Edito
06H01 - vendredi 8 octobre 2021

Le Sommet Afrique – France de Montpellier sera-t-il le dernier ? L’édito de Michel Taube et Alain Dupouy

 

Ce 8 octobre à Montpellier, le président de la République Emmanuel Macron sera seul, sans ses homologues africains. C’est moins un Sommet qu’une Rencontre socio-culturelle entre la France et une infime partie du continent africain qui est donnée à vivre.  Cette manifestation censée symboliser le renouveau des relations entre notre pays et les pays africains risque fort d’être interprétée comme une remise en cause des Sommets France – Afrique… Pardon il faut dire Afrique – France.

A Montpellier il sera donc fait fi de toute visée politique, certes dans des contextes politiques actuels en Afrique particulièrement sensibles et où la France semble ici et là perdre la main. Et ceci malgré les bonnes intentions d’innovation affichées, notamment sur des thèmes relevant davantage des sociétés civiles et des entreprises, dans la présentation qu’en a faite, d’ailleurs avec conviction, le ministre du Commerce Extérieur Franck Riester au lancement de « Ambition Africa » le 5 octobre dernier à Paris.

Pourtant les Sommets Afrique France constituaient des évènements majeurs qui depuis un demi-siècle assuraient le rayonnement de la France en Afrique, et consolidaient ses partenariats aujourd’hui en régression. Vladimir Poutine qui en octobre 2019 réunissait à Sotchi 43 chefs d’Etats africains doit bien sourire du comparatif, lui qui suggérait, sans complexe, à ces Chefs d’Etats présents de se désolidariser de la tutelle des pays dit «  colonisateurs ». La France pourrait-elle encore réunir plus de 40 chefs d’Etat sur son sol ?

Tel est le sens équivoque de ce faux Sommet de Montpellier.

La vérité est qu’organiser un tel Sommet sans les dirigeants africains, aussi critiquables soient-ils, surtout certains qui ne manquent pas d’enfreindre les libertés et d’emprisonner leurs opposants politiques, apparaîtra comme une réelle maladresse que les aînés, comme la jeunesse africaine, auront du mal à accepter au vu de leurs us et coutumes. Les chefs de famille, cela se respecte en Afrique.

En fait, Emmanuel Macron se comporte en Afrique comme il a agi au Liban depuis deux ans : dans un pur exercice de style communicationnel, il s’immisce parfois dans la vie intérieure de certains pays en feignant de contourner leurs dirigeants et en n’hésitant pas à leur donner des leçons de morale sur la place publique. Mais quels en sont les résultats pratiques ? Ne risque-t-on pas de perdre sur tous les tableaux : dans nos échanges bilatéraux d’Etat à Etat comme dans notre impact de terrain auprès des sociétés civiles ?

Même au Sahel, place forte de la relation entre la France et l’Afrique, où son prédécesseur François Hollande avait eu le courage d’envoyer nos troupes sauver un Etat et un peuple de la menace islamiste, des déclarations hasardeuses d’Emmanuel Macron, prononcées en publlic et à chaud, le 11 juin dernier puis la semaine dernière, ont semé la discorde avec nos alliés du G5 Sahel et provoqué le durcissement de la relation diplomatique entre nos pays.

A Montpelllier, Emmanuel Macron sera donc entouré de quelques centaines de jeunes, de chefs d’entreprise et d’artistes. Les diasporas africaines (électorat de choix pour Emmanuel Macron à quelques mois de la campagne présidentielle) seront plus présentes que les Africains d’Afrique, même si la présence et le travail préalable effectué par le maître de cérémonie Achille Mbembé cautionne un peu l’initiative prise par la France.

A Montpellier, les annonces pleuvent déjà : Google va investir un milliard d’euros en Afrique, la France financera un fonds de 30 millions d’euros (chacun fait ce qu’il peut à la mesure de ses moyens) pour les sociétés civiles.

Nous avions applaudi des deux mains le discours de Ouagadougou, la naissance de « Macron l’Africain » à Saint-Louis du Sénégal en 2018. Toutes ces promesses, tous ces espoirs se sont plutôt évanouis en trois ans, à l’exception du geste du retour de certaines œuvres artistiques, vers leur pays d’origine. Même si les conditions déplorables dans lesquelles elles sont entretenues et rarement exposées en Afrique font douter de la pertinence opérationnelle de la démarche.

Vraiment, à quoi bon se rendre à Montpellier pour une rencontre un peu convenue face à laquelle les peuples africains resteront en observation voire en retrait.  Non, décidément, Montpellier aura trop l’allure d’un mauvais Requiem franco-africain. Au fond, c’est peut-être Emmanuel Macron qui a raison : tourner définitivement la page de cette fameuse Françafrique passe peut-être par la fin des Sommets France – Afrique.

 

Michel Taube et Alain Dupouy, conseiller l’éditeur et chroniqueur Afriques et Outre-Mer

Directeur de la publication

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