Ministère des Beaux Arts
07H00 - dimanche 15 septembre 2019

Abbey Road des Beatles a cinquante ans. Un chef d’œuvre pourtant intemporel. La chronique musicale de Marginal Ray

 

 

Il y a cinquante ans, pour les besoins d’une photo, les Beatles empruntèrent le passage piéton situé juste devant leur studio d’Abbey Road, à Londres. Quelques semaines plus tard, le cliché servira d’illustration à la pochette de leur ultime album enregistré, sobrement intitulé Abbey Road (Let it be, qui parut après la séparation du groupe, fut enregistré un peu plus tôt). Depuis, des milliers de fans des Beatles se font photographier chaque jour dans la même posture que les membres du groupe ou invitent leurs proches à les regarder en direct, via une webcam, traverser ce passage piéton devenu le plus célèbre du monde.

https://www.earthcam.com/world/england/london/abbeyroad/?cam=abbeyroad_uk

L’album Abbey Road est un extraordinaire point d’orgue à la courte et intense carrière des Beatles, le groupe de Liverpool qui a révolutionné la musique plus que quiconque ne l’avait fait, et sans doute ne le fera, tant ce phénomène est unique. Mozart (qui aurait pu être un Beatles), Beethoven, Bach, mais aussi David Bowie, Mickael Jackson, Prince ou Miles Davis étaient des génies. Lennon et McCartney également (ce dernier est toujours très productif, son dernier album étant l’un des meilleurs de sa longue carrière solo).

Mais il se produit parfois au sein d’un groupe de musiciens, de pop/rock en général, une alchimie très particulière, qui fait par exemple de Pink Floyd un groupe phénoménal, alors que les productions individuelles de ses membres ne passeront pas à la postérité. Si les Beatles comptaient au moins deux grands compositeurs, deux génies, les deux autres membres du groupe n’étaient pas en reste : on doit à Georges Harrison quelques morceaux d’anthologie et une diversité unique dans le jeu de guitare, même s’il ne se situe pas sur le terrain de la virtuosité. Quant à Ringo Starr, il sut créer pour chaque morceau des Beatles une partition de batterie unique, comme cela est magnifiquement démontré par la brillante batteuse et excellente pédagogue « Sina » sur sa chaîne Youtube (en anglais).

Les Beatles sont magiques : avant-gardistes et populaires, d’une simplicité apparente, mais d’une grande complexité musicale, dès lors qu’on se penche sur la construction des leurs compositions. On est séduit dès la première mesure, et on reste accroché après 1000 écoutes.

L’album Abbey Road, le seul avec Let it be à avoir été enregistré uniquement en stéréo et mixé sur une console à transistors (les précédents l’étaient sur une console à tubes), a déjà, en 1969, un son très actuel et comporte un impressionnant lot d’innovations : utilisation d’un synthétiseur Moog, solo de batterie et de guitare façon Led Zeppelin, enchaînements qui feront la gloire de Pink Floyd six ans plus tard avec The Dark Side of the Moon, clin d’œil irrévérencieux mais sympathique à la Reine (« Her Majesty’s a pretty nice girl, but she doesn’t have a lot to say »). Georges Harison nous offre deux classiques : « Something » et « Here comes the sun ». « Because », summum de vocalise (sans faire appel à des choristes tiers), est d’une beauté digne du Lacrimosa de Mozart, dans les plus belles interprétations du Requiem dont il est issu.

Abbey Road n’est pas typé années 60. Il est intemporel. Il est éternel. Le morceau d’ouverture, Come Together, récemment repris en live par les Stones, est même avant-gardiste pour toujours. Les fans des Beatles ne seront jamais d’accord sur le meilleur de leurs albums, mais celui-ci, pourtant enregistré dans des conditions difficiles, alors que la rupture du groupe s’annonçait (ce qui est aujourd’hui remis en cause), est probablement le plus riche, le plus varié et le mieux mixé de leur discographie.

47 minutes d’une rare intensité, un feu d’artifice de créativité, sans équivalent. S’il devait en rester qu’un seul, ce pourrait être celui-là.

 

Marginal Ray

Marginal Ray est un auteur compositeur hétéroclite, bien que très inspiré par le pop/rock. En français ou en anglais, (en allemand pour une chanson), parfois accompagné d’une chanteuse (Marginal Cat), parfois purement instrumental, il explore d’innombrables territoires musicaux et sonores sans s’enfermer dans un genre. Sur Bandcamp, site dédié aux musiciens, Marginal Ray offre une cinquantaine de titres en streaming ou téléchargement :

https://marginalray.bandcamp.com