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12H42 - mercredi 13 avril 2016

Entre une police fatiguée et une population exaspérée, le pire est peut-être devant nous

mercredi 13 avril 2016 - 12H42

Il n’aura pas fallu plus de trois mois pour que les relations entre les policiers et la population se dégradent à nouveau. Fini les haies d’honneur et les remerciements après les attentats, la police vit un nouvel épisode de défiance de la société qu’elle est censée protéger.

Crédit photo : Olivier Boitet

Crédit photo : Olivier Boitet

Les images de commissariats attaqués, assiégés, vandalisés, sont une traduction éloquente de la dégradation des relations entre la population et sa police. Il y a encore quelques mois, les fonctionnaires de police étaient applaudis et des haies d’honneur se formaient sur leur passage, mais aujourd’hui tout semble balayé. En cause ? Les contestations étudiantes et lycéennes, cette fois contre la Loi Travail, qui donnent toujours lieu à débordements et échauffourées. À la fin de leurs manifestations, que ce soit à Paris, Rennes, Nantes, Strasbourg ou encore Toulouse, des centaines d’entre eux ont pris pour habitude d’assiéger les hôtels de police et les commissariats pour réclamer la libération des fauteurs de troubles. À Paris, pas moins d’une dizaine de commissariats ont subi ces derniers jours des dégradations. Il y a eu l’affaire du lycée Bergson à Paris, où un jeune lycéen de quinze ans avait été violemment frappé, fin mars, par un policier. Dès le lendemain, des manifestations, organisées devant les commissariats des Xe et XIXe arrondissements, dégénéraient en émeutes. Puis, la semaine passée, les commissariats des Ve et VIe arrondissement de Paris subissaient la colère des manifestants. Le week-end dernier, ce fut au tour du commissariat du XIe arrondissement d’être le théâtre de violents affrontements entre les forces de l’ordre et plusieurs centaines d’individus. Comment expliquer que les mêmes policiers de ces mêmes commissariats, qui furent les premiers à intervenir pour protéger les habitants de la violence terroriste en fin d’année dernière, soient aujourd’hui ainsi la cible des manifestants ?

L’ère de l’immédiateté et de l’émotion

Nous vivons en direct depuis quelque temps. Nous sommes les acteurs du temps qui passe. Et ce temps-là, nous ne le contrôlons plus vraiment. Nous sommes à l’ère de l’immédiateté, des images chocs, des vidéos instantanées. Nous ne prenons plus le temps de réfléchir. Nous sommes soumis à la dictature de l’émotion, notre mémoire vacille, on ne s’intéresse plus aux causes du délabrement des relations entre les citoyens, entre ceux à protéger et ceux qui ont pour mission de les défendre. Alors qu’en 2015, on semblait assister à une vraie révolution dans les relations police-population – 59 % des Français se déclarant satisfaits du travail de la police –, les évènements de 2016 risquent bien de remettre les compteurs à zéro. Et l’image de la police de pâtir très fortement de la situation actuelle, avec ses mouvements sociaux et son état d’urgence.

Entre une police fatiguée, à bout de nerfs, proche du burn out et une population exaspérée, clivée et déboussolée, le pire est peut-être encore devant nous.

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Omri Ezrati