Santé / Covid
11H42 - jeudi 10 septembre 2020

Tests salivaires : Mesdames, Messieurs du Conseil de défense, qu’attendez-vous pour généraliser « l’alcootest » de la Covid-19 ? L’édito de Michel Taube

 

Cet éditorial est un coup de colère. Nous apprenons que depuis trois mois déjà un consortium d’entreprises françaises, SkillCell, basée à Montpellier, et Tronico en Vendée, a développé toute l’ingénierie pour produire des tests salivaires et plus exactement un dispositif médical de mise en œuvre du premier test PCR salivaire au monde, nommé EasyCOV®, grâce à une machine aussi ingénieuse qu’agile à installer : EasyVID®.

Leur machine effectue 24 tests en une heure et délivre ses résultats en 40 mn. Toutes les pharmacies de France, tous les aéroports à la descente d’avions des voyageurs, les grands événements populaires auraient pu, pourraient, permettre de créer une seconde filière pour mieux gérer et rationaliser la demande massive de tests Covid.

Or l’Etat français n’a toujours pas validé ces tests salivaires. Trois mois de perdus, une éternité à l’échelle de la pandémie. En Suisse, en Allemagne, aux Etats-Unis, en Italie et dans de nombreux autres pays, les tests d’homologation auraient été effectués en moins d’un mois. Et l’Etat aurait été à leurs côtés dès le 27 avril, le jour où ces industriels ont décidé de développer cette solution industrialo-sanitaire. Et on nous parle de relocaliser nos industries ? Et on nous parle de souveraineté sanitaire ?

Face à la reprise de la courbe pandémique et à l’engorgement des laboratoires biologiques, la question se pose : mais que fait l’ARS ? Que fait l’ANSM ? Que fait donc le directeur général de la Santé ? Que fait l’Etat français ?

Les France, et au passage des milliers de Français frappés par ce virus tueur, se meurent de la machine bureaucratique dont même Kafka n’aurait pas rêvé. Ce cas d’école des tests salivaires en est l’illustration frappante… parmi tant d’autres.

Et pourtant, fin août, Olivier Véran, notre pourtant excellent ministre de la Santé, s’était engagé, dans une sortie médiatique remarquée, à secouer la machine bureaucratique pour accélérer les protocoles de validation des tests salivaires. Qui a le pouvoir en France ? Le politique ou l’administration ?

Il est temps, il est urgentissime de passer à l’action. Or le Conseil de défense, sous l’autorité du Président de la République, se réunit demain et doit prendre des mesures audacieuses et positives pour déployer une stratégie efficace de réponse à cette deuxième vague pandémique. Espérons donc que demain sortira de cette réunion décisive le décret autorisant l’utilisation et le remboursement du test salivaire et, pour le mettre à disposition du plus grand nombre, décidant de multiplier les points de dépistage chez les professionnels de santé (médecins, dentistes, pharmaciens…).

C’est une nouvelle filière de tests qui doit se déployer au plus vite sur le territoire, en commençant par les départements en zone rouge.

Les industriels français sont dans les starting-blocks, prêts à produire massivement ces machines EasyVID®. À ce jour, Tronico et ses partenaires ont vendu 200 000 tests et 350 machines, très majoritairement hors de France (80%). Une fois encore, les pays étrangers, mieux que Paris, savent apprécier à sa juste valeur les capacités d’innovation des entreprises françaises.

Le ministère de la santé le sait : délivrant un résultat en moins d’une heure, offrant un confort d’utilisation pour le patient et aux pouvoirs publics un prix compétitif par rapport au test nasopharyngé, permettant enfin un déploiement agile sur le terrain, les tests salivaires ont, selon de nombreuses sources, les mêmes taux de fiabilité que les tests nasopharyngé.

Comment expliquer cette atrophie, cette lenteur administrative ? Est-ce la concurrence d’autres tests, dits antigéniques, produits surtout par les grands laboratoires pharmaceutiques comme Roche ou Abbott qui annonce aujourd’hui avoir reçu le marquage CE pour son test rapide Panbio ™ COVID-19 Ag, et pourtant moins sensibles que les tests nasaux et salivaires ?

Figures de proue du tissu de PME françaises, Tronico, et ses partenaires Tame-Care, SkillCell et Alcediag (Sys2Diag/CNRS), trois entités du groupe ALCEN, associés au laboratoire SYS2DIAG du CNRS, sont pourtant connus des pouvoirs publics.

Cers héros français sont nos premiers de cordée comme nous aimons les appeler à Opinion Internationale : le patron de Tronico, Patrick Collet, s’est découvert une vocation sanitaire et a mobilisé ses troupes au plus fort de la crise, alors que sa société d’électronique, travaillant notamment dans le monde de l’aéronautique, a été à ce titre très impactée par la crise terrible qui frappe ce secteur.

 

Un système de santé à nouveau au bord de la rupture dans un mois ? 

Rappelons-le avec force : tester pour isoler est plus que jamais le modus operandi de la lutte contre la Covid-19, en complément des gestes barrières que sont notamment le port du masque, le nettoyage des mains (à l’eau chaude si possible) et la distance physique.

Mais nos tests actuels sont d’un archaïsme aussi désuet que désagréable : un long bâtonnet pour vous trifouiller les naseaux, suivi d’une attente de plusieurs jours pour obtenir un résultat possiblement périmé !

Pour un test d’alcoolémie, il suffit de souffler dans le fameux ballon et l’on sait immédiatement si vous en avez trop bu, des ballons. C’est encore plus simple pour les fumeurs de cannabis ou les aspirateurs de lignes de cocaïne, contrôlés au volant : quelques fragments de salive, et le tour est joué : positif, et vous continuez à pied !

L’occasion est trop belle pour doter les médecins, les pharmaciens, pourquoi pas les infirmiers libéraux, que sont tous les Français dans cette guerre virucide sinon d’une arme fatale qui leur permettra de débusquer l’ennemi sur le champ (de bataille) sinon d’un moyen aussi efficace de s’en protéger au plus vite : un test salivaire PCR qui changera totalement la donne (un « game changer ») afin qu’une deuxième vague de la pandémie ne débouche pas sur un nouveau confinement, et permette de vivre, de travailler, de prospérer, avec le virus, en attendant de le vaincre.

Osons rêver : dans l’absolu, chaque machine EasyVID® pouvant « délivrer » 7.000 à 10.000 tests EasyCOV® par mois, il en faudrait 5.000 à 6.700 pour tester les 67 millions de Français. Impossible pour la sixième puissance mondiale ?

Les tests salivaires Covid seront-ils les alcootests du coronavirus ?

 

Michel Taube

 

 

 

 

 

 

 

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