Afriques demain
17H07 - dimanche 16 janvier 2022

Mali : excès ! Maladresse ! Fierté ! Le ton monte à Bamako !

 

Quel week end au Mali !

Le jour où l’on annonce le décès du Président Ibrahim Boubacar Keita (lire par ailleurs), qui déclinait, malade, se laissant presque mourir, suite à sa mise à l’écart du pouvoir en 2020, chacun était en train d’analyser la situation résultant du début du week-end : vendredi, la manifestation s’étendait à l’ensemble du Pays, à l’appel à la mobilisation du Président de Transition, Assimi Goïta, démontrant une certaine réaction unitaire du Pays aux sanctions, jugées abusives, infligées au Mali, par la CEDEAO et l’UEMOA après l’annonce d’un probable délai trop long à 5 ans pour cette transition.

Cette manifestation, énorme, déterminée, à Bamako et dans les autres villes, au milieu des drapeaux du Mali (et de quelques drapeaux Russes !) dénonçait ces sanctions économiques jugées intolérables, provenant de ces organisations régionales et Internationales, non habilitées, par un quelconque règlement, à sévir de la sorte à l’encontre d’un pays, déjà très affaibli par la lutte anti-terroriste et aussi par la pandémie du Coronavirus.

Pourquoi cette fermeté dans ces décisions ? Viennent-elles d’un coup de force du Club des dirigeants de la Cédéao, sous couvert de l’Onu, de Uemoa, et des puissances étrangères partenaires du Mali ? Paris et Washington, comme cela se dit, seraient-elles à l’origine de cette orientation, pour tenter de forcer la main au gouvernement actuel, afin qu’il revoie la durée de la période de transition, qui ne saurait aller jusqu’à 5 ans, comme le laissait envisager le Chef de l’Etat de la transition Assimi Goïta ?

Ce n’est pas l’avis du Premier Ministre actuel, Choguel Kokalla Maïga, qui dans une interview parue samedi 15 Janvier  – et c’est le second évènement du week-end, s’en prend ouvertement et violemment, aux instances de la Cédéao et de l’Uemoa, en indiquant qu’il portera plainte contre ces sanctions économiques.

Le Premier Ministre considère que la souveraineté de l’Etat Malien a été mise à mal, de manière injuste et illégale, accusant les organisations d’avoir voulu carrément « déstabiliser et achever un peuple déjà à terre, abusant ainsi d’un pouvoir qu’elles n’ont pas ». « C’est une humiliation », ajoutait-il, précisant encore que la France s’est jointe à cette tentative « de désintégration de l’Etat », cela venant à la suite du différend entre lui-même et le Président Macron, qui avait justifié des déclarations hostiles à la France, à la tribune de l’Onu, il y a quelques mois.

Où va-t-on ? Ce bras de fer, qui aurait dû déboucher sur un dialogue, va-t-il se durcir encore, après cet interview et une fois de plus, on va voir s’amplifier ce sentiment anti Français, déjà installé non pas contre les Français, en tant que tels, mais à l’encontre de dirigeants Français trop complaisants à l’égard des pouvoirs en place, en Afrique, donc pas seulement au Mali, jugés par leur peuples, abusifs des constitutions, ou gouvernants maladroits voire pire ?

Même si on ne peut « valider », sur le principe, un coup d’Etat, on peut comprendre que les peuples cautionnent et s’attachent même aux « auteurs » de ces coups de force « rectificatifs », comme les appelait le Général mauritanien Mohamed Ould Abdel Aziz quand il a fait le sien en 2008. « Rectificatifs » politiques traités souvent, notons-le, sans violence (ou presque). Toutefois, il faut ensuite laisser espérer aux populations des jours meilleurs, après des règnes trop longs et interminables.

Les citoyens, réalistes, ne sont pas pour autant favorables à une transition trop longue et il faut donc trouver le juste milieu, le juste délai, pour aller à la tenue d’élections démocratiques et ouvertes au plus vite. Chacun peut craindre, en effet, que, tout en se mobilisant pour dénoncer ces sanctions et soutenir un maintien de leur souveraineté, les autorités de transition n’entendent pas (ou fassent la sourde oreille) le réalisme des peuples qui auront à pâtir de ces blocages économiques, paralysant, asphyxiant, et que cela ajoute encore à leurs difficultés de vie quotidienne !

Si on doit rajouter à l’insécurité terroriste, la fermeture des frontières, l’embargo sur les échanges commerciaux (à part quelques-uns) et les transactions financières, ce pays, enclavé, déjà pauvre, dépendant des ports voisins, pourrait ne pas se relever. On comprend aussi dans une certaine mesure la hargne du Premier Ministre et sa détermination.

Le Colonel Assimi Goïta et le Premier Ministre Choguel Maïga sauront-ils entendre cette voix du Mali unifié, et pourront-ils encore aller au dialogue avec ceux qui les ont, pour le moment, anéantis ? Pourra-t-on éviter d’envenimer les choses, et un discours amiable pourra-t-il permettre de retrouver un fonctionnement normal du pays  axé sur la sécurité des Maliens, sur la reconstruction des services de l’Etat, et cela en passant par une élection politique civile, qui attesterait de leur bonne foi ?

On comprendrait alors que l’autorité internationale a ses limites en Afrique.

Il sera alors toujours temps de mesurer alors le choix de la France, de concert avec l’Europe et surtout les pays concernés du Sahel, de maintenir ou non, réduire ou non sa présence aux côtés des Forces militaires du Sahel.

Nous aurons par ailleurs l’occasion de revenir très prochainement sur le cas d’un autre pays voisin et ami dans la circonstance du Mali, dont la situation s’apparente à la sienne, la Guinée Conakry, où, là encore, la transition devra laisser place assez rapidement à un pouvoir civil désigné par des élections politiques et transparentes pouvant instaurer une gouvernance rénovée et assainie. A suivre très vite.

 

Alain Dupouy

Chroniqueur Opinion Internationale

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