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15H49 - jeudi 20 mars 2014

« Ni les Russes ni les Occidentaux ne sortiront gagnants de la crise ukrainienne »

jeudi 20 mars 2014 - 15H49

Bogdan Mazuru, ambassadeur de Roumanie en France s’exprime sur la crise ukrainienne et s’inquiète d’un effet domino qui toucherait la Transnistrie, un territoire à l’Est de la Moldavie, pays frontalier de la Roumanie. Il indique également que seul le dialogue permettra de sortir de cette situation. 

Bogdan Mazuru, Ambassadeur de Roumanie en France

Bogdan Mazuru, ambassadeur de Roumanie en France

 

Quelle est votre analyse sur la situation après le référendum de dimanche dernier en Crimée ?

On ne doit pas avoir peur des mots et dire que c’est la crise la plus sérieuse depuis la fin de la guerre froide. Ce qui a été fait par la Russie est inacceptable et contraire au droit international. Il y a dans la politique internationale des lignes rouges que l’on ne doit pas franchir. C’est pourquoi la réaction de la communauté internationale est très importante dans ces conditions. On a pris des décisions à Bruxelles. Aujourd’hui encore au Conseil européen doivent être votées de nouvelles sanctions, mais on doit être clairs : certaines choses ne peuvent êtres faites au XXIè siècle. Il existe une possibilité de propagation de la crise. Mais nous espérons ne pas arriver à ce stade et que les Russes vont comprendre qu’ils ont beaucoup à perdre sur le plan politique et qu’ils vont être isolés et sur le plan économique. A la longue, cela va avoir des conséquences très sérieuses sur les relations avec l’Europe et la communauté internationale. 

 

Une première partie des sanctions ont été votées lundi dernier. Mais on sent les Européens partagés sur le niveau de sanctions à établir. Qu’en pensez-vous ?

L’unité de la réaction européenne est essentielle. J’espère que l’on aura une réaction forte, solidaire et unitaire de l’ensemble de l’Union européenne. Il n’y aura pas de gagnant. La Russie va être perdante avec ces sanctions. L’UE va être perdante car cela entraine des coûts (les chantiers navals de Saint-Nazaire, les capitaux russes qui vont quitter la City à Londres…). Mais, il faut assumer ces coûts car on doit avoir une position ferme sur une action inacceptable.

 

La Roumanie a des frontières communes avec l’Ukraine. Y a-t-il des craintes sur l’annexion d’autres territoires où il existe des minorités russophones, comme en Moldavie par exemple et la Transnistrie ?

L’Ukraine est un voisin important de la Roumanie. Il y a une minorité roumaine importante en Ukraine. Nous avons un intérêt particulier sur la stabilité de notre frontière et avec l’Ukraine et aussi la Moldavie. Nous sommes inquiets pour la Transnistrie, dont les autorités ont déjà réclamé l’aide de Moscou (NDLR : La Transnistrie s’est auto-déclarée indépendante mais elle n’est pas reconnue par la communauté internationale comme un Etat souverain). La Roumanie fait valoir ses inquiétudes à ses homologues européens. Il y a une probabilité d’une expansion à la Transnistrie, à l’est de l’Ukraine qui pourrait rendre cette crise encore plus grave qu’elle ne l’est déjà.

 

Après la Crimée y a-t-il un risque d’effet domino ?

Oui il y a un risque. Cet effet domino doit être stoppé au plus vite car si l’on commence prendre prétexte du danger supposé des minorités alors il n’y a plus de limites. Les Russes de Crimée n’étaient absolument pas en danger. Cela ne nécessitait pas une présence militaire russe sur place et l’organisation dans l’urgence d’un référendum. J’ai peur que tout cela n’ait des conséquences à plus long terme.

 

A quel type de conséquences doit-on s’attendre ?

Cela dépendra de ce que les Russes feront à l’avenir. Nous laissons la porte ouverte au dialogue mais s’ils n’y sont pas ouverts, alors ça peut devenir plus compliqué. J’espère que Moscou aura la sagesse de constater que la communauté internationale restera ferme. Les Russes doivent comprendre qu’ils ont besoin des Européens et des Américains comme partenaires et dans ce cadre, les principes et le droit international doivent s’appliquer.

 

Le président roumain Traian Basescu a déclaré : « l’objectif du président Poutine est de rétablir les frontières de l’URSS ». Vous êtes d’accord ?

On peut effectivement s’interroger à entendre Vladimir Poutine. Nous sommes plus sensibles et plus inquiets car nous avons des intérêts directs. Nous sommes aux frontières de l’Europe et de l’OTAN, ce qui fait que nous sommes naturellement plus attentifs à ce qui se passe en Ukraine que peuvent l’être d’autres pays de l’UE.

 

D’après vous, comment convaincre Vladimir Poutine que la Russie ne sera pas victorieuse si elle continue dans cette voie ?

La Russie doit comprendre qu’il faut dialoguer avec Kiev et avec l’OSCE (Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe), une institution qui a été crée pour gérer ces crises. Les Russes doivent aussi comprendre que des pays qui ont appartenu à l’Union soviétique, comme l’Ukraine ou la Moldavie doivent pouvoir décider de leur avenir librement aujourd’hui.

 

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