteront davantage sur l’économie et l’idée d’une nouvelle « Alliance entre l’Afrique et l’Europe ».

 

Le retrait militaire, en fait politique et géopolitique, fruit également de brouilles diplomatiques qui auraient pu être évitées, de la France et de ses partenaires du Mali annonce, nous le craignons, un prochain retrait du Burkina Faso voire d’autres pays. La déstabilisation du Sahel s’étend déjà.

Pourquoi ? Parce que les deux raisons qui ont amené à ce retrait armé s’appliquent et agiront à bâtons rompus dans d’autres pays voisins du Mali : des pouvoirs illégitimes du fait de coups d’État d’une part, l’agonie et les détournements massifs de toutes les aides économiques et financières d’autre part qui étaient déjà prévues, par exemple dans le G5 Sahel, et qui empêchent de joindre les actions sociales à la lutte armée contre le terrorisme.

Les peuples africains s’en prennent à la France alors qu’ils devraient exiger de leurs autorités nationales (légitimement élues ou arrivées au pouvoir par les armes) qu’elles leur donnent à boire, à manger et du travail. Qu’en pense Macky Sall qui était à côté d’Emmanuel Macron ? Nana Akufo-Addo, dont le pays est parmi les bons élèves de l’Afrique, pourrait lui donner quelques bons conseils.

Depuis huit ans, la France a eu tort de ne pas conditionner son aide militaire et financière au respect des normes de l’État de droit par ses homologues africains. Tel était pourtant le sens du discours du président élu Emmanuel Macron à Ouagadougou en novembre 2017.

 

Ce matin, Macky Sall et Nana Akufo-Addo ont répété que la lutte contre le terrorisme en Afrique ne peut être l’affaire que des Africains. Certes, mais pas à n’importe quelles conditions.

En ce 17 février 2022, Al-Qaida et Daech, qui ont choisi de faire de l’Afrique, du Sahel au golfe de Guinée, leur nouveau terrain de conquête, doivent crier victoire. La Russie et la Chine ne doivent pas être mécontentes.

Pour l’heure, rendons hommage à cette fraternité d’armes, et aux nombreuses victimes subséquentes, qui a fait que des Africains ont contribué à la libération de la France en 14-18 et en 39-45 et au sauvetage (provisoire) du Mali de 2013 à 2022.

 

Hier, Alassane Ouattara, président de la Côte d’Ivoire, considérait que la lutte militaire contre le terrorisme appartient aux Maliens au Mali, et à chaque État sur son territoire, mais qu’il n’y a pas de honte à se faire tâche dans cette cause par des partenaires français, américains et notamment par ceux qui ont des accords de coopération communs ! Si le peuple malien l’avait écouté, le retrait occidental aurait peut-être pu être évité.

 

Michel Taube, fondateur d’Opinion Internationale

Alain Dupouy, chef d’entreprise à l’export, président du cabinet de conseil OM2A et conseiller du commerce extérieur. 

Directeur de la publication