Santé / Covid
06H33 - mercredi 22 septembre 2021

S’en prendre aux infirmières libérales, c’est s’en prendre aux personnes âgées dépendantes ! L’édito de Michel Taube

 

Qui donc tient la main de cette auguste personne âgée ? Un parent aidant ? Certainement. Une infirmière ? Probablement ! Pour combien de temps encore ?

Lorsque les infirmières libérales de France (nous employons le féminin à dessein, tant les femmes sont majoritaires dans cette profession), par le truchement de leur principal syndicat, la Fédération Nationale des Infirmiers (FNI) crient leur désespoir en écrivant au président de la République, personne ne peut leur reprocher de s’inscrire dans une logique corporatiste, eut égard aux conséquences de quelques initiatives absurdes de la CNAM, validées par le Gouvernement.

Cette vénérable institution n’a non seulement pas retenu les leçons de la logique purement comptable sur l’hôpital, mais à moyen et long termes, elle ne semble pas savoir compter ! Pire encore, son raisonnement est à contre-courant de l’évolution globale : partout, sauf en France, on a compris que le maintien à domicile des personnes âgées permet la préservation de leur cadre de vie, tout en étant une source d’économies pour les finances publiques.

La lettre ouverte de la FNI à Emmanuel Macron donnera au lecteur le détail des éléments techniques permettant de comprendre pourquoi les seniors soignés à domicile auraient pu co-signer cette missive. Sauf à travailler bénévolement ou à demander à leurs patients de payer les soins de leur poche, les infirmières devront réduire le champ de leurs prestations à domicile. Une hérésie budgétaire, quand on connaît le coût de l’hôpital et de l’EHPAD, et une logique de petit comptable sans aucune vision politique ni sociétale, et encore moins humaniste.

C’est d’autant plus inadmissible qu’Emmanuel Macron, en baisse dans les sondages, s’est lancé dans un arrosage électoraliste que d’aucuns appellent le « quoi qu’il en coûte pour être réélu ». Marseille, la pêche, le RSA… Pas un jour sans une valse des millions ou des milliards. Les vieux paieront ! Trop vieux pour aller voter, sans doute, mais pas autant que leurs descendants qui s’en souviendront.

Et les infirmières trinqueront, elles que l’on applaudissait tous les soirs lors du premier confinement, elles qui aident nos grands anciens à préserver leur dignité à leur domicile. Comment expliquer cette attitude ? Par le lobbying des médecins qui avaient déjà fait des pieds et des mains pour tenter de garder le monopole de la vaccination contre la Covid ? Par mépris, alors que Daniel Guillerm, président de la FNI, a été le premier à appeler à la vaccination obligatoire des soignants en décembre 2020 ?

En 2017, le candidat Macron avait centré son programme sanitaire sur la prévention, dont le but est notamment d’éviter la maladie, d’en limiter la progression et les effets, et de réduire le coût des prises en charge. Dans cette perspective, les soins à domicile, en particulier associés au développement de la télésurveillance médicale, auraient dû connaître un essor considérable durant le quinquennat. Le candidat Macron de 2022 aura-t-il l’outrecuidance de réitérer cette promesse ? On peut y ajouter celle de la création d’une cinquième branche de la Sécurité sociale, dédiée à la dépendance er reportée aux calendes quinquennales. On verra donc plus tard !

Comme il est dit dans la lettre ouverte au chef de l’État, 75% de nos aînés, souvent en situation de dépendance, vivent à leur domicile grâce à l’intervention quotidienne de 140.000 infirmières et infirmiers libéraux qui forment le premier hôpital de France. La CNAM et le gouvernement en ont-ils seulement conscience ?

Il est temps pour Emmanuel Macron d’en apporter la preuve.

 

Michel Taube

Directeur de la publication

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Ce que les gens voient, sentent, mais ne savent pas toujours nommer, ce sont les effets politiques de cette pandémie.
Jean-Philippe de Garate