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11H08 - vendredi 16 décembre 2016

Quelle vision de la France pour les moins de 40 ans ? Choses vues par Francis Massé

vendredi 16 décembre 2016 - 11H08

Massé

La génération des moins de 40 ans représente l’avenir et les forces vives de la France. Pour la mobiliser, il faut des actions polymorphes pour renforcer la construction européenne, développer la francophonie dans une mondialisation mieux maîtrisée, mieux intégrer les métiers anciens et contemporains et moderniser nos services publics.

Les débats d’opinion se suivent et se ressemblent. Ils maltraitent l’avenir. Cet avenir français et européen qui concerne les moins de quarante ans. Surtout pas d’âgisme dans ce propos ; mais ce sont ces générations qui portent le futur et c’est à elles que les générations plus anciennes doivent penser en priorité. 

Le monde est dangereux, nous dit-on. Qui peut dire le contraire ? Mais ne l’a-t-il pas toujours été ? A l’inverse, combien d’opportunités s’ouvrent à nous ? Un dialogue entre les cultures pour rendre plus forte et plus riche la sienne propre, une révolution technique se poursuivant qui, si elle est maîtrisée éthiquement, aidera au développement de l’humanité, une capacité à améliorer le bien-être que les guerres et le terrorisme retardent dans son émergence mais qui est inéluctable, une autre évolution de l’humanité possible dans une gouvernance mondiale et locale selon les problématiques à organiser pour demain… Tout cela et bien d’autres choses sont réalisables.  

C’est cette vision, avec les moyens de la construire, qu’il faut transmettre aux moins de quarante ans. Plutôt que de les entraîner dans des impasses et des querelles inutiles et, pour le coup, dangereuses. Et surtout pour éviter de ne leur donner à voir que la face sombre de l’humanité. Sur ce dernier point, il n’y a pas à tergiverser, pas de liberté ni de démocratie sans sécurité !

Procédons par ordre : 

1 – La France a un combat à mener avec ses partenaires pour renforcer la construction européenne. Là, il existe de vraies concurrences entre différents modèles économiques et sociaux, culturels ou de services publics. Pour autant, de vraies convergences sont possibles. Il faut développer des actions telles qu’Erasmus dans tous les domaines et pour tous. Il faut aussi créer d’autres cités universitaires internationales et avoir un plan d’accueil des réfugiés ambitieux et inventif. 

2 – La France doit pour cela renforcer les forces vives de la Nation car on ne peut bâtir un programme en excluant, ni sans volonté réelle de réduction systématique des inégalités. Dans ce programme, il faut une ouverture au monde de toute la société française. 

3 – La France ne peut échapper à son destin mondial ni à une franche collaboration à une gouvernance mondiale pour toutes les situations qui ne peuvent être traitées qu’à ce niveau (Régulation économique, droit international, environnement, etc.). La francophonie doit être un de ses objectifs si l’on veut, en se donnant un objectif de 700 millions à un milliard de francophones dans le monde à moyenne échéance, peser culturellement et défendre des valeurs qui ont toute leur place. Exister aussi à l’ONU avec nos partenaires européens et contribuer aux chantiers globaux de la mondialisation. Il faut aussi faciliter la vie à l’international de cette génération des moins de 40 ans tout en lui organisant un ensemble de liens pratiques avec notre pays (avec un statut de l’expatrié notamment). 

4 – La France ne peut et doit le faire qu’en intégrant tous ses territoires et tous ses professionnels dans tous les métiers dans une reconquête de leur dynamisme. Le centre de l’activité humaine, c’est la création dans tous les domaines et cette dernière est plus intense si les métiers anciens et les nouveaux métiers tissent des liens par des coopérations riches entre entrepreneurs, créateurs, chercheurs, artistes, producteurs de tous horizons professionnels. Ces générations des moins de 40 ans ont les codes pour réussir. 

5 – Un État et des services publics ouverts à la modernité s’imposent. En effet, postulons que sans État les civilisations s’effondrent. Des services d’intérêt général protègent, rassurent, forment et éduquent, favorisent et accompagnent les populations dans leur bien-être et forgent un collectif qui sans étouffer les énergies individuelles est indispensable à la vie commune. 

Les moins de quarante ans savent ce que la France leur a donné ; encore faut-il leur donner l’envie d’en être redevable pour que leur vie ait un sens non seulement pour eux mais aussi pour les autres. On voudrait tant que le Politique s’empare de ces sujets avec ambition, lucidité et générosité.

Francis Massé

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Le service public a de l’avenir

« Le service public ce n’est pas ringard ! ». Ces propos ont été prononcés en clôture du colloque que le Cercle de la réforme de l’Etat a organisé le 20 octobre dernier et qui a réuni un large public à la Banque de France.

Quatre thèmes ont été traités, outre le diagnostic qui implique par lui-même des changements : 

– l’écoute et la compréhension des attentes sociales et des nécessités qui sont consubstantielles aux réformes et qui passent par davantage de participation des citoyens et des usagers aux débats publics ;

– la gouvernance pour aboutir à des résultats correspondant aux finalités attendues, ce qui implique une culture des résultats ; 

– le management, la clé la plus importante des transformations et où il y a beaucoup à faire au vu du découplage fréquent et de la prédilection pour les réformes de structure au détriment des procédures et des usages ;

– la formation à l’origine de tout et le but permanent. 

Parmi les idées fortes émises par les participants, fonctionnaires, chercheurs, universitaires, usagers et chefs d’entreprise : en premier lieu, il ne faut pas confondre entre le service public et ses valeurs pérennes et les services publics qui ont chacun leurs missions, leurs métiers et leurs publics. Avec des stratégies et des problématiques propres. En deuxième lieu, la nécessité de changer de méthode et de pratiquer une coproduction des normes, des politiques et des actions publiques, avec les personnels et avec les citoyens, usagers et clients. Pour ce faire, le partenariat avec l’ensemble des acteurs s’impose. L’Etat ne peut avoir raison tout seul même si la somme des intérêts particuliers ne résume pas l’intérêt général. En troisième lieu, ce colloque a souligné combien la culture du résultat devrait être prééminente. Il en résulte un indispensable effort de meilleure gouvernance, un management par le sens et par la confiance. Enfin, la refondation de la formation des agents publics a été soulignée par tous les intervenants. Et les organisateurs de conclure, à l’adresse des candidats à l’élection présidentielle que les chances de succès de leurs programmes respectifs sont précisément liées à la capacité qu’ils auront à réformer l’Etat et le management public.  

F.M.