Décideurs engagés
11H32 - samedi 16 mars 2019

François Adibi : face aux GAFAM, « il nous faut faire émerger des entités qui cassent des monopoles dangereux pour nos démocraties. »

 

« GAFAM : défis et alternatives »… Il ne reste que ce week-end pour s’inscrire au rendez-vous de la culture et de la tech, organisé par Altaïr Think Tank, French Tech culture et le CEPS à l’Assemblée Nationale le 21 mars prochain. Entretien avec François Adibi, président d’Altaïr.

François Adibi, vous organisez un important colloque sur les Gafam à l’Assemblée Nationale le 21 mars. Que pensez-vous déjà de cette formule : « ils ont les Gafam, nous avons le RGPD » ? L’Europe est-elle vraiment en mesure d’exister face à ces mastodontes de l’économie numérique ?

On ne peut pas comparer les Gafam qui sont des entreprises monopolistiques et le RGPD qui est un outil de protection des données, le RGPD est nécessaire pour encadrer les dérives auxquelles les Gafam nous ont habitués depuis quelques années.

Bien sûr, s’il y a une volonté politique et une stratégie industrielle, l’Europe pourrait commencer à faire émerger des licornes, pour concurrencer ces mastodontes. D’autres pays le font. Pour l’instant il n’y a ni volonté politique, ni stratégie industrielle, ni vision européenne concertée sur ces sujets.
Pour exister, le premier pas pour les pays européens est de se doter de lois anti trusts adaptées au contexte et à l’époque. Parallèlement l’Europe doit encadrer le lobbying des Gafam à tous les niveaux. Ce sont deux conditions nécessaires.

Ce que le président Roosevelt a fait avec les lois anti trusts aux États Unis au début du XXème siècle doit être mis en place d’urgence par les institutions européennes.

 

Le colloque du 21 mars doit tirer des propositions d’action pour relever les nouveaux défis que posent les GAFAM. En tant qu’organisateur, auriez-vous déjà une proposition à suggérer pour nourrir les débats ?

Tout d’abord, il faut prendre la mesure des enjeux, et avoir une pédagogie active vers l’opinion publique et le les différents secteurs de la société civile, qui sont de fait impactés par les situations de monopole qu’imposent les Gafam.

De nombreuses propositions sont déjà discutées, il n’y a pas une solution miracle mais un faisceau de solutions multiformes qui, mises en œuvre de manière concertée, peuvent changer la donne, tant au niveau national qu’au niveau européen.

Deux propositions déjà : réguler et mettre en place des garde fous au niveau européen pour que des scandales tels que celui de Cambridge Analytica ne puissent jamais se produire en Europe car ce type de dérive constitue une menace directe pour les démocraties. La deuxième proposition est de mettre en place les conditions pour que les acteurs technologiques et les pouvoirs publics puissent relancer l’innovation et permettre l’essor d’alternatives crédibles. Il faut rapidement mettre en place une stratégie industrielle ambitieuse, tant au niveau national qu’au niveau européen.

 

Le chef de l’Etat, le gouvernement travaillent sur la taxation des GAFAM et une loi contre les haines sur Internet. Que peut, au fond, le politique dans ce nouveau monde ?

Le politique peut beaucoup, il a une vraie responsabilité, c’est lui qui donne le ton, c’est lui qui doit protéger la souveraineté des Etats et c’est lui qui doit protéger la démocratie et les citoyens de la manipulation des opinions publiques à laquelle on assiste depuis ces dernières années. La taxation des Gafam est une bonne chose, c’est le premier pas d’une prise de conscience qu’on doit espérer plus générale. Nous avons dérivé dans un monde où l’intérêt général et le bien commun sont battus en brèche par les actions des groupes d’intérêt. La propagation de la haine sur Internet n’est que la conséquence de l’utilisation massive des nouvelles technologies par ceux qui ont fait de la guerre de tous contre tous leur fonds de commerce : le contraire de la civilisation. Elle est amplifiée par les Gafam qui sur ce sujet font preuve d’une irresponsabilité sociale. Il n’y a pas que les news qui sont «fake », les plateformes qui prétendent rassembler les femmes et les hommes et qui n’ont d’autre objectif que d’accumuler les profits de manière éhontée le sont aussi : « fake ». 

Nous avons dans nos mains les capacités de réguler, de contenir et de faire émerger des entités qui cassent des monopoles dangereux pour nos démocraties. Notre avenir est à ce prix.

 

Propos recueillis par Raymond Taube, rédacteur en chef d’Opinion Internationale et directeur de l’IDP – Institut de Droit Pratique

 

Il ne reste que ce week-end pour s’inscrire ici

 

Directeur de l'IDP - Institut de Droit Pratique / rédacteur en chef d’Opinion Internationale