Esprit Sports
06H55 - jeudi 3 février 2022

JO de Pékin /Beijing : laissons le sport aux sportifs ! L’édito de Michel Taube

 

Heureusement que Joe Biden n’a pas utilisé son smartphone pour annoncer par un tweet le boycott très superficiel (car il n’implique que les officiels et non les athlètes) des J.O. de Pékin. Car son smartphone est évidemment made in China.

Les Jeux de Pékin, pardon de Beijing, s’ouvrent demain. Dans la première ville de l’histoire qui aura accueilli les Jeux d’été, en 2008, et ceux d’hiver donc en 2022. Rappelez-vous le fameux nid d’oiseau ! Et vous découvrirez pendant deux semaines des stades somptueusement « baptisés » de noms poétiques.

Des Jeux inédits organisés sous la cloche du « zéro Covid » et en l’absence de nombreux chefs d’Etat et dirigeants occidentaux. La guerre froide qui ne fait que commencer entre la Chine et les Etats-Unis devait-elle compromettre la tenue de cet événement de l’olympisme sportif ?

Le débat sur le boycott se situe à plusieurs niveaux et pose plusieurs questions : puisque le sport, en particulier au travers de grandes messes comme les J.O., est un outil de communication (dirait-on dans une démocratie) ou de propagande (dirait-on également dans une démocratie, mais à propos des pays qui n’en sont pas), faut-il vraiment s’étonner, voir s’offusquer qu’il puisse être pris en otage à l’occasion de tensions géopolitiques ? Ensuite, qui sont les “bons” et les “mauvais” pays, dans ce jeu de la bonne morale ?

Joe Biden semble pratiquer le “en même temps” macronien en répondant à la première question, puisque les skieurs étatsuniens dévaleront bien les pentes chinoises à partir du 4 février. Du coup, ce boycott n’en est pas un. La protestation américaine a même un côté si dérisoire et symbolique qu’il eut peut-être été préférable qu’elle n’existât point. Boycotter les J.O., cela n’a véritablement de sens que si les athlètes n’y participent pas. C’est ce que firent déjà les Américains et leurs alliés en 1980, en réaction à l’invasion soviétique de l’Afghanistan. Les Soviétiques leur rendirent la monnaie (en roubles) de leurs dollars en boudant les J.O. de Los Angeles en 1984. Ces vrais boycotts firent deux victimes : les centaines de millions de téléspectateurs amoureux de sports, qui eurent droit à un spectacle dégradé. Et bien entendu les athlètes, quand bien même ne saurait-on ignorer que dans un régime totalitaire, l’otage est aussi rouage voire soldat dudit régime… et souvent ultra-dopé parce que l’honneur du tyran vaut mieux que la vérité du terrain, du tatami ou de la piste.

Laissons le sport aux sportifs.

Certes, les sportifs sont des représentants de leur nation. Indépendamment du régime politique et des enjeux géostratégiques, le nationalisme sportif est avant tout du patriotisme. Allez les bleus ! On connaît la chanson. Nous sommes tous derrière nos équipes nationales. D’ailleurs, nos tricolores ont de réelles chances de médailles à Beijing. Mais il faut aussi savoir admettre que le sport est et restera surtout l’affaire des sportifs, certes instrumentalisés à des fins politiques ou plus encore mercantiles. Le sport professionnel est du spectacle, de l’entertainment, comme disent les Américains, eux qui ont fait du Super Bowl un show gigantesque.

Le sport est aussi du business (rappelons-nous les J.O. Coca-cola d’Atlanta), avec ses stars autant peoples que sportifs.

Mais pour la plupart des athlètes, a fortiori dans des disciplines qui ne sont pas très médiatisées, les J.O. sont l’événement de leur vie, et les en priver est un mépris pour leur sacrifice : des heures d’entraînement pour gagner le dixième de seconde qui leur permettra d’être présents ou d’espérer revenir avec une médaille, peut-être celle faite d’or qui scintille dans leurs rêves. Jamais aucun boycott n’a eu la moindre influence sur le cours de l’Histoire. Au contraire, la tradition olympique est celle d’une trêve, non d’une poursuite de la guerre par d’autres moyens. Elle est aussi l’occasion de rencontres entre sportifs de pays en conflit, qui ne transforment pas la compétition en pugilat. 

De  l’hypocrisie et de la morale

Aujourd’hui, s’agissant des États-Unis et de la Chine, nous sommes certes en guerre commerciale (de bonne guerre, pourrait-on dire, car nous sommes tous en guerre commerciale). Le paradoxe est tel que nos ennemis, qu’il faudrait plutôt appeler concurrents, sont aussi réciproquement clients et fournisseurs, créanciers et débiteurs… De la chaise au clavier ayant permis de rédiger cet article, en passant par le mobilier de bureau, et bien entendu des composants de l’ordinateur et même les vêtements du rédacteur, tout ou presque est fabriqué en Chine. C’est dommage, car cela signifie que notre souveraineté industrielle a été sacrifiée sur l’autel de la consommation. Mais cela doit nous faire réfléchir avant de jeter des anathèmes pour s’acheter une bonne conscience.

Certes, les tensions avec le nouveau géant mondial dépassent le cadre commercial, au point que l’on croit déceler des bruits de bottes. Il y a Hong-Kong, les ouïghours, le contrôle de la population, l’absence de liberté d’expression… La prochaine guerre mondiale débutera peut-être dans le Pacifique, plus qu’en Ukraine. Mais, le sport comme les échanges culturels, le rôle clé des diasporas comme de médias passerelle mais sans concession comme Opinion Internationale, doivent permettre d’oeuvrer à rapprocher les points de vue.

La trêve olympique, vous connaissez ? Alors, bons jeux aux athlètes, vivement les commentaires enflammés et si bienveillants de notre Nelson français, Monsieur Monfort s’entend, et vive le Nouvel An chinois.

 

 

Michel Taube

Directeur de la publication

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