Santé / Covid
08H21 - vendredi 12 mars 2021

Comme les cinq doigts de la main ou vivre sans goût ni odorat.

 

Imaginons la photo de groupe des symptômes de la Covid. Parmi tous ces méchants, l’étouffement, la fièvre, les maux de tête, la toux, les douleurs musculaires et autres troubles digestifs, deux semblent se distinguer. Ils n’éveillent pas l’inquiétude, et même, comparés aux autres, ils auraient l’air presque sympa : l’agueusie et l’anosmie, c’est-à-dire la perte du goût et celle de l’odorat. Pourtant, ils n’ont rien de gentil.

Avec notre manie de tout hiérarchiser, souvent nous nous trompons – mais bien sûr, nous persistons. Nous l’avons constaté, pour ceux qui avaient besoin d’une piqure de rappel, à la faveur de la crise de la Covid 19 – faveur empoisonnée : tous les humains sont égaux et également essentiels ; et notre communauté ne fonctionne sainement que si nous travaillons, chacun à son poste, en équipe.

Mais quel rapport avec la perte du goût et de l’odorat ?

Il est dans l’échelle, tacite, sur laquelle nous mesurons la valeur de nos sens. Avec, à son sommet, la vue, suivie de près par l’ouïe, tous deux nobles, « essentiels » – décidément, ce mot ! Et les trois autres, vulgaires. Parce qu’ils nous parlent de plaisir ? Le toucher évoquant l’amour, la douceur des caresses ; l’odorat le parfum des fleurs, l’arôme du café le matin ; la gustation la tarte Tatin, un vin délicieusement tanné ou une simple potée. Nous oublions au passage d’une part que la quête de plaisir guide nos choix de vie. Plaisir de la réussite, de la reconnaissance, de la sécurité, du confort ou de l’affection… D’autre part que ces sens jouent un rôle dans notre survie. Le toucher, par exemple, nous permet d’attraper, de tenir des objets (ou les menottes de nos enfants), de sentir le sol sous nos pieds, la température de l’eau, la consistance des matériaux. Le goût, lui, stimule l’appétit. Sans lui, on dépérit. Et l’odorat, qui nous prévient d’une fuite de gaz, d’un incendie, intervient aussi discrètement dans notre communication.

Nous avons besoin également de chacun de nos sens, ils se complètent, ils se compensent pour nous servir. Et la perte de l’un d’entre eux, a fortiori de deux, constitue un vrai handicap, aux conséquences diverses, et parfois graves, anorexie, amaigrissement, tristesse voire dépression…

Des millions de personnes en souffrent, depuis qu’elles ont contracté le coronavirus. Si dans un premier temps, elles acceptent leur sort avec philosophie, lorsque ces troubles persistent, que le carré de chocolat ne soulage plus nos chagrins, que l’aube n’a plus l’odeur de frais qui revigore les neurones, ni nos bébés celle du bonheur, il arrive à certaines de sombrer dans le désespoir.

La bonne nouvelle aujourd’hui, que j’ai gardée pour la fin, comme toujours avec le meilleur, c’est qu’elles ne sont plus seules. En effet, le docteur Denis, un médecin français du Mans, a développé une appli, en collaboration avec Kelindi, une société de e-santé, pour aider les patients à « recouvrer leurs sens » par la rééducation.

 

Catherine Fuhg

 

L’application : https://covidanosmie.fr/

https://www.futura-sciences.com/sante/questions-reponses/odorat-covid-19-retrouver-odorat-15038/

Une fatigue si lourde

Ce que les gens voient, sentent, mais ne savent pas toujours nommer, ce sont les effets politiques de cette pandémie.
Jean-Philippe de Garate