Ensemble contre le coronavirus
07H25 - lundi 20 avril 2020

L’Afrique et la dette…. Un autre contentieux avec la Chine en vue. La chronique de Michel Scarbonchi

 

Le 13 avril dernier, le Président Emmanuel Macron, à la fin de son intervention suivie par près de 38 millions de Français, a rappelé que « nous devons aussi aider nos voisins d’Afrique à lutter contre le virus, à les aider aussi sur le plan économique en annulant massivement leur dette ; oui nous ne gagnerons jamais seuls ».

Aux thuriféraires du protectionnisme, il signifiait que sans « solidarités et coopération nouvelles », le redressement de l’économie mondiale ne pourrait réussir sans que les États les plus pauvres, les plus fragiles ne soient aidés et associés. Face à la pandémie qui les touche, les pays d’Afrique conjuguent aujourd’hui, une crise sanitaire à laquelle leurs structures hospitalières et leurs modes de vie ne sont pas préparés, avec l’effondrement, pour beaucoup d’entre eux, des cours des matières premières, des cours du baril de pétrole et du tourisme.

Cette « double peine » va accélérer leur appauvrissement – perte de 20 millions d’emplois, un tiers de leurs recettes fiscales et 1 à 3 % de perte de croissance – et risque de provoquer des déstabilisations sociales et politiques comme l’alertait une note confidentielle du ministère des Affaires Étrangères en date du 24 mars dernier.

Vit-on « la crise de trop » qui peut effondrer un continent dont le statut de fournisseur de produits et de matières premières le confine au bas des chaînes des valeurs globales dans le commerce international ?

Pourquoi le Chef de l’État a-t-il parlé de la dette ? Parce qu’elle représente en remboursement des intérêts, en moyenne près de 15 % des revenus des États africains, soit 44 milliards d’euros en 2020.

Le FMI a promis une aide d’urgence à 19 pays africains et la Banque Mondiale à demandé la suspension du paiement des intérêts. Largement insuffisant ! Le poids de la dette publique du continent est passé, entre 2010 et 2018, de 35 % à 60 % du PIB africain…

N’oublions pas qu’après la crise financière mondiale de 2008, les États africains avaient dû dépenser plus pour compenser les pertes de revenus du secteur privé et avaient émis sur les marchés financiers des euro bonds à faible taux d’intérêts (lesquels flambent aujourd’hui entre 5 et 10%chez les créanciers privés qui ont acquis un tiers de la dette publique africaine).

Autre difficulté et non des moindres, avant, l’Afrique était confrontée pour sa dette à des bailleurs bilatéraux classiques regroupés dans « le Club de Paris ». Elle se retrouve  maintenant face à un bailleur omniprésent et omnipotent, la Chine.

Si la Chine a accéléré depuis près de 15 ans le développement de l’Afrique, le modèle « Chine-Afrique a eu un prix : la dépendance financière. Le Ghana, la Sierra-Leone, l’Éthiopie, la Zambie, le Kenya, l’Angola et certains pays francophones en ont fait les frais. En huit ans, le commerce bilatéral est passé de 15 milliards à 170 milliards d’euros ! Et les investissements ont été multipliés par 7 à près de 36 milliards d’euros.

Certes l’Union européenne reste le principal investisseur en Afrique avec, en2018, 283 milliards des États membres investis sur le continent contre 49 milliards pour les États-Unis.

Mais si nul ne peut contester le rôle important de la Chine dans le développement du continent pas plus que son aide lors de l’épidémie Ebola, le problème de la dette devient prégnant. Le total des prêts de Pékin aux pays africains se monte en 2020 à 143 milliards d’euros dont 8 milliards payables cette année.

La pression de Paris et de l’Union européenne pour un effacement de cette dette met la Chine dans l’embarras, elle qui préfère seulement une restructuration de cette dette.

En plaçant la Chine devant sa responsabilité d’avoir avec ses prêts, mis en place un modèle de développement non vertueux, la stratégie du Président français n’est-elle pas à double détente : en posant le problème de l’effacement de la dette africaine, ne pose-t-il pas celle des pays européens dont celle de la France, et dont on connaît le bras de fer engagé avec l’Allemagne ?

Comme quoi, un problème de leadership entre la Chine et l’Europe en Afrique nous ramène à nos problèmes nationaux et européens.

Comme quoi, et c’est la leçon du Covd-19, nous gagnerons ensemble ou nous perdrons separément.

 

Michel Scarbonchi

 

 

 

 

 

 

 

Ancien député européen