A votre santé
08H13 - mercredi 27 mai 2020

Potion hydroxyromagique du druide Raoulix : la communauté scientifique tombe dans la marmite du ridicule. L’édito de Michel Taube

 

 

Quel triste spectacle nous donne encore la communauté scientifique à propos de l’hydroxychloroquine, dont on a le sentiment qu’elle est devenue au cours de cette première pandémie de Covid-19 le médicament le plus testé, le plus commenté, le plus adulé et le plus détesté de la planète.

En France, le débat est d’autant plus houleux que s’y greffe une série d’oppositions dépassant largement le domaine de la controverse médicale. Entre le marseillais Raoult et la cohorte des plus prestigieuses blouses blanches parisiennes, le torchon brûle autant qu’entre les ultras du PSG et de l’OM. Mais même à Paris, certains médecins et professeurs émérites considéraient qu’en prenant en compte les effets indésirables sur certains patients, notamment cardiaques, on n’avait pas grand-chose à perdre face à un virus pour lequel n’existait aucun traitement ni vaccin, un virus très mortel, puisqu’avec environ 5 % de personnes infectées, le bilan tourne autour de 30.000 morts. Peut-être plus.

Didier Raoult avait marqué de nombreux points au début de l’épidémie et de la polémique, devenant une véritable star des médias. « Sa » chloroquine serait presque miraculeuse, du moins en association avec de l’azithromycine, à condition d’être prise au début de la maladie. Dans le monde entier, en particulier aux États-Unis, où le nombre de morts par rapport à la population totale est largement inférieur à ce qu’il est en France, en Italie ou en Espagne, en dépit d’un accès aux soins très restreint pour les populations les plus défavorisées, la recette du druide Raoult fait recette.

Recette ? Pas vraiment. Car comme le suggérait à mi-mot notre Astérix (ou Panoramix) du Vieux port, sa potion magique est un générique, le pire poison pour une industrie pharmaceutique en quête d’un remède ou mieux, beaucoup mieux, d’un vaccin contre ce nouveau virus.

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Les vaccins sont un progrès considérable pour l’humanité, et ceux qui suggèrent de ne pas se vacciner au motif que cela enrichirait les laboratoires sont de fieffés imbéciles. Ils devraient cesser de s’alimenter au motif que cela enrichit l’industrie alimentaire. Mais il n’empêche qu’un générique venant à bout du Covid-19 ruinerait la chance desdits laboratoires de toucher le jackpot ? Inutile d’y chercher la moindre pensée complotiste. Nous sommes dans le business as usual. Le vendeur de parapluie aime la pluie. Peut-on le lui reprocher ? Les relations entre le corps médical, en particulier les professeurs de médecine, et les laboratoires sont tout aussi usuelles. Il faut s’en réjouir. La coopération entre l’université et l’industrie est encore bien trop peu développée en France.

Mais en revanche, comme trop souvent en France, cette relation est encore presque occulte. Ceux qui ont quelque intérêt financier dans la découverte d’un vaccin ou d’un remède contre le Covid-19 ne devraient pas être autorisés à se prononcer sur l’efficacité de l’hydroxychloroquine.

Ce fut une erreur et même une impardonnable marque de défiance de refuser au médecin de ville, généraliste comme spécialiste, le choix de traitement à administrer à son patient avec son consentement éclairé. L’hôpital, servi par le fameux Conseil scientifique, s’est arrogé les pleins pouvoirs. Ce fut une faute dans la gestion de la crise du Covid-19.

De même, on a eu tort de ne pas prendre en considération le fait que l’hydroxychloroquine est connue depuis longtemps, que ses effets secondaires sont maitrisés. On sait qu’il ne faut pas l’administrer à un patient cardiaque. Raoult et ses acolytes n’ont jamais prétendu qu’il s’agissait de Smarties !

Le 22 mai, une étude mondiale, publiée par la revue médicale britannique « The Lancet » et menée à grande échelle sur 96.000 patients, conclut que l’hydroxychloroquine est inefficace et même dangereuse, ce à quoi Didier Raoult et ses défenseurs répondent que les circonstances dans lesquelles elle fut menée sont aussi contestables que l’indépendance des médecins qui l’ont conduite.

Selon l’ancien ministre de la Santé et médecin de son état Philippe Douste-Blazy, interrogé par BFMTV, 20 % des patients ayant participé à l’étude seraient atteints de graves affections respiratoires, contre seulement 7 % dans le groupe de contrôle, ce qui conduit à gonfler artificiellement la mortalité du groupe chloroquine. Et d’ajouter « Si vous donnez de la chloroquine à des mourants, c’est sûr qu’ils vont mourir ! » L’ancien ministre ne mâche pas ses mots : « The Lancet », comme d’autres revues de renom, sont sous l’influence directe des grands laboratoires qui financent leurs études. Il précise : « si le laboratoire américain Gilead annonce qu’une de ses molécules marche, le Wall Street Journal reprend cette info le lendemain et la hausse immédiate du cours de Bourse fait gagner quatre milliards de dollars aux actionnaires. Les laboratoires ne peuvent laisser passer cette chance unique de faire des profits colossaux. »

Philippe Douste-Blazy n’est pas le seul à remettre en cause la fiabilité de l’étude, mais de telles accusations sont un pavé dans la marre… mais aux ricochets malheureusement bien faibles. On avait bien découvert que certains amendements présentés à la Commission européenne à propos du glyphosate étaient rédigés par la société Monsanto. Ne soyons pas naïfs : efficace ou dangereuse, parce que générique, la chloroquine est bel et bien l’ennemie des laboratoires. Alors que l’Institut Pasteur annonce des avancées en matière de développement d’un vaccin dans le cadre d’un partenariat avec la CEPI, les entreprises Thémis et le géant MSD, un quart des Français disent refuser de se vacciner contre le Covid-19, s’ils en avaient la possibilité. Ils auraient tort… sauf si quelques comprimés en venaient à bout aussi simplement que des antibiotiques guérissent une angine. Qui ne voudrait pas se vacciner contre l’angine, si la possibilité existait ?

Toujours est-il que l’occasion fut trop belle pour le Haut conseil de santé publique et l’Agence du médicament (chaque jour, on découvre l’existence d’un nouveau comité Théodule de sachants) de tomber Abraracoursix sur Raoulix et sa potion.

Et voilà que le l’OMS, qui s’est déjà tellement trompée, suspend les essais cliniques de l’hydroxychloroquine « par sécurité ». Ah cette chère OMS, qui déconseillait le port du masque pour les bien-portants, notamment du fait de la pénurie mondiale, un argument qui tomba à pic pour les dirigeants politiques imprévoyants.

Déjà, les vestes de quelques supporters du professeur marseillais se retournent, à commencer par Ségolène Royal, reine de l’écologie de salon et fan de Fidel Castro : elle s’est empressée de supprimer ses tweets pro-chloroquine. 

Didier Raoult, souvent perçu comme mégalomaniaque, en a sans doute trop fait, non seulement sur l’hydroxychloroquine, mais aussi en faisant sienne la thèse de la grippette au début de l’épidémie (du genre, on va pas faire tout un plat pour trois Asiatiques qui meurent). Inversement, à l’instar d’autres épidémiologistes dans le monde, il pronostiquait une disparition naturelle du virus d’ici quelques semaines, ce qui semble se produire.

Ledit Raoult a aussi reçu un baiser empoisonné de quelques populistes, à commencer par le président Donald Trump, davantage détesté en Europe et particulièrement en France qu’un ayatollah moyenâgeux iranien, un tyran syrien, ou un criminel frappadingue nord-coréen.

Mais la conclusion, peut-être provisoire de cette histoire est qu’on ne sait toujours pas avec certitude si à ce jour, il vaut mieux prendre de l’hydroxichloroquine aux premières manifestations d’un Covid-19 déclaré, ou s’il vaut mieux ne rien prendre (car il n’y a rien à prendre).

Elle est aussi qu’un professeur de médecine ou un politique ne devrait plus venir sur un plateau de télévision pour dire tout le mal qu’il pense du béotien, de l’ignare, du profane qui ose donner son avis dans un domaine qui n’est pas le sien. On en viendrait presque (ou entièrement) à souhaiter l’avènement de l’intelligence artificielle pour supplanter ces sachants qui savent ce qu’ils veulent bien savoir. Quel spectacle, quel gâchis !

 

Michel Taube

 

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Directeur de la publication

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