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17H29 - dimanche 17 novembre 2013

Nathalie Lanzi : « Le gouvernement doit se montrer courageux et punir le recours à la prostitution »

dimanche 17 novembre 2013 - 17H29

La semaine prochaine la proposition de loi sur la pénalisation des clients des prostituées va être discutée à l’Assemblée nationale. Au niveau local, la région Poitou-Charentes a mené une campagne contre le bizutage et le harcèlement depuis 2010, et attend la loi pour s’engager formellement contre les réseaux de la traite sexuelle des êtres humains. Nathalie Lanzi, Vice-Présidente en charge des Droits des femmes, de la Commission Vivre ensemble de la Région Poitou-Charentes, a partagé son point de vue sur la prostitution avec nous.

Nathalie Lanzi, Vice-Présidente de la commission 5 - Vivre ensemble, en charge des Droits des femmes. Photo: Site internet de la région Poitou-Charentes.

Nathalie Lanzi, Vice-Présidente de la commission 5 – Vivre ensemble, en charge des Droits des femmes.

 

Opinion Internationale : Que pensez-vous de la proposition de loi sur la prostitution, qui prévoit de pénaliser les clients ?

Nathalie Lanzi : Mon point de vue sur la prostitution est très clair : le corps d’une femme ne se vend pas. Même si une ou deux étudiantes m’ont écrit pour me dire que je caricaturais et qu’elles font des passes pour le plaisir, moi il faudra m’expliquer. Je pense que c’est très courageux de la part de Maud Olivier et de la ministre des Droits des femmes de faire une loi, et surtout de pénaliser le client.

 

En effet, je n’ai jamais vu de femme, ou peut-être qu’elles sont 0,2%, à le faire pour le plaisir. C’est une marchandisation des corps qui peut d’ailleurs s’appliquer aussi à la GPA (Gestation pour Autrui) – j’ai aussi quelques retenues sur le sujet, mais cela n’engage que moi.

 

Concernant la prostitution, je pense que ce n’est pas le plus vieux métier du monde – puisqu’il s’agit de la sage-femme, celle qui donne la vie – les femmes ne se lèvent pas le matin en disant « j’ai un projet de vie, je vais vendre mon corps ». Malheureusement, on est tombé dans une société de consommation où, par exemple les étudiantes ressentent le besoin d’acheter le dernier sac à la mode, ou se procurer le dernier iPhone, et se prostituent pour gagner un peu d’argent. Mais sinon il faut que les hommes comprennent que les frustrations existent, qu’ils n’ont pas davantage de besoins physiques qu’un(e) autre.

 

J’ai un peu travaillé sur ce sujet car je suis allée suivre une formation avec Claire Quidet du Mouvement du Nid, ce mouvement très implanté qui existe depuis plus de trente ans en France et qui recueille les femmes prostituées. Il est clair qu’il faut tarir la source : non, les hommes n’ont pas à vendre nos corps et à vivre de la misère du monde, voilà mon point de vue. On n’en a pas encore parlé en région, mais j’espère que le gouvernement va être courageux et accepter de punir et de sanctionner. Il n’y a qu’à voir l’exemple de la Suède, cela n’a pas été un échec.

 

OI : Ne serait-ce pas plutôt une question économique et sociale, que l’on pourrait résoudre notamment si l’Etat proposait des alternatives viables à la prostitution ?

Nathalie Lanzi : C’est effectivement toujours une question liée à l’emploi. C’est justement le problème des Africaines. Il y a  des prostituées venues d’Afrique à Poitiers à partir de 22h : elles disent que sur une passe à 40€, elles ne touchent que 5€, donc le reste revient à quelqu’un. A 5€ la passe, comparé au prix de l’heure du travail en France à 8 ou 10 €, est-ce que la prostituée ne serait pas plus heureuse avec une formation ?

Outre la question liée à l’emploi, c’est une question d’offre et de demande. S’il n’y a pas d’hommes qui demandent, les filles changeront peut-être d’ « orientation » – Excusez-moi de parler ainsi mais je ne crois pas qu’une femme choisisse d’être prostituée. En outre, on ne tombe pas dans la prostitution comme cela, il y a un ferment : on est issu d’un milieu où psychologiquement on est mis plus bas que terre, et du jour au lendemain, vous rencontrez un homme sympathique, qui vous dit que vous êtes la plus belle, la meilleure, et puis très vite il vous dit qu’il n’a plus d’argent et qu’il a besoin d’un coup de main ; globalement cela se passe ainsi.

 

En 1975, la prostituée de Lyon, Ulla, était une vraie égérie pour dire qu’elle voulait vivre de son corps. Mais elle vient d’écrire un livre en disant qu’elle a été manipulée, qu’elle n’était pas libre, qu’elle n’avait pas envie d’être sur le trottoir. Car en fin de compte dans la vente du corps, il y a la violence, la violence des coups, la violence de l’homme sur la femme.

 

OI : Puisque la majorité des prostituées semble êtres des victimes de la traite d’êtres humains, ne serait-ce pas plus utile, pour « abolir la prostitution », de commencer par se battre contre le trafic sexuel ?

Nathalie Lanzi : Tout à fait, mais s’attaquer aux réseaux est difficile… En Poitou-Charentes par exemple, nous avons eu un réseau : des femmes d’Afrique de l’Ouest viennent et changent toutes les semaines à Poitiers, et cela commence à Niort, mais nous ne savons pas trop qui sont les personnes qui gèrent ces réseaux.

 

Par contre, ce qui est bien, c’est qu’on puisse attaquer un proxénète et récupérer son argent : lorsque l’on a une belle voiture, trois appartements avenue Foch et qu’on touche un RSA de 500€ par exemple, cela peut augurer quelques contrôles fiscaux et ainsi engendrer quelques prises. Mais c’est compliqué, et cela ne va pas être aisé d’appliquer cette loi si elle est adoptée. Mais ce qui me semble important surtout, c’est que  le gouvernement doit avoir le courage de dire qu’on va sanctionner l’homme par une amende.

 

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Propos recueillis par

Journaliste à Opinion Internationale et coordinatrice de la rubrique La Citoyenne.

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